Agriculture urbaine : Un projet pilote de 530 ha à l’étude à Tiznit

Intérêt de réintroduire le concept dans nos cités pour la préservation des ressources naturelles et foncières et renforcer la sécurité alimentaire face au besoin croissant en la matière. Il reste à sensibiliser les citoyens à multiplier les micro-fermes et potagers urbains et péri-urbains.

Comment nourrir la ville et en faire un lieu durable face à une démographie exponentielle et une urbanisation qui ne cesse de s’étaler ? C’est la question qui était au cœur du débat la semaine dernière à l’Institut français d’Agadir dans le cadre du programme «Demain, dès aujourd’hui», avec pour thématique centrale cette année «la ville durable». Pour la sociologue Fettouma Djerrari Benabdenbi qui animait le débat sur le sujet, les défis à relever sont nombreux pour y arriver. Outre le logement, les transports, l’accès aux soins, le besoin en alimentation est aussi important et croissant. La crise sanitaire que le monde a vécue et le contexte actuel de flambée des coûts du carburant, engendrant une envolée des prix du transport et de la logistique, confirment aujourd’hui pleinement l’intérêt de réintroduire l’agriculture dans nos villes. «Il faut se rapprocher de l’activité agricole», souligne la conférencière.

Au Maroc, l’agriculture urbaine n’est pas nouvelle. Par le passé, dans les riads comme dans les maisons traditionnelles dans les quartiers périurbains, l’activité agricole était pratiquée. Aujourd’hui encore, dans les quartiers populaires, nombreux sont les habitants qui continuent à élever notamment la volaille. C’est dire que, le concept n’est pas récent, mais avec le développement des logements en copropriété cette pratique s’est perdue. L’exemple de la Havane, où pendant longtemps 60% des produits maraîchers provenaient des terrasses des maisons, prouve que l’agriculture urbaine à petite échelle avec de petits moyens est possible et peut être une réussite. Il reste cependant à sensibiliser les populations à multiplier les microfermes et potagers urbains et péri-urbains. Pour encourager les populations à s’y intéresser, des moyens de soutien et d’encadrement sont à mettre en place.

Pour l’heure, l’Agence urbaine de Taroudant-Tiznit-Tata s’intéresse à la promotion de l’agriculture urbaine dans la ville de Tiznit. Une étude a été initiée fin 2019 pour l’analyse de l’état des lieux et les différentes composantes du tissu de la palmeraie de Targa située en plein cœur de la ville de Tiznit. Etendue sur près de 530 ha, la palmeraie de Targa est localisée au nord de la Médina. Dans la région, cette palmeraie présente un patrimoine écologique et agricole de valeur caractérisé par ses potentialités économiques et son rayonnement historique, elle est intimement liée à l’histoire et l’évolution de la Médina de Tiznit.

Dans le cadre de l’étude menée, il s’agit de définir les défis et enjeux sur lesquels se basera la conception des projets d’agriculture urbaine. En outre, la démarche vise à travers un benchmark international de dégager les meilleures pratiques en la matière. L’étude permettra enfin d’identifier les sites d’accueil des projets d’agriculture urbaine, et d’établir les plans d’action de promotion et de développement de ce projet. Pour le patrimoine écologique de Targa, le projet pilote offrira l’opportunité de le repenser comme partie intégrante d’une agglomération de taille moyenne en forte croissance démographique et urbanistique. Aussi, le développement de l’agriculture urbaine en ce site permettra de lutter contre l’étalement urbain et préserver ses ressources naturelles. In fine, le projet sera un exemple de changement structurel dans le développement de nos villes. Un modèle parmi les initiatives privées prises ailleurs en la matière pour impulser des méthodes nouvelles pour nourrir les populations et vivre autrement.

En attendant, soulignons que lors de l’établissement de l’étude le cabinet en charge de l’opération a mené plusieurs ateliers et réunions de concertation, en partenariat avec les différents acteurs locaux et les associations de la société civile, et ce, afin de mettre en lumière les besoins réels et les enjeux locaux mais aussi de disposer d’une connaissance approfondie du territoire. Il s’agissait aussi d’identifier les politiques publiques menées en la matière.

Dans le cadre de la démarche, l’Agence urbaine de Taroudant-Tiznit-Tata dit avoir veillé jusqu’à présent durant les phases franchies de l’étude sur l’organisation et la programmation des ateliers participatifs. Les personnes ressources et les différents intervenants dans la planification, l’aménagement et la gestion urbaine tels que les départements ministériels concernés, les autorités locales et la commune de Tiznit ont été associés à l’opération. Objectif: réunir tous les acteurs concernés autour d’un projet de développement durable qui se veut être réalisé pour et par les parties prenantes du territoire par la construction d’une vision commune de son évolution à moyen et à long terme, est-il indiqué dans une note d’information de l’agence.

Les différentes étapes réalisées de l’étude ont permis pour le moment de dégager des projets d’agriculture urbaine accompagnés d’un plan d’action précisant les modalités opérationnelles pour la mise en œuvre desdits projets. A terme, ils devraient être des locomotives de développement local.