A Casablanca, les professionnels du bio en quête de notoriété

Bio Expo, premier salon national du bio, a été organisé, du 21 au 23 juin à Casablanca, par l’Association Agissons vert et le Club des entrepreneurs bio. Fruits et légumes, viandes rouges, vins bio, produits cosmétiques, fertilisants et intrants organiques… Une cinquantaine d’exposants sont venus présenter leurs produits.

Le vert – symbole de la nature – dominait le paysage, dans la grande salle du Club Paradise à Ain diab. Des éléments de langage- comme bio, naturel, durable, écologique, santé- s’invitaient dans tous les échanges, en cette journée ensoleillée du vendredi 21 juin, peu après 16h. Bienvenu au premier salon bio du Royaume. Organisé par l’Association Agissons vert et le Club des entrepreneurs bio (CEBio) sous le thème «Le bio, un secteur national à fort potentiel», l’événement a réuni une cinquantaine d’exposants et ambitionnait de drainer des milliers de visiteurs.

Fruits et légumes, viandes rouges, vins bio , produits cosmétiques, fertilisants et intrants organiques… toute l’offre bio «made in Morocco» s’est rassemblée sous un même toit, pour la première fois depuis son introduction au Maroc dans les années 80. «Notre objectif fondamental est de sensibiliser les gens à la nécessité de consommer bio pour le bien-être de l’humain et de la planète», indique Bouchra Boukili, présidente de l’Association Agissons vert. Autre objectif : venir à bout de certaines confusions dans l’esprit du consommateur marocain, qui peine encore à démêler le vrai du faux (voir encadré : “Ce qu’il faut savoir”). «La plupart des Marocains confondent produits bio certifiés et produits fermiers, bien que ces derniers aient leur place et restent une alternative à la production conventionnelle», illustre Bouchra Boukili.

L’équation du prix

Pour les exposants, ce premier salon dédié au bio est avant tout l’occasion de gagner en notoriété et réseauter avec d’autres professionnels de l’écosystème bio. C’est le cas de l’entreprise Gold Cosmetic, spécialisée dans la cosmétique. «Notre production est tournée à 99% vers l’export. Notre présence au Bio expo a pour objectif de connaître nos produits, qui ne sont pas toujours et forcément plus chers que les produits conventionnels», témoigne Salim Benjelloun. A l’évidence, la question de la cherté des prix reste une vraie contrainte, compte tenu du pouvoir d’achat. Une cherté qui s’explique souvent par le coût des certifications ou de la main-d’œuvre, ou bien la qualité et les spécificités des intrants. Exemple : les produits cosmétiques proposés par Gold Cosmetic peuvent être 30% plus chers alors que d’autres sont proposés au même prix que les produits industriels.

Considéré comme l’un des rares producteurs de viandes rouges bio au Maroc, Domaine Fenniri s’efforce de démocratiser ses produits et les rendre accessibles au plus grand nombre. Située dans la province de Khémisset, la petite société agricole détient un cheptel de 2 400 ovins et 100 bovins. Sa capacité de production en volaille certifiée bio s’élève à 6 tonnes par mois. «A la veille de chaque Aid, nous proposons des moutons bio au prix du conventionnel pour promouvoir notre production. Cette recette a pris et la demande croît d’année en année», déclare le patron de l’entreprise agricole, qui a investi dans le bio comme meilleur moyen de valoriser les céréales de son domaine.

Du vin bio

Considéré à tort comme étant un produit ayant les mêmes qualités que le bio ou fermier, le poulet «beldi» est un caillou dans la chaussure de tous les opérateurs présents sur la niche du poulet bio et du poulet fermier. Ce dernier est 25% plus cher que le poulet bio certifié (vif) proposé par Domaine Fenniri. «A une certaine époque, le beldi était un produit fermier, mais aujourd’hui, avec les changements que connaît le milieu rural et en l’absence de traçabilité, rien ne garantit que ce poulet soit élevé dans des conditions adéquates», ajoute notre interlocuteur. Pour l’instant, l’entreprise distribue ses produits chez les épiceries fines dans les grandes villes, en attendant la montée en puissance de la production et le développement de la filière.

Tout aussi embryonnaire, la niche du vin bio existe bel et bien au Maroc. Le domaine Val d’Argan du terroir d’Essaouira occupant une superficie de 52 ha a osé s’y positionner depuis des années. «80% de notre production est écoulée sur le marché local pour des prix situés entre 110 et 360 DH», précise le propriétaire du domaine. Outre les promesses classiques du bio comme le zéro intrant chimique ou la durabilité du modèle agricole, Val d’Argan met en avant la limitation des additifs au strict minimum. «Le dioxyde de soufre, qui est un intrant incontournable, est réduit au maximum, contrairement au vin conventionnel. Ce qui a pour effet d’éliminer les maux de tête au réveil, après une soirée arrosée», vante-t-il.

Les distributeurs de bio-pesticides et bio-fertilisants ont été également présents en force au Bio expo. Sans eux, impossible de cultiver selon les exigences du cahier des charges associé au label bio. «Nous avons démarré en 1986 pour subvenir aux besoins des premières exploitations bio. Vu l’irrégularité de la demande et ses volumes au début des années 90, nous avons été également présents sur le marché des intrants chimiques, mais depuis des années déjà, nous nous sommes spécialisés exclusivement dans les intrants dédiés au bio», témoigne un cadre de l’entreprise Agro Spray Technic.

Basée à Rabat, l’entreprise propose aux agriculteurs du bio des insecticides-acaricides, des nematicides, des fongicides et des bio-stimulants. Ceux-ci sont soit des organismes vivants ou des dérivés composés de molécules naturelles, qui se substituent aux intrants chimiques dont les effets néfastes sur la santé du consommateur et de l’environnement ne sont plus à démontrer.

Fait important à signaler : ces intrants sont également utilisés par les agriculteurs du segment conventionnel qui exportent vers des marchés où les législations exigent des niveaux très bas de résidus de pesticides. Qu’en est-il du prix? «Ils sont très compétitifs. Un de nos produits stars contre des ravageurs classiques de tomates coûte 280 DH par hectare, contre 250 DH pour le chimique (entrée de gamme). D’autres produits peuvent coûter jusqu’à 320 DH», indique le patron d’Agro Spray Technic. En clair, l’évolution des superficies bio (voir encadré : “Le bio marocain en chiffres”) est une aubaine pour cet opérateur.
N’étant pas en reste, distributeurs dont le leader Green Village, banques (BCP et Crédit agricole), producteurs bio, organismes de certification… Toutes les autres composantes du secteur, de l’amont à l’aval, avaient leurs stands.
S’il y a un grand absent lors de ce premier salon national du bio, c’est bien la Fédération interprofessionnelle de la filière biologique (Fimabio).

Fimabio, le grand absent

Pourtant, il s’agit de l’organisation professionnelle reconnue par l’Etat, selon la loi sur les inter-professions agricoles et halieutiques. Une législation imprégnée de l’esprit du Plan Maroc Vert qui a érigé le secteur privé en partenaire clé de la politique agricole du pays via les contrats-programmes. «La Fimabio et le cercle des entrepreneurs du bio sont comme des frères ennemis. A la base, ce dernier a vu le jour après des divergences de vues et des batailles d’ego au niveau de la fédération, en plus d’un problème de représentativité», confie sous couvert d’anonymat un opérateur, qui est à la fois membre de la Fimabio et du CEBio.

Pour une filière embryonnaire, il est indéniable que les acteurs privés gagneraient à s’unir. De leur coté, les membres du CEBio se disent déterminés à poursuivre leur effort pour développer le business du bio.

• 8500 hectares à fin 2017

• 84 550 tonnes de production

• 14000 tonnes d’exportations en Europe

• 7 sous-filières (fruits, légumes, plantes aromatiques, céréales, produits d’élevage et argane, le transformé)

• 2300 ha de figues de barbarie (2300 ha)

• 1331 ha d’agrumes

• 1035 ha d’olivier.

• 800 points de vente.

Un produit bio doit être obligatoirement labellisé. Les mentions «bio» ou «naturel» sur les étiquettes sans logo officiel relèvent tout simplement de la publicité mensongère. En effet, le label est l’unique gage de conformité du produit avec la réglementation bio. Au sens de la législation marocaine – la loi 39-19 relative à la production biologique -, tout opérateur qui désire produire, préparer ou commercialiser des produits agricoles ou aquatiques selon le mode de production biologique doit se conformer aux conditions de production, de préparation, de commercialisation, de contrôle et d’étiquetage desdits produits en vigueur et respecter les prescriptions du cahier des charges type applicable à la production considérée. Ainsi, celui-ci doit se faire accompagner par un organisme certificateur – agréé par le ministère de l’agriculture – et entamer une période de conversion à l’issue de laquelle sa production est certifiée. La législation en vigueur prévoit des amendes allant de 10000 à 100 000 DH à l’encontre des fraudeurs parmi les producteurs, les certificateurs, ou même les auteurs de publicité prêtant à confusion.