Agrumes : la filière dans une mauvaise passe, mais les professionnels restent optimistes

La filière des agrumes enchaîne deux campagnes difficiles durant lesquelles le chiffre d’affaires et les parts de marché à l’export ont baissé, mais les professionnels n’ont pas perdu espoir, notamment après la mise en œuvre d’un plan de soutien. Si la production a plus que doublé en dix ans, les performances à l’export et dans l’industrie n’ont pas suivi.

La filière marocaine des agrumes se porte mal. Considérée pendant longtemps comme une vache à lait dans le secteur agricole, cette filière se trouve aujourd’hui confrontée à une pléthore de problématiques. Surproduction (campagne 2018/2019), sous-production (campagne 2019/2020), impact des changements climatiques, concurrence de plus en plus acharnée sur le marché international (Turquie et Egypte, entre autres), stagnation des exportations encore loin des objectifs fixés par le contrat-programme de la filière, mauvaise organisation du marché intérieur où s’écoulent pas moins de 70% de la production…. Ce n’est là que la partie visible de l’iceberg. Pourtant, l’Etat, à travers le ministère de l’agriculture, n’a pas ménagé d’efforts durant ces dix dernières années dans le sillage du Plan Maroc Vert. Subventions généreuses de l’amont à l’aval pour booster l’investissement ou professionnalisation de la filière en la dotant d’une inter-profession et d’un contrat-programme, le département de l’agriculture a fait son job (voir encadré : «Les appuis et incitations de l’Etat à la filière des agrumes»). A l’exception de l’export et de la transformation qui ont évolué mais timidement, les résultats ont été au rendez-vous s’agissant de l’augmentation des superficies et de la production, ou bien l’équipement en systèmes d’irrigation. Au total, 10 milliards de DH ont été investis dont un tiers supporté par l’Etat. A l’évidence, les professionnels regroupés au sein de la Fédération marocaine interprofessionnelle des agrumes (Maroc Citrus) sont satisfaits des réalisations du PMV. Toutefois, beaucoup reste à faire pour vendre mieux et vendre plus, aussi bien sur le marché national qu’international.

Un plan de soutien à la rescousse

La fragilité de la filière des agrumes est apparue au grand jour durant la campagne agricole 2018-2019. «C’était une campagne très difficile. Nous avions perdu un mois d’activité sur le marché international à cause de plusieurs facteurs dont le retard de maturité des plantations combiné à celui des précipitations, la grève des transports qui avait duré deux mois et surtout une surproduction à l’échelle mondiale», explique Ahmed Derrab, secrétaire général de l’Association des producteurs d’agrumes (ASPRAM). Profitant de l’absence du Maroc – le malheur des uns faisant le bonheur des autres, dit-on -, les Turcs et les Egyptiens ont su grignoter des parts de marché au grand dam du «Made in Morocco». Sur le marché local, un marché mal organisé par les communes où les intermédiaires font toujours la loi, les prix s’étaient effondrés à tel point que certains agriculteurs ont préféré abandonner la récolte sur arbre ou à vendre à perte. Résultat des courses, selon les estimations de Maroc Citrus : des pertes cumulées qui ont frôlé les 2 milliards de DH. Là encore, l’Etat est allé à la rescousse de la filière du fait de son importance sur le plan socio-économique et sa contribution à la rentrée de devises. Après plusieurs réunions entre le département de l’agriculture et Maroc Citrus, les deux parties ont mis sur pied un plan de soutien dont la convention a été signée en décembre 2019. Objectif affiché : redresser la situation à partir de la campagne 2020-2021 et limiter les dégâts pour la campagne en cours (2019-2020). Une campagne caractérisée par une baisse importante de la production aussi bien à l’échelle mondiale que nationale (voir encadré : «La production mondiale devrait baisser selon l’USDA»). «Les prévisions du ministère font état d’une baisse de la production de l’ordre de 35% à 1,7 million de tonnes, contre 2,6 millions de tonnes, mais avec de fortes disparités entre les différents bassins de production», poursuit Ahmed Derrab, qui explique ce recul par des conditions climatiques défavorables durant l’année 2019 et l’alternance végétative. De son côté, l’export devra baisser de 15% à 600000 tonnes contre 700000 durant la campagne précédente, toujours selon Maroc Citrus.Résultat attendu : les agriculteurs vont se tourner vers le marché local du fait des prix intéressants provoqués par la rareté du produit et le règlement quasi immédiat des ventes par les clients. Néanmoins, le chiffre d’affaires de la filière serait en baisse malgré l’augmentation prévue de la valeur.

La filière des agrumes est la première à être dotée d’un contrat-programme liant le gouvernement et l’inter-profession en 2008. En vertu de ce dernier, l’Etat s’engage à mettre en place des subventions et des incitations en faveur des professionnels qui devront pour leur part réaliser les objectifs fixés. A titre d’illustration, les nouvelles plantations d’agrumes sont subventionnées pour un montant allant de 4 000 à 11000 DH/ha selon les variétés.
N’étant pas en reste, les stations de conditionnement sont subventionnées à hauteur de 10% du coût d’investissement avec un plafond de 4,75 millions de DH par unité.La diversification des exportations est soutenue pour un montant allant de 50 à 1 000 DH par tonne, selon les marchés. D’autres subventions à l’équipement en irrigation (jusqu’à 100%), à l’achat du matériel agricole (30 à 50%) ou au renouvellement de plantations décimées par la tristeza (28 000 DH par hectare) ont également bénéficié à la profession.

 

D’après le rapport semestriel de l’USDA, les approvisionnements en orange, citrons, limes et mandarines devraient baisser dans les marchés internationaux.
Pour ce qui est des oranges, la production mondiale devrait baisser de 5,8 millions de tonnes par rapport à l’année précédente, pour s’établir à 47,5 millions de tonnes. Cette baisse revient principalement aux faibles récoltes au Brésil, à l’Union européenne, au Maroc et en Egypte. Cela est causé par des conditions météorologiques défavorables dans ces pays. Pour sa part, la production mondiale des mandarines devrait baisser de 1% à 31,7 millions de tonnes suite à la baisse de la production de l’UE, du Maroc, de la Turquie et des Etats-Unis. S’agissant des citrons et citrons verts, la production mondiale devrait baisser de 586 000 tonnes par rapport à la saison 2018/2019 à 7,9 millions de tonnes. Faisant l’exception, la production mondiale de pamplemousse devrait augmenter de 3% pour atteindre un record de 7 millions.