Agrumes : une étude pour décortiquer les marges des intermédiaires sur le marché local

La production de la campagne 2017-2018 devrait atteindre 2,4 millions de tonnes, en légère hausse par rapport à la précédente. Les exportations ont totalisé 450 000 tonnes à la mi-février, un volume encore éloigné des objectifs du contrat-programme 2008-2018. L’activité de transformation ne suit pas.

2,4 millions de tonnes. C’est le volume de production agrumicole prévu par l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc (ASPAM) pour la campagne en cours (octobre 2017-juin 2018). «Ce qui représente une légère hausse par rapport à la campagne précédente dont la production a atteint 2,33 millions de tonnes du fait de l’entrée en production de nouvelles plantations», commente Ahmed Derrab, secrétaire général de l’ASPAM. Pour leur part, les exportations se sont élevées à 450 000 tonnes à la mi-février, quasiment le même niveau qu’à la même période de l’année dernière. Toujours selon l’ASPAM, elles devraient atteindre 650 000 ou tout au plus 680 000 tonnes, dont une grosse part absorbée par les pays de l’Union européenne (40%), talonnés par la Russie (30 à 35%) et l’Amérique du nord (15 à 17%). De son côté, la demande locale absorbera 70% de la production d’ici la fin de la campagne. «La principale problématique structurelle demeure l’opacité du marché et la multiplicité des intermédiaires, ce qui provoque l’écart énorme entre le prix des producteurs et celui proposé aux consommateurs finaux», explique M. Derrab. Cet écart atteint parfois 300%.

Les agriculteurs, toutes tailles confondues, souffrent de ce phénomène. «Nous avons lancé une étude pour décortiquer l’aval de la filière dans l’objectif de connaître tous les types de circuits, les marges de chaque échelon…», confie notre interlocuteur. Selon un autre professionnel du secteur, ces différents échelons d’intermédiation ne créent aucune valeur ajoutée alors qu’ils engrangent des gains énormes qui peuvent être investis dans l’amélioration des conditions de transport et de conservation.

Quant à la transformation, elle récupère seulement 50000 tonnes, un volume dérisoire qui reste très en dessous du potentiel de cette activité. «Nous espérons que l’activation du contrat-programme de l’agroalimentaire permettra de développer la transformation. Le Maroc continue d’importer les sous-produits -jus et concentré- alors qu’il dispose d’une production importante», remarque M. Derrab.

A propos du contrat-programme 2008-2018 de la filière des agrumes, le secrétaire général de l’ASPAM se félicite de l’évolution des nouvelles plantations et la production. «Nous avons dépassé les objectifs en termes de plantations qui sont passées de 105 000 à 125 000 hectares», déclare-t-il. L’objectif de production fixé à 2,9 millions de tonnes est réalisé à 80%. En revanche, l’exportation suscite moins de satisfaction, avec à peine 50% des objectifs. «La hausse de la production n’induit pas celle de l’export, le marché international est très concurrentiel. Bénéficiant de la proximité et de l’appartenance à l’UE, les concurrents du Maroc n’hésitent pas, en dehors des avantages dont ils profitent, à faire du lobbying pour freiner le développement de nos exportations, d’où l’intérêt de s’ouvrir sur les marchés africains et asiatiques», commente une autre source professionnelle.