A quand la généralisation des petites coupures dans les guichets automatiques ?

Seules deux banques offrent la possibilité de retirer des billets de 20 et 50 DH sur leurs GAB. Les autres établissements jugent cette fonctionnalité contraignante sur le plan technique et sans réelle valeur ajoutée pour le client. Les retours de terrain prouvent au contraire qu’elle est prisée par les jeunes, les revenus modestes ou par tout particulier souhaitant régler en liquide une petite course.

Vous souhaitez retirer un billet de 20 ou 50 DH pour régler un taxi ou pour effectuer un petit achat chez l’épicier du coin ? Impossible pour bon nombre d’entre vous. Alors que les banques étoffent de plus en plus les services accessibles à travers leurs guichets automatiques bancaires (GAB) en permettant le paiement des factures d’eau et d’électricité, le téléphone, la vignette et autres taxes, ou encore en donnant la possibilité d’effectuer des dépôts d’espèces et de chèques, une fonctionnalité aussi simple que le retrait de petites coupures reste indisponible chez une majorité d’établissements. Seuls deux s’y sont mis. La Société Générale Maroc a introduit cette option de manière limitée en 2003 pour la généraliser à son réseau depuis. Al Barid Bank a suivi en offrant cette possibilité au niveau de certaines de ses agences. Les autres banques, pour leur part, se montrent peu intéressées. «Il s’agit d’une fonctionnalité qui amène quelques contraintes techniques sans forcément être utile pour les clients», commente-t-on au sein d’un établissement de la place. La mise à disposition de petites coupures nécessite effectivement d’équiper les GAB de cassettes supplémentaires pour les billets de 20 et 50 DH, fait-on savoir auprès de la Société Générale et d’Al Barid Bank. Déjà que les banques ont du mal à garantir la disponibilité en tout temps des seuls billets de 100 et 200 DH au niveau de leurs guichets, l’on comprend qu’elles rechignent à se soumettre à davantage de contraintes. Quant à remettre en question l’utilité de cette fonctionnalité, ce serait aller un peu vite en besogne.

Les deux établissements qui s’y sont mis répondent en effet à un besoin réel de la clientèle.

Tous les segments de clientèle sont intéressés par le retrait de petites coupures

La Société Générale a introduit les petites coupures peu après avoir mis en place une carte rechargeable pour les salariés non bancarisés. «Nous nous sommes très vite rendu compte qu’il était important pour les salariés aux revenus modestes de pouvoir retirer le montant de leur paie au plus juste», explique-t-on au sein de la banque. Pour la banque postale, l’introduction des petites coupures s’est aussi imposée pour les mêmes raisons, mais en ce qui la concerne, c’est notamment pour faciliter le retrait des pensions de retraite versées par la CNSS. Une convention a même été conclue entre les deux entités en 2006. Au-delà de ces usages spécifiques, tous les segments de clientèle sont aujourd’hui intéressés par cette option selon les retours de terrain. Le management de Société Générale constate ainsi que «cette fonctionnalité est très prisée par les jeunes, les clients aux revenus modestes ou tout simplement par tous ceux qui ont besoin de disposer d’une petite coupure pour régler une course». La banque met d’ailleurs bien en avant dans son argumentaire commercial la disponibilité de billets de moins de 100 DH au niveau de ses GAB.

En plus d’offrir un simple confort d’usage aux clients, introduire des petites coupures dans les GAB remédierait à une situation qui frôle l’abus bancaire. En effet, le fait de ne pas pouvoir retirer des billets de petite valeur prive les clients de leur argent. Par exemple, un salarié qui se retrouve avec moins de 100 DH sur son compte ne pourra pas en profiter jusqu’à ce que son compte soit réalimenté. Une contrainte d’autant plus difficile à accepter par ceux qui vivent des fins de mois serrées. Sauf s’ils ont droit à un découvert. Et même s’il en est ainsi, beaucoup refusent d’y puiser en raison des commissions salées que facturent les banques.

L’émission d’un chèque, seule solution, n’est pas toujours commode pour une somme modique

De manière générale, un client abandonne à sa banque tout montant qui n’est pas multiple de 100 DH, du moins momentanément. Certes, pour toucher ces montants, il reste toujours possible d’effectuer un retrait sur son propre compte au moyen de chèques, pour lesquels aucun montant minimum n’est fixé par la loi, ainsi que le rappellent les banquiers, ou en effectuant un paiement par carte. Cependant, la première solution, en plus d’être laborieuse, peut induire un coût prohibitif si l’on ne dispose pas d’un chéquier. Dans ce dernier cas l’on recourt au chéquier propre à l’agence (chèque guichet) en s’acquittant d’une commission allant d’une dizaine de DH à plus de 50 DH selon les établissements. S’agissant du paiement par carte, il est loin de s’être démocratisé; il ne représente au niveau national que 11% des opérations en volume et 7% en valeur, le reste consistant en retraits sur GAB. De là, on pourrait deviner que les établissements gèrent avantageusement les disponibilités qu’elles savent ne pouvant être retirées dans l’immédiat par le client.

La main sur le cœur, les banquiers certifient qu’«il s’agit de petits montants auxquels on ne prête pas une attention particulière». Sachant que l’on recense actuellement plus de 18,6 millions de comptes ouverts au Maroc, tous types confondus, le montant global en jeu ne doit cependant pas être si insignifiant que cela.    

Quoi qu’il en soit, à l’heure où l’inclusion de la population à faibles revenus représente un des principaux enjeux pour le secteur bancaire, l’intégration des petites coupures dans les GAB paraît être une mesure loin de relever du gadget. Mais pour certains professionnels, le débat est ailleurs. Selon eux, la priorité doit être plutôt de traiter la problématique de la domination du cash au Maroc. En dépit de plusieurs initiatives pour en limiter l’usage (mesures pour favoriser le paiement électronique, éducation financière…), l’attachement des Marocains à l’espèce est tenace.