Agritech : L’évolution de l’agriculture passe par la digitalisation

• Elle concerne, entre autres, la compétitivité et la durabilité de l’activité.
• L’information devient la pierre angulaire du développement du secteur.
• Des projets menés en la matière par l’INRA et la start-up marocaine SOWIT pour une meilleure gestion des cultures.
• Des incitations et mesures encore à mettre en œuvre pour faciliter au petit agriculteur l’accès aux nouvelles technologies.

Dans la course à la compétitivité et la durabilité, la digitalisation apparaît depuis déjà quelques années comme une opportunité pour aller de l’avant. Les capteurs, les drones, comme les objets connectés, sont aujourd’hui des aides stratégiques à la décision pour les agriculteurs. Ils leur permettent en effet de mieux connaître les cultures et optimiser leurs rendements, souligne Hamza Rkha Chaham, co-fondateur de SOWIT, une start-up marocaine spécialisée dans l’agriculture de précision. Les expériences menées en la matière ont permis de doper le rendement des exploitations grâce aux informations communiquées sur les différents leviers à activer pour optimiser la récolte. Il s’agit à ce niveau d’identifier la date optimale des semis, la quantité précise d’engrais à mettre et l’irrigation à ajuster selon le stress hydrique observé, explique l’expert.
L’agriculteur peut en effet à travers l’agriculture de précision connaître la composition des sols, les données météorologiques ou encore les besoins en eau des cultures. Le résultat de ces données peut être une optimisation du moment de la récolte et une qualité organoleptique des produits. C’est aussi un moyen de s’orienter vers une agriculture durable à travers des techniques culturales en faveur de l’amélioration du potentiel agronomique des sols ; ces derniers étant des éléments vivants à conserver.
Les spécialistes en la matière mettent aussi en exergue l’apport de la digitalisation au niveau de la réduction et la facilitation des tâches. Les capteurs ou les robots, à titre d’exemple, permettent un contrôle à distance dans les grandes exploitations. La digitalisation de l’agriculture est aussi un moyen pour mieux communiquer auprès du consommateur sur les conditions de production et les retombées environnementales des cultures. Le consommateur peut ainsi faire son choix de manière éclairée grâce à la traçabilité que lui offre la digitalisation de l’agriculture. Cette transparence porteuse d’amélioration de qualité permet aussi de forcer le producteur à de bonnes pratiques et développe sa compétitivité.
L’agriculture digitalisée requiert néanmoins des compétences techniques en matière d’analyse des données. L’harmonisation des données collectées et leur lecture fait appel, en effet, à de l’expertise en la matière pour enseigner aux exploitants le savoir-faire de la digitalisation dans l’agriculture. Celle-ci est une ouverture sur de nouvelles démarches culturales qui nécessitent des formations en techniques digitales. La mise à niveau et la compatibilité des technologies utilisées est l’autre défi à relever. A ce niveau, du verger à l’assiette du consommateur, l’interopérabilité doit être assurée de manière à connecter les équipements digitaux sur les mêmes données, exposent les experts. Dans ce contexte, le développement des réseaux de communication en bas débit est essentiel. Et ce notamment pour l’émergence de réseaux d’objets interconnectés (IoT) favorisant la prise de données à grande échelle et la vulgarisation de la fourniture d’informations aux agriculteurs, notamment les plus petits. «Il y a aussi le coût d’accès au digital qui reste un frein au vu du coût de la donnée mobile. Le Go de données mobiles coûte environ 20 DH, ce qui nous positionne derrière les pays Ouest et Est africains et empêche le petit agriculteur d’utiliser la donnée mobile comme moyen courant de communication», met en exergue Hamza Rkha Chaham. Pour lui, les incitations à l’utilisation des technologies digitales dans l’agriculture doivent être encore renforcées. Il rappelle que le Plan Maroc Vert a fait la part belle à l’équipement des exploitations, ouvrant de grandes opportunités pour les services digitaux visant à tirer le meilleur de cet équipement dans le sens d’une intensification durable de la productivité. La stratégie Génération Green va aussi dans le sens d’une agriculture durable et ambitionne de supporter les projets innovants en la matière.
Pour l’heure, SOWIT accompagne l’INRA dans des projets où l’agriculture de précision permet des avancées pour les cultures, expose Dr Faouzi Bekkaoui, directeur de l’INRA. Au niveau de Meknès, il s’agit de la mise en place d’un système de détection des maladies sur les oliviers, notamment l’œil de paon, par imagerie aérienne. L’œil de paon est une maladie qui touche largement les oliveraies marocaines et peut engendrer jusqu’à 25% de perte de rendement. A Mermouch, l’INRA travaille en collaboration avec SOWIT sur le suivi des essais céréales et légumineuses, ainsi que des plateformes de multiplication des semenciers. Il s’agit d’accompagner les chercheurs dans la caractérisation des variétés et la mise sur le marché de meilleures variétés céréalières, explique le co-fondaateur de SOWIT. A Kénitra enfin, le projet développé est la mise en place d’un système de diagnostic du statut azoté des vergers d’agrumes pour améliorer la connaissance des besoins azotés de la culture et optimiser les apports.
Ces projets sont des exemples qui contribuent à une meilleure gestion des cultures et au développement de l’agriculture de précision à travers la digitalisation. Si comparativement aux pays développés, le Maroc n’en est qu’au tout début de la digitalisation de l’agriculture, il reste pionnier en la matière dans le continent africain, à l’instar de l’Afrique du Sud, la Tunisie, l’Éthiopie et le Kenya, souligne Dr Faouzi Bekkaoui. La double nécessité pour l’Afrique d’une croissance agricole durable, à la fois pour l’agriculture et pour l’agriculteur, appelle aujourd’hui à plus d’investissements en la matière. Il est aussi question de compétitivité. Pour le moment, l’agriculteur africain est, en moyenne, trois fois moins productif que son homologue asiatique, notamment du fait d’un manque d’information. Pour aller de l’avant en matière de digitalisation de l’agriculture, associer et accompagner le petit agriculteur reste un des défis à relever.