«Harmoniser l’endettement avec la croissance des recettes fiscales et en devises»

Les vérités sur la dette du Maroc : Avis de Larbi JAIDI, Professeur universitaire.

A 60%, le ratio dette publique/PIB n’est pas dans le rouge. Globalement, il y a encore de la marge de progression pour l’endettement. Toutefois, cette marge doit être examinée à la lumière de trois facteurs. La structure de la dette elle-même, la capacité d’endettement du pays et l’usage que l’on pourrait faire de cet endettement. Ainsi, si la dette extérieure ne représente que le tiers de la dette publique, encore faut-il rapporter l’évolution des remboursements annuels à celle des exportations de biens et services et voir le poids que représente le service de la dette dans les réserves en devises étrangères détenues par la Banque centrale. Il convient également de se pencher sur la nature des créanciers. Une trop grande dépendance des marchés des capitaux internationaux pourrait être dangereuse sur les finances du pays.

Dans la même optique, quand on parle de dette intérieure, il faut non seulement se pencher sur son niveau mais également sa maturité. On parle là de déficit supportable. L’évolution des recettes fiscales est-elle de nature à permettre une telle progression de la dette intérieure ? Les durées d’emprunt sur le marché intérieur sont-elles suffisamment longues ? Sont-elles en rapport avec la liquidité du marché ?

Peut-on s’endetter davantage ? Théoriquement, la marge existe, mais dans un contexte économique mondial marqué par un ralentissement de la croissance, cet endettement supplémentaire doit reposer sur des prévisions précises, autant que faire se peut et surtout prudentes en matière de croissance des recettes fiscales aussi bien que celle des exportations.

Enfin, s’endetter pourquoi ? Il faut s’assurer que cet argent aille à des projets d’infrastructure générant emplois et création implicite de richesse à travers leurs effets induits sur l’économie. Par exemple, le projet de TGV ne me paraît pas répondre à ces conditions.