«L’endettement doit aller de pair avec l’amélioration des revenus»

Les vérités sur la dette du Maroc : Avis de Abderrahmane Ouali, Professeur d’économie.

A trancher entre rythme de croissance  modérée, chômage,  pauvreté, inégalité et orthodoxie budgétaire, d’une part, ou croissance  soutenue, juste et rationnelle répartition des revenus et politique budgétaire volontariste pour le soutien de la croissance et la création d’emplois, d’autre part, je pencherais pour la deuxième équation. Le niveau d’endettement du Maroc contenu dans la norme internationalement retenue (ratio < 60%), et la structure de la dette avec une prépondérance de la dette intérieure font que nos finances publiques disposent encore de capacités d’endettement qui pourraient être mobilisées pour poursuivre le financement des grands projets structurants, susceptibles de dégager les capacités de remboursement par les effets d’entraînement sur la croissance.

A mon sens, la question de la soutenabilité de la dette et du niveau du déficit public ne peut être envisagée en terme de ratios et de manière intrinsèque. Elle doit être rapportée non seulement au rythme de croissance, mais aussi, à tous facteurs souvent invisibles, mais qui peuvent engendrer, à terme, des distorsions qui occasionneraient des difficultés non négligeables aux finances publiques. Il s’agit du rationalisme et du volontarisme combiné des politiques budgétaire et monétaire, du système de formation des prix, des intérêts et des loyers, de la politique  fiscale (en termes d’impact et d’équité), bref, de la politique de répartition des revenus : plus la répartition est juste et rationnelle, mieux se comporteront les finances publiques et meilleure sera la capacité d’endettement.

En effet, l’augmentation du déficit public et de l’endettement peut, toutes choses égales par ailleurs, soutenir la croissance, mais de manière transitoire ; par contre l’amélioration des revenus notamment salariaux, la lutte contre le chômage et l’inflation déguisée, constituent autant de facteurs qui poussent la croissance de manière durable et contribuent donc à la soutenabilité des déficits et de la dette.