A Rabat, l’ancien archevêché est réhabilité en centre culturel

L’Institut français de Rabat a commencé une restructuration en regroupant ses activités. Ses quatre espaces ne seront prochainement plus que deux, en centre ville.
En début d’année, cette mue s’est concrétisée
par l’ouverture au public d’un nouvel espace implanté dans
un bà¢timent historique.
L’architecte Khalid Molato est le maître d’Å“uvre de
cette réhabilitation-reconversion.

Au centre de Rabat, au voisinage direct de la cathédrale, l’ancien archevêché de la ville est un bâtiment conçu par l’architecte Adrien Laforgue(*). Il abrite depuis peu certaines activités de l’Institut français : direction et administration ; service de programmation culturelle; bureaux de la cinémathèque; médiathèque et espaces d’exposition. Le nouveau site est composé de bâtiments anciens formant angle et donnant façades à  la croisée des rues Abou Inane et Henry Denan et d’un nouveau corps s’ouvrant sur un jardin recomposé, le long de la rue Ghafsa.
L’architecte Khalid Molato fut désigné lauréat avec un projet qui s’opposait en quelques points aux souhaits du maà®tre d’ouvrage. En effet, le programme, tel que donné aux architectes, envisageait, d’une part, de rehausser le bâtiment existant par un niveau supplémentaire, et, d’autre part, la transposition d’une entrée secondaire en entrée principale ainsi que la couverture du patio.

«On ne peut détruire tout ce qu’il y avait avant nous»
«Le jour o๠j’ai lu cela j’ai trouvé catastrophique de rajouter un étage ou de changer le concept d’origine, dans des proportions de R+1. Avec beaucoup d’humilité, j’ai pensé qu’il fallait respecter cette architecture. On ne peut détruire tout ce qu’il y avait avant nous. Par contre, s’il y a lieu d’avoir une extension, je la fait à  côté».

A l’extrémité gauche de la parcelle, le dessin du plan masse compose alors avec les alignements alentour. Une droite brève se brise en deux angles droits ; le trait s’avance suit le tracé de la rue, puis se courbe et redevient rectiligne devant le jardin ; il se casse à  nouveau pour former une encoignure avant de suivre une parallèle à  la façade existante ; il se retourne pour refermer le tracé en mitoyenneté. Le plan s’élève en R+3 pour former l’essentiel d’un volume cubique asymétrique, arrêté net par un couronnement en légère avancée. L’ensemble est lisse, blanc presque entièrement ponctué d’une superposition de baies verticales aux allèges vitrées, simplement protégées d’un garde-corps à  lices fines. Une même composition pour chaque niveau, sauf en rez-de-chaussée entièrement vitré. Il accueille la cafétéria et sa terrasse protégée par le débord du premier niveau.
Un patio sépare bâtiments et usages : nouvel édifice réservé aux équipes de l’institut, ancien pour les activités proposées au public. L’entrée principale, demeurée rue Abou Inane, permet l’accès aux handicapés. Un premier sas donne dans un espace d’accueil et d’inscription. L’ensemble, entièrement vitré, laisse une grande transparence de vue vers tous les points de la parcelle.

A gauche, l’accès à  la médiathèque, très bien équipée en ouvrages, produits et services. Elle tourne autour d’un patio central et se développe sur deux niveaux. A droite, un escalier de marbre permet d’accéder aux salles d’exposition aménagées à  l’étage.
Les anciennes façades ravalées sont composées avec des éléments identiques jouant seulement de variations dans les rythmes. Un fin sous-bassement en pierre de Salé, des murs lisses et blancs. En rez-de-chaussée, des ouvertures plein cintre avec appuis légèrement inclinés et grilles de protection. A l’étage, des fenêtres verticales le plus souvent inscrites dans l’axe de celles du bas. A quelques centimètres du linteau, un frise de damiers et chevrons en creux et opposition (elle court ainsi tout le long de la construction) se relève pour former un triangle, comme une mitre. Elle s’enrichit d’une ornementation plus travaillée dans les embrasures du tympan. La façade principale laisse découvrir des subtilités de composition organisées autour de l’entrée et d’une double arcature avec colonne.

Entre chien et loup, lorsque le ciel offre sa luminescence bleu métallique et que les baies diffusent la lumière intérieure vers le patio et le jardin, les volumes de l’ancien bâtiment prennent un relief différent. Le lisse des façades est surligné par chaque ressaut, nervure, motif ou arc et les volumes si légèrement désaxés s’entrecoupent en jeu de pans, lignes et arrêtes, arcs ou arrondis. Sur le côté et en avant, la nouvelle construction semble flotter sur sa base de verre, rattachée au sol par ses colonnes blanches. L’architecture se regarde aussi la nuit.