Agrumes : 550 000 tonnes à  exporter contre 650 000 prévues en début de campagne

Les intempéries et la baisse du pouvoir d’achat dans les principaux pays importateurs sont les principales raisons du repli.
Les opérateurs déplorent l’absence d’un plan d’urgence pour la filière.

Les exportateurs d’agrumes ont revu leurs ambitions à la baisse. Pour l’actuelle campagne, le volume des expéditions devrait totaliser 550 000 t contre 650 000 t prévues au départ, soit une révision à la baisse de 15,5%. Par rapport à la précédente campagne, le recul sera de 5,5%. Au 4 avril, les exportations avaient déjà fléchi de 4,8%  par rapport à  la même période de l’année précédente, à 415 000 t.
Ces baisses sont dues en partie aux intempéries. Au Nord et dans le Gharb, les inondations ont causé la perte de 50 000 t de fruits de demi-saison (navel et sanguine). Pour la Maroc Late, on n’a expédié que
163 000 t sur les 193 000 prévues.

Les conditions climatiques ne sont pas la seule raison du repli. La crise financière a touché la plupart des pays importateurs dont certains ont eu à subir une forte dépréciation de leur monnaie, avec pour conséquence  la baisse du pouvoir d’achat des consommateurs.
Ainsi, en Russie, qui absorbe 50% des exportations marocaines d’agrumes, le rouble a chuté de 35% par rapport au dollar entre septembre et fin mars . Les contrats étant libellés en dollars, les clients russes achètent plus cher et vendent (en roubles) moins cher, d’où la baisse de la consommation. En Grande-Bretagne, qui représente 10% des exportations, la livre sterling a baissé pendant la même période de 2 DH, passant de 14,50 DH à 12,50 DH. Pour le Canada (7 à 8% des exportations), le dollar a aussi reculé, passant de 7,50 à 6,60 DH.Outre les dépréciations monétaires, l’aggravation des risques de paiement ont poussé les banques à ouvrir des lignes de crédit, d’où la prudence des exportateurs qui attendent la confirmation des crédits documentaires avant de procéder aux expéditions.

Un dirham vert pour optimiser les recettes
Au niveau de l’Union européenne, on note également une contraction de la demande des consommateurs en fruits et légumes en raison de l’aggravation du chômage qui a entraîné la baisse du pouvoir d’achat.
Même si le secteur agroalimentaire est moins touché que l’automobile, le tourisme et le textile, le producteur reste le maillon faible du circuit de commercialisation. En effet, il est le dernier à être payé après les prélèvements des frais de transport, d’emballage et autres. Les opérateurs se plaignent que le gouvernement n’ait pas mis en place un plan d’urgence pour les produits agricoles frais. De même, contrairement aux autres cultures, rien n’a été prévu pour les agrumes du Gharb où 50 000 t sont perdues. Pour remédier à la situation, l’Association professionnelle des producteurs d’agrumes au Maroc (Aspam) a proposé la mise en place d’une mesure spéciale baptisée «Dirham vert» qui consiste à appliquer un taux de change préférentiel pour le rapatriement des recettes des exportations agricoles, à l’instar de ce qui avait été fait, il y a quelques années, pour les MRE. Mais à ce jour, cette suggestion, qui permettrait de bénéficier des effets positifs d’une dévaluation sans affecter l’économie, n’a pas été retenue par les pouvoirs publics.