Agriculture : Des solutions pour une gestion efficiente de l’eau dans les petites exploitations

INTEL-IRRIS, un projet international pour développer une solution technologique utilisant des capteurs d’humidité à faible coût. L’Institut national de recherche en agriculture et l’École nationale des sciences appliquées à Safi partenaires de ce chantier.

L’agriculture à petite échelle contribue énormément à la sécurité alimentaire et à l’économie rurale, selon la FAO. Cependant, les petits exploitants, qui sont ceux dont les exploitations ne dépassent pas 5 ha, sont généralement confrontés à un certain nombre de contraintes qui entravent leur productivité, leur rentabilité et leur contribution à la croissance économique. La ressource en eau est l’une de ces principales contraintes et la situation devrait s’aggraver en raison de la pénurie d’eau liée à l’utilisation excessive actuelle et au changement climatique, avancent les experts. Au Maroc, par exemple, ils contribuent pour environ 80% de l’agriculture. Ils ont cependant très peu d’infrastructures, voire aucune, permettant des solutions d’optimisation de l’irrigation comme le goutte-à-goutte. Les équipements sont chers et nécessitent des solutions technologiques qui restent complexes. C’est dans ce cadre qu’a été initié INTEL-IRRIS un projet PRIMA 2020 Domaine thématique de la gestion de l’eau pour offrir des solutions économiques et d’appui pour améliorer l’efficience de l’utilisation de l’eau d’irrigation des petites exploitations. A noter que PRIMA est un programme de recherche et d’innovation dans la région méditerranéenne, initié par les pays méditerranéens

«Nous proposons de développer une solution technologique utilisant des capteurs d’humidité à plus faible coût. Ces capteurs sont connectés à une plateforme électronique et logicielle qui est aussi à plus faible coût, et open-source, et qui a été testée dans le cadre de plusieurs projets européens de Recherche & Développement pour déployer l’Internet-des-Objets (IoT) en Afrique», explique l’initiateur du projet, le Pr Congduc Pham de l’Université de Pau et Pays de l’Adour (UPPA) en France. Selon lui, l’équipement avec un capteur d’humidité (environ 30) et une passerelle permettant de recevoir de plusieurs capteurs (environ 45) est au alentour de 85 en comptant environ 10 de consommable comme pile AA et adaptateur USB. Un ensemble avec 5 capteurs d’humidité et une passerelle coûterait environ 210. «Les solutions existantes qui visent plutôt les grandes exploitations peuvent facilement être 10 à 30 fois plus chères», précise l’enseignant -chercheur. «L’utilisation de capteurs à plus faible coût nécessite en contre-partie des calibrations plus complexes et la prise en compte de paramètres du sol, de la plante et de l’environnement. C’est la contribution du projet INTEL-IRRIS où des chercheurs/experts agronomes et technologiques travaillent ensemble pour ajouter de l’intelligence à ces solutions techniques», ajoute-t-il.

A noter que le Pr. Congduc Pham a participé à plusieurs projets internationaux pour déployer des solutions technologiques à faible coût en Afrique. Dans le cadre du projet INTEL-IRRIS, le consortium qui a été monté se compose de sept autres partenaires. Parmi les intervenants marocains figurent l’Institut national de recherche en agriculture (INRA) et l’Ecole nationale des sciences appliquées à Safi.

L’Institut de recherche pour le développement en France avec des spécialistes des sols et de la calibration des capteurs à faible coût, WAZIUP en Allemagne qui développe des solutions technologiques de type IoT, sont aussi partenaires. Il y a aussi l’Université d’agriculture d’Athènes en Grèce avec des chercheurs qui déploient des plateformes numériques utilisant des techniques d’IA dédiées à l’agriculture, ainsi que l’Université d’Oran 1 en Algérie avec des chercheurs ayant une grande expérience pour adapter et déployer des solutions technologiques. Participe également à l’opération l’Université de Mostaganem en Algérie avec des chercheurs spécialistes des problèmes agricoles, de l’optimisation de l’usage des ressources naturelles dont l’eau pour l’irrigation.

Ainsi, le projet INTEL-IRRIS cherche à fournir une solution technologique qui intègre des traitements complexes, mais avec une mise en œuvre simple.

«Nous espérons que la solution permettra d’aider les petits agriculteurs à mieux prendre les décisions pour l’irrigation. Même sans connecter automatiquement le système proposé à des infrastructures automatisées d’irrigation, nous voulons pouvoir proposer les recommandations les plus pertinentes possibles», expose le Pr Congduc Pham. Selon lui, Il est aujourd’hui trop tôt pour avoir des estimations précises en termes d’économie d’eau mais 15% à 25% d’économie semble être un objectif réaliste.

D’un montant global de 600 000 euros pour l’ensemble des partenaires à raison de 75 000 euros/partenaire, le projet pilote de INTEL-IRRIS cible au Maroc les zones irriguées avec un focus initialement sur les plateformes expérimentales au CRRA de Settat et les agriculteurs de la même région. Outre l’ambition d’accélérer l’accès et l’utilisation des technologies intelligentes pour l’amélioration de l’efficacité du système d’agriculture à petite échelle, il s’agit d’accroître les synergies entre les petits exploitants, les parties prenantes et les pôles technologiques de l’agriculture. L’autonomisation des entrepreneurs locaux et la création d’opportunités d’innovation est aussi recherchée. L’autre ambition à long terme d’Intel-IrriS de renforcer davantage la capacité d’innovation dans les pays méditerranéens, en rapprochant les start-ups et les jeunes entrepreneurs avec les agriculteurs.