«Il faut définir une feuille de route pour donner de la visibilité aux acteurs de la finance participative»

Le Forum international de la finance participative de Casablanca a été l’occasion de faire bénéficier les acteurs et les professionnels marocains d’un benchmark international et de 40 ans d’expériences des autres pays.

Vous êtes co-organisateur du premier forum international de la finance participative de Casablanca. Quels sont les principaux objectifs que vous vous êtes fixés pour cette première édition ?

Depuis 2013, le Maroc prépare le terrain pour se lancer dans l’industrie de la finance participative en mettant en place un cadre législatif adapté. Ainsi, la naissance des premières banques participatives est prévue pour le 1er semestre de l’année 2016. C’est dans ce contexte que nous avons organisé le Forum international de la finance participative de Casablanca afin de faire bénéficier les acteurs et les professionnels marocains d’un benchmark international et de 40 ans d’expériences des autres pays. Cet événement se veut un espace de partage et d’échange qui a accueilli plus de 400 personnes pendant deux jours pour discuter des potentialités de développement de la finance participative au Maroc et des facteurs clés de succès de cette industrie et de ses mécanismes créateurs de valeur.

 

Pourquoi le choix d’un partenaire malaisien en la personne du Groupe Amanie ?

Le choix du partenariat avec le groupe malaisien Amanie a été motivé par sa grande expérience développée à l’échelle internationale dans le domaine de la finance partcipative et la renommée des membres de son Shariah Supervisory bord . En effet, Amanie propose des services et des solutions de conseil, de formation et de R&D dans plus de 10 pays pour des clients institutionnels et corporate. 

 

Avez-vous senti chez les Malaisiens un intérêt pour l’avenir et le potentiel de développement de la banque participative (islamique) au Maroc ?

Oui, et c’est prouvé par le nombre et la qualité des membres de la délégation avec à sa tête S.A.R. le Sultan Nazrin Muizzuddin Shah, le Sultan de l’Etat de Perak Darul Ridzuan et le Patron Royal de la Malaysia’s Islamic Finance Initiative. En outre, cette délégation est composée de hauts responsables de la Banque centrale de Malaisie ainsi que plusieurs présidents et managers d’institutions financières malaisiennes et internationales.

 

Pour ce qui est du cadre institutionnel et législatif, comment pouvez-vous expliquer le retard pris dans la mise en application des dispositions de la loi 103.12 ?

Les instances de régulation expliquent ledit retard par l’approche différente qui était adoptée et qui consiste à mettre, avant tout, un cadre réglementaire adéquat. En fait, le Maroc a voulu concevoir un modèle adapté aux réalités locales qui cible une meilleure synergie au niveau macroéconomique entre la finance conventionnelle et celle participative. De même, les contraintes liées aux ressources humaines qualifiées semblent ralentir le processus. 

Toutefois, il serait nécessaire de définir une feuille de route planifiée dans le temps qui donnera plus de visibilité aux acteurs locaux et internationaux.

 

En tant que cabinet de conseil qui s’intéresse de près à ce secteur, quelle est votre appréciation du développement futur de la banque participative au Maroc ?

Les perspectives de développement de la finance participative sont prometteuses. En effet, le taux de bancarisation actuel qui serait de 64% selon les dernières estimations ainsi que l’attente d’une large partie de la population militent en faveur du développement de cette industrie. Par ailleurs, les solutions proposées par ces banques (Moucharaka, Moudaraba, etc.) pourront répondre aux besoins de financement des TPE et PME. D’autre part, les stratégies et les chantiers de développement lancés au Maroc profiteront sans doute des ressources financières mobilisées via l’émission des Sukuk.

 

Dispose-t-on aujourd’hui d’études ou de chiffres pour évaluer le volume du futur marché des banques participatives au Maroc ?

Une étude de marché de la finance participative au Maroc a avancé que 97% des interviewés seraient intéressés par les produits de la finance participative. Dans un autre rapport publié par le CDVM, une majorité d’émetteurs envisagent d’émettre des Sukuk. 

 

Pensez-vous que les banques universelles «traditionnelles» seront elles-mêmes les seuls acteurs de ce futur marché ou qu’on verra l’arrivée d’opérateurs internationaux spécialisés en la matière ?

Actuellement, 17 demandes d’agrément de banque participative ont été soumises à Bank Al-Maghrib. La majorité de ces demandes émane de banques participatives internationales. Le processus d’étude et d’octroi d’agrément devrait être finalisé vers le mois de mars 2016. Le secteur gagnerait à être ouvert à la concurrence nationale et internationale. Dans un environnement concurrentiel, la qualité des services et des prestations de ces banques sera meilleure que dans un environnement fermé.  

 

 En tant qu’expert, quelles seraient les principales recommandations et/ou conseils que vous donneriez aux banques marocaines pour qu’elles abordent bien cette nouvelle activité ?

Le lancement d’une banque participative est un grand chantier qu’il faut prendre au sérieux. En effet, une feuille de route détaillée doit être élaborée et comprendre notamment :

• le développement d’une stratégie adaptée et l’établissement d’un business model;

• le recrutement et la formation des ressources humaines ;

• la mise en place d’une organisation adéquate et des procédures adaptées ;

• la rédaction de l’ensemble des modèles de contrats conformes à la Charia ;

• la mise en place d’un système d’information spécifique au métier de la banque participative ;

• la conception d’une politique marketing adaptée.