Aéronautique : le GIMAS optimiste malgré le retard de la reprise

• La baisse de l’activité s’élève à 14% selon les estimations du ministère de l’industrie.
• De 2014 à 2019, le secteur aéronautique a réalisé une croissance de 20% de son activité.
• L’industrie devra intégrer les énergies vertes dans son processus de production pour se conformer à une nouvelle taxe européenne.

Mardi 8 décembre, lors de la signature du protocole d’accord entre le ministère de l’industrie et la CDG pour l’extension de la zone d’accélération industrielle (ZAI) de Kénitra, Moulay Hafid El Alamy a déclaré que l’aéronautique est le seul secteur industriel qui a manqué à l’appel de la reprise, après le déconfinement.
Intimement lié à l’industrie touristique, à travers laquelle est réalisée la plus grande partie des déplacements aériens internationaux, le secteur, doté d’un cycle de production très long, continue à accuser le coup de la pandémie mondiale du Coronavirus. Selon Karim Cheikh, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS), «ceci s’explique par le fait que le secteur aéronautique marocain dépend de la chaîne de valeur mondiale, notamment les grands avionneurs comme Boeing et Airbus. (…)Mais grâce à notre résilience, nous n’avons pas été touchés de la même manière que les autres plateformes mondiales. La baisse est moins importante au Maroc», tient-il à préciser. En effet, la baisse de l’activité a été estimée par le ministère de tutelle à 14%, un niveau beaucoup plus bas que les niveaux de 40% à 60% enregistrés par l’industrie aéronautique mondiale.
En termes d’emploi, le secteur a accusé la perte d’environ 1500 salariés sur 20 000, ce qui représente un pourcentage de moins de 10%. Pour compenser ces pertes, un programme a été lancé au sein de l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA), destiné aux salariés touchés par la crise. Cette initiative vise à poursuivre l’élan de formation mis en place de manière concomitante à l’évolution du secteur.

Une taxe européenne changera la donne
Actuellement, une première promotion de plus de 300 personnes a regagné les bancs de l’IMA, en attendant la reprise. Géré dans le cadre d’un partenariat public-privé, l’IMA est géré par le GIMAS. L’Institut spécialisé des métiers de l’aéronautique et de la logistique aéroportuaire (ISMALA) est un autre institut piloté par l’OFPPT et le GIMAS et qui contribue à mettre à la disposition des professionnels des profils formés aux métiers aéronautiques, notamment la maintenance des avions et des moteurs.
Malgré la situation actuelle, les professionnels restent optimistes. Le besoin de construire de nouveaux avions, même décalé dans le temps, se maintient, en attendant la reprise. Comparée aux autres secteurs industriels, celle-ci ne sera pas aussi rapide, sans que cela ne semble inquiéter le président du GIMAS. «Nous sommes convaincus que la reprise se fera plus vite, comparé à ce que disent les experts qui recalent la fin de la crise dans le secteur en 2023, ou une année plus tard», poursuit le président du GIMAS. Qu’est-ce qui explique cet optimisme ? «Dans les faits, 70% des avions des grands constructeurs sont fabriqués en dehors des pays où ils siègent», nous répond M. Cheikh.
Au Maroc, un programme de relance, mis en place avec le ministère de l’industrie, cible de nouveaux marchés, comme le Canada, l’Allemagne et le Royaume-Uni. Au niveau des métiers, des réorientations sont prévues au sein des unités de production afin de s’adapter à de nouvelles barrières tarifaires imposées par l’Union européenne. Il s’agit d’une future taxe carbone sur les produits importés dans le Vieux Continent. Désormais, seuls les produits à faible empreinte en carbone seront permis d’entrer sur le sol européen. «Si cette nouvelle taxe aura un effet sur tous les produits que l’écosystème aéronautique fabriquera, elle ouvrira la voie aux énergies renouvelables. Il n’y a pas de mystère», dit Karim Cheikh.
Le processus de décarbonisation des unités de production nécessitera donc un changement de processus d’alimentation en énergie. Cela constituera fort probablement une réelle opportunité pour l’écosystème national des énergies renouvelables. Nombreux sont les programmes publics lancés pour permettre aux sites de production de mettre en place des moyens de production d’énergies renouvelables comme les toitures solaires. Dans l’industrie des ENR, constituée à 80% de PME, les services proposés peuvent se greffer sur les opportunités qu’ouvre cette nouvelle taxe. Une synergie se créera sans aucun doute.

Karim Cheikh