Agriculture : l’utilisation des drones prend de l’allure

• Ces appareils présentent l’avantage de traiter des cultures à accès difficile.
• L’intérêt est palpable en termes de réduction du coût et du temps de traitement, ainsi que de consommation d’eau et d’énergie.
• Le traitement de 10% de la superficie agricole avec un drone devra permettre d’économiser l’équivalent du besoin annuel d’une ville de 70 000 habitants.

L’utilisation des drones commence à se développer au Maroc, notamment dans l’agriculture. En matière de traitement phytosanitaire et d’application d’engrais foliaires spécifiquement, la société MISE (Moroccan Industry Services & Engineering) se démarque, non en important ces appareils, mais dans le développement de plusieurs projets depuis la phase conceptuelle à la livraison finale. Son projet phare réside dans le drone marocain MASD-M6.
Au vu des différents développements que connaît l’agriculture dans le monde, le Maroc prend le train en marche et s’oriente progressivement vers une agriculture digitale et de précision dont l’objectif est d’analyser les parcelles afin de mieux tenir compte de leurs différences. Les besoins en intrants ne sont pas toujours les mêmes sur une même parcelle. Du coup, l’agriculture digitale s’appuie sur des outils technologiques pour aider l’agriculteur à prendre les meilleures décisions possibles pour une agriculture raisonnée.
Selon Abbes Kailil, porteur du projet du drone marocain, ingénieur et docteur en aérospatiale, «le drone a l’avantage de traiter les cultures et parcelles à accès difficiles comme le riz, la canne à sucre, le maïs, le colza, le tournesol…». Il réduit considérablement le temps et le coût de traitement, il réduit aussi la consommation en eau en se basant sur la technologie bas volume. Dans les conditions actuelles de changements climatiques où l’eau se raréfie, le drone pourrait utiliser jusqu’à 20 fois moins d’eau par rapport à un traitement phytosanitaire classique. Il permet aussi l’accès immédiat à la parcelle pour le traitement des grandes cultures après la chute des pluies et après irrigations, surtout au niveau des sols profonds et argileux.
Si l’on prend l’exemple des céréales, «le traitement fongique de ces cultures par un tracteur occasionne des pertes allant jusqu’à 8% de la production. Les pertes deviennent plus importantes dans le cas de certaines cultures à accès difficile en fin de cycle comme le colza», qui peuvent atteindre jusqu’à 70%.
De plus, «la vitesse du drone permet de traiter pour les grandes cultures entre 10 et 12 ha par heure, soit un potentiel de 100 ha /jour/drone. A titre de comparaison, les traitements par tracteur dépassent rarement les 15-20 ha /jour. Ces délais entraînent des retards dans l’exécution des traitements qui impactent négativement les rendements», assure notre source.
Certaines exploitations requièrent des traitements préventifs, à une fréquence hebdomadaire. Ce qui nécessite, surtout pour les grandes exploitations, la mobilisation d’un nombre important de tracteurs avec toute la logistique qui va avec en moyens humains et en carburant. Le traitement par drone permet d’améliorer l’efficacité des traitements et d’optimiser la rentabilité.
Ajouter à cela, «le drone fonctionne de manière autonome et avec une quantité minimale d’eau, ce qui permet la protection des sols et donc de l’environnement et des personnes», explique M. Kailil. Pour les vergers, le drone s’avère aussi plus efficace du fait que le traitement qui se fait du haut vers le bas, chose qui était impossible jusqu’à maintenant. «Ceci contribue à une pénétration parfaite aux poches intérieures de l’arbre, grâce aux forces de pression appliquées par les hélices du drone. Par ailleurs, le traitement et la pollinisation des palmiers sont devenues possibles, rapides et efficaces grâce à l’utilisation de ces drones», souligne-t-il.
Que des économies à réaliser, que ce soit en termes de temps, d’eau ou d’énergie. Des estimations effectuées montrent que le traitement de 10% de la superficie agricole marocaine par drone devra permettre d’économiser l’équivalent du besoin annuel d’une ville de 70 000 habitants, avec une consommation moyenne de 15 litres/jour/habitant). L’impact sur la création d’emplois n’est pas des moindres, puisqu’avec la même hypothèse, près de 2 600 emplois directs pourraient être créés (pilotes, techniciens …) et plusieurs autres indirects.
En tout cas, la demande sur cette technologie se manifeste de plus en plus et est en phase avec les objectifs de la stratégie Génération Green, dont l’un des objectifs s’articule autour de la formation, l’introduction des nouvelles technologies agricoles et la qualification des agriculteurs, ainsi que les différents intervenants du secteur, dans ces techniques. D’ailleurs les drones créés par MISE sont opérationnels et sont en cours de réaliser des traitements presque partout au Maroc. Durant la campagne 2019/2020, la société a affiché des réalisations appréciables avec le traitement de plus de 3 000 ha de riz, 1 000 ha de tournesol, 1 000 ha d’oliviers, 500 ha d’agrumes, 200 ha de cannes à sucre, 200 ha de maïs et a effectué aussi plus de 200 démonstrations et essais.


La société MISE est spécialisée dans les drones de la conception à la livraison

Le projet porté par la société MISE se veut fédérateur et intégrateur. Il comporte 3 composantes : La 1ère est relative à la Recherche & développement et ingénierie ; la 2e à la formation d’ingénieurs, de pilotes de drones et de techniciens et la dernière est opérationnelle qui inclut le traitement phytosanitaire, l’application des engrais foliaires, la pollinisation du palmier dattiers ainsi que les diagnostics biotiques et abiotiques des cultures et la lutte contre les incendies…
Afin de sensibiliser l’ensemble des acteurs sur les avantages et les valeurs ajoutées de ces nouvelles technologies en agriculture, la société MISE a organisé plusieurs journées scientifiques et de démonstration en partenariat avec des organismes étatiques, des professions et des associations, notamment avec l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), l’Office national du conseil agricole (ONCA), les Directions régionale de l’agriculture (DRA) et les Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA).