6 000 tonnes de chocolat importées en sous-facturation chaque année

Une étude initiée par l’ANPME met en lumière les maux dont souffre le secteur.

Les importations sous-facturées représentent entre 25 et 50 % du
marché.

Un contrat-programme prévu d’ici février
prochain.

On savait que le secteur de la confiserie-biscuiterie souffrait de problèmes de concurrence déloyale. L’ampleur des problèmes vient d’être confirmée par une étude sectorielle initiée par l’ANPME (Agence nationale de la PME) et réalisée par des experts étrangers. Les conclusions seront soumises au ministère du commerce et de l’industrie avant leur présentation publique prévue lors d’un séminaire programmé pour la mi-janvier. Ce travail servira probablement de base à l’élaboration d’un contrat-programme pour un secteur sérieusement malmené ces trois dernières années par les importations sous-facturées ou illégales. L’idée de contrat-programme, rappelons-le, a été suggérée en février 2006 par le Premier ministre Driss Jettou, lors d’une rencontre avec les industriels du secteur, suite à des demandes pressantes d’aide émises par ces derniers.
Premier chiffre inquiétant dans cette étude (dont La Vie éco a pu se procurer copie), les importations sous-facturées de chocolat représentent aujourd’hui 50 % du marché estimé à 600 MDH. «Il y a environ 4 000 à 6 000 tonnes importées annuellement des Emirats Arabes Unis, à un prix moyen déclaré de 5 DH le kilo. Ce qui est impossible, ce produit étant vendu entre 18 et 40 DH sur le marché local», s’étonne un industriel du chocolat.
Le marché de la biscuiterie, estimé à 1,8 milliard de DH, n’échappe pas au phénomène. 25% de la consommation est représentée par des produits importés en sous-facturation. Les importateurs déclarent le kilo à 7 ou 9 DH alors qu’en moyenne les biscuits secs et gaufrettes (hors cakes, madeleines, etc.) sont vendus entre 11 et 14 DH le kilo. Pour les opérateurs de la branche, la sous-facturation devrait là aussi représenter 50 % du marché en 2007.
Les entreprises souffrent mais continuent à investir
Les experts qui ont procédé à une radioscopie détaillée du secteur et des entreprises (organisation, structure, équipements et outils industriels) précisent que, pour le redressement du secteur, il faut davantage agir sur l’environnement des entreprises, donc sur certains facteurs exogènes. L’étude a en effet permis, grâce à une comparaison avec des pays comme l’Egypte, la Turquie, la Tunisie, l’Espagne et la France, de mettre le doigt sur les problèmes qui handicapent aujourd’hui le développement de cette industrie: les coûts des matières premières, de l’énergie ainsi que de la main-d’œuvre sont plus élevés au Maroc que dans les pays précités. En outre, la fiscalité, la réglementation douanière et le contrôle des fraudes nécessitent quelques corrections.
Ces conclusions sont d’une certaine manière une réponse aux pouvoirs publics qui ont toujours demandé aux industriels de «faire d’abord leur mise à niveau». Celle-ci se fait, selon certains opérateurs du secteur, au quotidien puisque les entreprises organisées, en dépit de la crise, ont poursuivi leur stratégie de développement. Elles ont continué d’investir à un rythme de 200 MDH par an, de diversifier leur production (lancement de produits nouveaux) et de se développer sur les marchés étrangers (200 MDH d’export par an).
Pour aider la confiserie et la biscuiterie à émerger, les experts recommandent trois actions majeures (voir encadré en p. 22).
Les droits de douane
sur les intrants jugés pénalisants
En gros, il s’agit de mettre en place des barrières non tarifaires, à l’instar de ce que fait la Tunisie, par exemple, pour bloquer aux frontières des produits pouvant concurrencer de manière déloyale la production locale.
Au-delà de ces trois recommandations, les experts rejoignent les industriels du secteur qui préconisent, quant à eux, pour résoudre les problèmes, une extension des avantages accordés dans le cadre de l’accord de libre-échange avec les Emirats Arabes Unis aux produits fabriqués localement. Rappelons, à ce titre, que les produits émiratis entrent au Maroc en franchise de droits de douane. «Ceci constitue une concurrence déloyale qui nous porte préjudice. Il est aberrant que nous soyons compétitifs sur des marchés étrangers et que nous ne le soyons pas sur le marché marocain», déplore un industriel qui dénonce par là le traitement inéquitable entre les produits importés, qui entrent en franchise d’impôts, et la fabrication locale qui plie sous le poids des droits de douane sur les intrants.
Cette concurrence déloyale et la sous-facturation ont causé de nombreux dégâts au niveau du secteur : arrêt de certaines lignes de production, notamment de chewing-gum, dans plusieurs entreprises, perte de parts de marché et parfois même fermeture d’unités. La preuve, trois grosses entreprises de confiserie, à savoir Chéribon, Lucie Sucre et PLM, ont déjà mis la clé sous le paillasson.

Recommandations
Les trois mesures proposées par les experts

  1. Eclatement de la nomenclature douanière qui est aujourd’hui condensée (8 positions douanières seulement) et fausse quelque peu l’application des prix plancher décidés en 2005 pour remédier à la sous-facturation. «L’éclatement de la nomenclature en fonction de la composition des produits, de leur origine et de leurs formes permettra d’identifier les produits de façon précise et surtout de pouvoir en reconstituer les coûts», indique un opérateur.

2. Réforme des systèmes de déclaration douanière. Celle-ci pourrait se faire sur la base de l’avis d’un centre technique, notamment celui de l’industrie agroalimentaire, qui, connaissant bien le milieu industriel, peut évaluer facilement le prix de revient d’un produit.

3. Mise en place de normes qui constitueraient des garde-fous pour assurer une concurrence loyale. Ces normes porteraient sur la réglementation à respecter (par exemple l’étiquetage), l’utilisation des additifs ou encore les procédures de transformation.