«A moyen-long terme, chaque personne physique va avoir une identité numérique»

• Les nouvelles technologies ont, indéniablement, fluidifié les habitudes de notre quotidien. Mais elles ont aussi menacé la sécurité de nos données.
• C’est dans ce contexte de sécurité numérique que le Marocain Yassine Mountacif a fondé Deepsense, une start-up deeptech spécialisée dans la biométrie faciale.

• A qui s’adresse la technologie développée par votre start-up ?
Deepsense développe une solution très pointue. Grâce à l’intelligence artificielle, cette technologie de reconnaissance faciale authentifie l’identité des usagers et repère les tentatives de fraudes par présentation (photo, vidéo ou masque) en moins d’une seconde. Elle s’adresse particulièrement aux services financiers (banques, assurances, garanties) et opérateurs mobiles qui traitent des données sensibles lors d’un processus d’entrée en relation client.
Par ailleurs, la solution que nous développons répond à l’urgence actuelle de sécuriser l’accès au monde digital et aux différentes réglementations en vigueur à ce sujet. A moyen-long terme, chaque personne physique va avoir une identité numérique. Deepsense sécurise le passage de l’identité physique à l’identité numérique et apporte une réelle confiance dans tous les processus impliqués. En utilisant des éléments physiologiques uniques, cette solution d’authentification universelle limite résolument les possibilités de fraude dans l’accès digital.

• Des exemples d’application de votre technologie ‘‘au quotidien’’?
Je citerai, par exemple, : le remplacement d’un ou de plusieurs mot(s) de passe par la biométrie ; la gestion d’accès à un logiciel par un coffre-fort numérique ou encore la sécurisation des procédures de paiement en ligne…
Concrètement, Deepsense s’inscrit parfaitement dans la digitalisation de nos modes de vie : Aujourd’hui, tout se fait en ligne. C’est une quête permanente vers l’optimisation du temps et la facilité d’utilisation. Cela impacte évidemment l’expérience utilisateur attendue auprès de services dits ‘‘traditionnels’’ (banques, assurances, opérateurs mobiles), lors notamment d’une ouverture de compte ou d’actions transactionnelles. Il n’est donc plus question d’attendre au guichet ou de rencontrer un conseiller en physique. Les acteurs de cette économie ont tout intérêt à se mettre à la page et trouver des solutions d’authentification à distance sécurisée et digitalisée : la technologie basée sur la biométrie faciale est la plus fiable et avec zéro friction.

• La recherche et l’innovation sont-elles une solution à la crise actuelle ?
Avec la crise sanitaire actuelle, de plus en plus de «tâches quotidiennes» doivent désormais se faire à distance ou en virtuel. Il faut limiter les contacts grâce à la digitalisation des interactions. Développer une solution d’authentification biométrique à distance est une réponse multilatérale à cette problématique.
Face à ce changement de mode opérationnel, la population s’inquiète aussi de la sécurité de ses données personnelles. Il y a un vrai enjeu à rassurer les citoyens quant à l’utilisation de ces données et la sécurisation de leur accès à distance. C’est cette garantie de fiabilité, d’éthique et de sécurité que doit fournir la recherche et l’innovation de nos jours. Deepsense prend à cœur de répondre à ces attentes en garantissant une solution d’authentification forte à travers une vérification faciale en deux étapes (détection du vivant et comparaison faciale). L’accès à nos données est désormais plus que protégé, et cela même en étant à distance.

• Et vos projets à venir ?
En 2020, notre start-up a bouclé une levée de fonds de 3 millions d’euros menée par SEAF et des investisseurs privés ; cette somme sert à poursuivre ses investissements en R&D et à poursuivre le déploiement commercial de sa technologie.
Le recrutement et l’accueil de nouveaux talents humains. Aujourd’hui l’équipe est formée de plus de 20 personnes et elle continue d’attirer les meilleurs profils.
L’entreprise est en phase de développement commercial et d’implantation à l’international. La solution est mise en production en vue de l’intégration du produit chez ses premiers clients.
Une nouvelle identité de marque est en cours de travail. Elle vient soutenir leur vision entrepreneuriale à long terme, que ce soit dans leurs valeurs ou dans l’intégration de nouveaux produits.


Genèse d’un projet

Casablancais d’origine, Yassine prépare son projet entrepreneurial dès son arrivée en France au début de ses études à l’École polytechnique (l’X). À l’origine, il développe son idée autour du suivi des paramètres physiologiques à distance, appliqué au secteur médical. Après un Master en entrepreneuriat à UC Berkeley, où Il rencontre des personnes inspirantes de la Silicon Valley, ce jeune Marocain développe une technologie disruptive dans le marché de la santé. Fort de son potentiel, son projet, pourtant encore au stade académique, reçoit l’aide financière et le soutien de la BPI. En octobre 2017, Yassine rentre à Agoranov, l’un des meilleurs incubateurs tech de Paris (qui a notamment révélé le potentiel des entreprises Criteo et Doctolib) où l’entreprise se concrétise et s’affine. Très vite repérée comme une vraie révolution dans le secteur de la santé, la solution en phase de développement fait l’unanimité auprès du corps médical et remporte même plusieurs grands prix (Grand prix Innovation Santé enfant – Fondation Saint Pierre ; EIT health et Wilco Santé).
En 2018, Yassine crée la structure Deepsense, pour concevoir des produits issus de ces actifs technologiques. En 2019, l’entité concentre ses efforts sur le marché de l’identité numérique, pour y apporter un produit innovant qui répond aux problématiques du secteur : la digitalisation des méthodes d’authentification couplée à un besoin accru de sécurité. L’équipe fondatrice s’organise en petit noyau durant les deux premières années, concentrant tous ses efforts sur le développement de la meilleure solution d’authentification en biométrie faciale. Puis forte d’un positionnement produit de niche, la société triple son effectif sur l’année 2020 et boucle sa première levée de fonds à
3 millions d’euros.