Alliances : les coulisses d’une restructuration sous haute tension

Le groupe a négocié des accords avec la majorité des créanciers de son pôle construction, mais leur mise en application est conditionnée par le feu vert du tribunal de commerce qui ne s’est pas encore prononcé.

Le 16 septembre dernier a été un jour sous haute tension pour le management d’Alliances, comme tant d’autres vécus durant les derniers mois. La filiale leasing d’une banque saisissait du matériel appartenant au pôle construction du groupe d’une valeur marchande de 5 MDH. Ceci alors que l’ensemble des échéances de leasing sur l’équipement en question avaient déjà été acquittées, seule restait la valeur résiduelle représentant en tout et pour tout 172000 DH, selon un document qu’a pu consulter La Vie éco. Dans la foulée, le groupe contacte en catastrophe son conseil juridique pour tenter de raisonner le créancier. Le management s’étonne à l’occasion que l’entreprise de leasing persiste à vouloir saisir le matériel même après qu’un chèque à concurrence du montant dû lui a été proposé.

Vraisemblablement, il s’agit là d’un créancier à bout de patience, qui s’ajoute à une liste qui n’a cessé de s’allonger depuis l’aggravation des difficultés financières du pôle construction d’Alliances l’année dernière. Les quatre sociétés de ce pôle (EMT, EMT Bâtiment, EMT Route et EMT Levage) sont actuellement en litige avec plus de 85 entreprises pour un total de 307 MDH d’impayés, ainsi qu’il ressort d’un imposant récapitulatif dévoilé par Alliances à l’occasion de l’emprunt obligataire d’un milliard de DH effectué en août dernier.

Cependant, le groupe est en train de chercher une solution à l’amiable avec la plupart de ces créanciers (fournisseurs, assurances et banques). Des accords ont ainsi été trouvés avec certains d’entre eux, suite à des négociations menées entre avril et août. Ces accords prévoient l’abandon de 40 à 50% des créances et le paiement du reliquat d’ici  à 2017. Mais l’application de tous ces termes dépend encore du tribunal de commerce qui décidera d’homologuer ou pas les accords conclus. Contrairement aux informations parues dernièrement dans la presse, la question n’a toujours pas été tranchée pour l’heure, apprend-on auprès du management d’Alliances.

Résiliations amiables de contrats de construction compromis

En théorie, donc, le risque est que le pôle construction fasse l’objet d’une procédure de redressement, voire de liquidation judiciaire, au cas où les accords avec les créanciers ne sont pas entérinés. Comme pour préparer le marché à toute éventualité, le management d’Alliances a quantifié dans la note d’information relative à son dernier emprunt obligataire l’exposition maximale du groupe si les sociétés de son pôle construction venaient à être liquidées. Il en ressort un impact négatif relativement limité sur le compte de résultats du groupe de 261 MDH, intégrant toutefois une destruction notable de fonds propres consolidés de près de 1,1 milliard de DH relatives aux pertes cumulées déjà constatées sur les exercices antérieurs de la branche construction.

Outre ses créanciers, le groupe s’affaire en coulisses à détendre l’atmosphère avec ses clients. Même si Alliances n’en fait pas cas dans sa communication officielle, ses entreprises de construction planchent actuellement sur les résiliations à l’amiable de chantiers dont l’avancement est compromis par les difficultés financières. Il est concrètement question de remettre des projets non encore achevés à leurs maîtres d’œuvre. La Vie éco a ainsi pu consulter deux projets de protocole pour la passation des chantiers de deux hôtels de 5 et 4* englobant respectivement 212 et 167 chambres, à Marrakech.

Cette option pourrait ajouter davantage de complications au processus de redressement, étant donné qu’il s’agira pour chaque projet d’estimer l’avancement des travaux, chiffrer les montants devant être restitués aux clients (différence entre avancement des travaux et montants payés par les clients, avances à rembourser…), sachant aussi que certains des chantiers passés font l’objet d’une saisie au profit des sous-traitants qui y interviennent. Autant dire que le bout du tunnel est encore loin pour le pôle construction du groupe.