Al Amana prépare la titrisation de 500 MDH de créances

Une consultation lancée auprès de 25 organismes marocains et étrangers
L’opération se concrétisera en juin 2008 au plus tard
La réforme de la loi sur la titrisation devrait être achevée d’ici à  un mois.

Une première au Maroc : une association de microcrédit qui titrise ses créances ! C’est ce qu’entend faire Al Amana pour qui une telle opération devrait générer des liquidités de 500 MDH. L’association vient de lancer une consultation auprès de 25 banques, banques d’affaires et organismes spécialisés en la matière aussi bien au Maroc qu’à  l’étranger. Parmi les organismes consultés, CDG Capital, Attijari Finances Corp, Maghreb Titrisation, CFG Group, Upline Securities, BMCE Bank et le groupe Banques populaires. Mais on y trouvera également de grandes signatures internationales comme Barclays, Morgan Stanley, ING et Deutsche Bank.

Tous auront jusqu’au 15 juillet pour soumettre leurs propositions. Ils devront notamment proposer à  Al Amana un montage financier pour lui permettre de titriser un portefeuille d’au moins 500 MDH de créances, l’association n’écartant pas la possibilité d’aller jusqu’à  un milliard de DH si l’opportunité le justifie.

Les responsables de l’association comptent concrétiser l’opération en juin 2008. Pour ce faire, l’association se fera assister par un groupe de cinq organismes dont un dit «arrangeur», un assistant technique, un pour le conseil juridique, un dit « placeur » et, enfin, un cinquième organisme dit gestionnaire qui s’occupera d’administrer le fonds o๠seront logés les fonds appelé aussi «véhicule de titrisation».

Plusieurs objectifs à  travers cette opération. D’abord, disposer de plus de liquidités pour accompagner la forte croissance de l’activité d’Al Amana. Selon l’association, son endettement devrait passer de 1,5 milliard de DH actuellement à  3 milliards en 2007 pour atteindre près de 9 milliards en 2011. Qui dit endettement dit aussi coût de la ressource. Et c’est là  que réside le deuxième objectif d’Al Amana : réduire le coût du refinancement. Ce dernier, qui dépassait les 6% en 2003, est aujourd’hui d’environ 5,6%. Les responsables de l’association veulent atteindre un taux moyen de 5,1% en 2011 pour s’aligner sur les standards internationaux en matière de microcrédit.

Un emprunt obligataire de 500 MDH pour septembre
Mais pour cela, il faudra diversifier les sources de financement en recherchant les moins chères de la place. D’o๠le projet de titrisation.
Si, sur le plan des performances financières, Al Amana semble présenter de bons indicateurs et des fondamentaux solides (croissance de l’activité, bonne rentabilité des prêts à  la clientèle et faible taux d’impayés), il restera à  attendre le règlement d’un souci d’ordre légal. En effet, et en vertu de la loi 10-98 relative à  la titrisation, seules sont éligibles à  de telles opérations les créances dites hypothécaires, c’est-à -dire celles adossées à  des hypothèques de garantie.

En d’autres termes, seuls les organismes opérant dans le crédit immobilier ont le droit de titriser leurs créances et la loi ne permet pas à  ce jour la titrisation des créances des associations de microcrédit étant donné que les crédits qu’elles accordent ne sont pas adossés à  des garanties. Mais l’obstacle est en passe d’être surmonté. Un projet de loi, approuvé par le Conseil de gouvernement, en avril 2007, et qui devrait bientôt être présenté à  celui des ministres avant d’aller au Parlement donne la possibilité aux associations de microcrédits de profiter de ce marché. D’ici juin 2008, date prévue par Al Amana pour procéder à  sa première opération, on ne se fait pas trop d’inquiétudes, le sujet n’étant pas polémique.

En attendant la concrétisation de la piste «titrisation», Al Amana a déjà  entamé sa quête de ressources financières autres, et moins coûteuses que les lignes bancaires classiques. Une opération d’emprunt obligataire est déjà  presque entièrement ficelée et la note d’information sera incessamment déposée auprès du CDVM. L’emprunt obligataire, qui portera sur un montant de 500 MDH, se déroulera au mois de septembre et sera piloté par un consortium formé du groupe Banques populaires et de BMCI Finance, filiale de BNP Paribas.

Anticipation
Les sociétés de crédit s’y intéressent aussi

Le marché de la titrisation commence à  séduire de plus en plus d’opérateurs financiers. En plus des organismes spécialisés dans le crédit immobilier, les premiers à  en bénéficier, les sociétés de financement et de crédit à  la consommation s’y intéressent de près. En effet, les membres de l’Association professionnelle des sociétés de financement (APSF) suivent de près l’avancement du projet de réforme de la loi 10-98 relative à  la titrisation et attendent avec impatience l’adoption par le Parlement du projet de loi 33-06 qui devrait leur ouvrir les portes de la titrisation. Ce mécanisme était jusque-là  réservé aux seuls organismes disposant de créances hypothécaires. Les démarches ont déjà  commencé dans cette perspective. Le 14 juin, les membres de l’APSF avaient rendez-vous avec des représentants de Maghreb Titrisation (MT) venus leur expliquer le mécanisme et leur présenter les avantages de la titrisation en comparaison avec les modes de financement classiques comme l’emprunt obligataire ou les BSF. Une autre manière pour MT d’anticiper la demande de cette future clientèle que sont les sociétés de financement.