«Contrairement à  ce qui se dit, les tarifs de la RAM sont très raisonnables»

La RAM a transporté en juillet et août derniers près de 1,4 million de passagers, un record dans l’histoire de la compagnie.

La pointe d’été 2015 est sur le point de s’achever pour Royal Air Maroc. Pourriez-vous nous en faire le bilan ?

Il faut d’abord retenir un chiffre : la compagnie a transporté en juillet et août derniers près de 1,4 million de passagers. Ce qui constitue un record dans l’histoire de Royal Air Maroc, d’autant que la pointe d’été s’est déroulée, en général, dans de bonnes conditions. Le taux de ponctualité des vols a été de 80%. On relève également une baisse importante des incidents bagages. Il faut signaler aussi que la compagnie a renforcé sa flotte par six avions neufs acquis récemment, en l’occurrence deux B787 Dreamliner et quatre Embraer E190 qui ont permis d’offrir à nos passagers de meilleures conditions de confort. Et pour répondre à la demande croissante pendant la pointe, nous avons eu recours à l’affrètement de cinq avions auprès de compagnies prestigieuses et reconnues par toutes les autorités de l’aviation civile européennes et américaines. Au total, nous avons déployé près de 49 appareils dont la plupart sont jeunes, performants et confortables pour servir nos passagers pendant la pointe d’été. En outre, la compagnie a fait appel à une centaine d’employés saisonniers pour renforcer ses équipes, notamment aux escales et dans les centres d’appels.
 
Comment se présente le bilan de la compagnie en 2015 ?

D’abord, 2015 est marquée par la baisse des cours du pétrole. Comme vous le savez, le carburant est une composante capitale pour les compagnies aériennes puisqu’il peut représenter 25 à 35% de charges d’exploitation. Néanmoins, la hausse de la valeur du dollar par rapport à l’euro a réduit l’impact de cette baisse puisque la grande part des recettes de Royal Air Maroc est facturée en euro alors que la majeure partie des charges l’est en dollar.  

Cela constitue effectivement une bouffée d’oxygène pour les transporteurs aériens dont Royal Air Maroc, surtout qu’à un mois et demi de la fin de l’exercice en cours (fin octobre), nous observons une stagnation du trafic comparativement à l’année dernière. Il y a eu plusieurs facteurs peu encourageants. D’abord, la conjoncture du secteur touristique n’est pas favorable. Il faut noter également l’intensification de l’offre de la concurrence qui a renforcé sa présence partout dans les aéroports marocains, aidée en cela par une politique adoptée par les organismes publics et consistant en l’octroi de subventions importantes de fonds publics en faveur de compagnies aériennes étrangères, et souvent au détriment de la compagnie nationale. Le troisième facteur négatif est l’impact de la taxe aérienne sur les comptes de la compagnie. Cela représente 250 MDH de charges et autant d’argent qui sert à alimenter les comptes de nos concurrents sous forme de subventions.
 
Pourtant, certaines compagnies low cost annoncent leur intention de quitter le Maroc…

Nous pensons qu’il s’agit tout simplement de surenchères très courantes pour faire pression sur les pouvoirs publics. Les compagnies low cost s’installent là où toutes les conditions sont très favorables et surtout lorsqu’elles perçoivent des subventions comme c’est le cas au Maroc. Et elles n’hésitent pas à repartir quand elles n’ont plus ces avantages. Aussi, la volatilité des LC étrangères au Maroc et en particulier sur Casablanca est-elle très forte. En été 2012, elles ont baissé le nombre de leurs vols de 77 à 27 par semaine sur l’aéroport Mohammed V Casablanca. Ensuite, elles sont revenues à 70 fréquences récemment. Il s’agit tout simplement d’une stratégie opportuniste liée à l’environnement économique et géopolitique du pays où elles s’installent. Une stratégie qui compromet totalement le développement pérenne de cette destination.
 
Et l’annonce de l’arrivée d’Air Canada sur une des routes dont vous aviez le monopole, en l’occurrence le Casa-Montréal, ne vous fait-elle pas peur, sachant que des MRE au Canada se plaignent des tarifs élevés de la RAM?

Vous parlez d’Air Canada Rouge, une filiale low cost d’Air Canada. Il faut savoir d’abord que Royal Air Maroc n’avait jamais le monopole sur cette route. Le marché est libre et tous les opérateurs des deux pays ont le droit et la liberté d’ouvrir des lignes entre les deux pays. La preuve, cette compagnie n’a eu aucun mal à avoir l’autorisation d’opérer sur cette route. Comme le marché est libéralisé, les tarifs aussi répondent à la loi du marché, c’est-à-dire de l’offre et de la demande. Et contrairement à ce qui se dit, les tarifs de RAM sont très raisonnables; mieux encore, la compagnie propose les tarifs les plus compétitifs par rapport à la concurrence.

Justement, Air Canada Rouge lance les prix de la ligne à partir de 800 dollars…

Comme je l’ai dit, les tarifs des vols long-courrier sont supérieurs à ceux des vols moyen-courrier. Et les tarifs de la RAM sur ce segment sont très compétitifs. Ils sont souvent moins chers que ceux de la concurrence sur le même segment. Surtout en période de haute saison. Sans oublier que la RAM offre des services qui n’ont rien à voir avec ceux de low cost. Encore plus quand il s’agit d’un vol de 6 ou 7 heures. Tous ces éléments de force, le client aura l’occasion, une fois encore, de les vérifier lorsque la concurrence opérera sur la route Casablanca-Montréal.

En été, on a vu monter dans les réseaux un mécontentement général de la part de certains clients ?

Nous assistons à un phénomène qui s’est développé ces dernières années à travers les nouveaux modes de communication digitale que sont les réseaux sociaux. S’appuyant sur l’ampleur du phénomène et sa vitesse de diffusion car gratuit et accessible à presque tout le monde, et surtout sur l’absence de réglementation, certaines personnes communiquent des informations sans vérification ni recoupement. Du coup, de fausses informations sont diffusées et reprises comme étant des vérités par les réseaux sociaux. De simples faits sont relatés et excessivement amplifiés pour leur donner, dans une confusion souvent manipulée, une dimension «dramatique». Et de toutes les manières, en cas d’incidents, les équipes de la RAM se mobilisent toujours pour y remédier et surtout pour assurer la sécurité de nos passagers qui est notre première priorité.