320 milliards de DH de cash manipulé par les Marocains, du jamais vu depuis 30 ans !

• Ils ont fait circuler 2,1 milliards de billets et 2,9 milliards de pièces de monnaie, soit des progressions respectives de 17% et 2% !
• Pour faire face à la demande, Bank Al-Maghrib a émis 613 millions de billets, en hausse de 7% par rapport
à 2019.
• Le ratio de la circulation du cash rapporté au PIB s’établit désormais à 30% contre une moyenne de 22% sur les dernières années !
• Les chèques et les prélèvements restent les parents pauvres des modes de paiements au Maroc.

On dirait que les Marocains ne jurent plus que par le cash!  C’est du moins ce qui ressort des dernières statistiques de la banque centrale. Selon l’institut d’émission, le contexte de crise sanitaire a fait en sorte que la demande adressée au cash marque une accélération exceptionnelle en 2020 et le trend se poursuit avec moins d’ampleur en 2021! En effet, après une hausse annuelle de près de 7% en 2019, la circulation fiduciaire a atteint 319 milliards de dirhams, en croissance de près de 20%, soit le rythme le plus élevé observé sur les trente dernières années. En volume, elle s’est située à 2,1 milliards de billets et 2,9 milliards de pièces de monnaie, soit des progressions respectives de 17% et 2%, à en croire le rapport sur les infrastructures des marchés financiers, et les moyens de paiement, leur surveillance et l’inclusion financière.

Selon Bank Al-Maghrib (BAM), l’analyse au cours de l’année 2020 indique, qu’après s’être inscrites dans une tendance normale sur les deux premiers mois de l’année, les sorties nettes de billets de banque (BBM) ont fortement augmenté entre les mois de mars et mai. Leur cumul sur cette période a totalisé un peu plus de 38 milliards de dirhams, alors qu’il s’est limité sur la même période des trois dernières années à 6,6 milliards en moyenne. Cette hausse observée au niveau de plusieurs pays est expliquée par le recours massif des ménages au cash pour régler les achats de produits de base ayant connu une forte demande au début de la crise sanitaire, ainsi que pour constituer des réserves en cash au regard des incertitudes qui ont plané sur l’étendue et la durée de la pandémie.

Dans le détail, les flux aux guichets de Bank Al-Maghrib ont porté sur un volume de sorties d’environ 1,271 milliard de billets, ce qui correspond à une augmentation de 7% par rapport à 2019. Le volume des versements a, pour sa part, atteint 955 millions de billets, en baisse de 11%. Il est à noter que le développement du rôle des CPT dans la filière fiduciaire a contribué, d’une part, à la stabilisation des mouvements de billets de banque aux guichets de Bank Al-Maghrib. Ces mouvements se maintiennent, en moyenne annuelle, à environ 1 milliard de billets tant pour les flux de sorties que pour ceux des entrées de billets. Il a contribué aussi à l’optimisation de l’activité d’approvisionnement des sièges de BAM, qui a enregistré une baisse continue du nombre des missions de convoyage de fonds d’une année à l’autre.

Sur le reste de l’année, et en dépit de la distribution des aides du gouvernement en cash, le recul de l’activité économique sous les effets de la pandémie s’est reflété dans la circulation fiduciaire, qui a évolué à un rythme inférieur à sa cadence normale, mais sans autant compenser les sorties massives observées auparavant. Les flux nets se sont ainsi limités à un peu plus de 10 milliards, tandis qu’ils avaient évolué entre 2017 et 2019 aux voisinages de 14 milliards. Ainsi, le ratio de la circulation fiduciaire rapporté au PIB s’est établi à 30% contre une moyenne de 22% constatée lors des années précédentes. Cette hausse importante a été observée au niveau de plusieurs pays. C’est dire que cet appétit pour le cash n’est pas l’apanage de l’économie marocaine. En effet, l’examen de l’évolution récente de la circulation fiduciaire dans de nombreux pays confirme qu’il y a une préférence pour le cash en temps de crise. Ainsi, aux Etats-Unis, par exemple, la circulation fiduciaire a marqué au cours de mars 2020 l’augmentation la plus importante après celle enregistrée à la veille de l’an 2000, qui avait résulté des craintes liées à une éventuelle panne de la migration des systèmes informatiques. Dans le même sens, la zone euro a connu au cours de la semaine du 16 mars l’accroissement le plus élevé de la demande de billets de banque après celui de décembre 2008 engendré par le déclenchement de la crise financière. Pour le cas du Canada, la progression annuelle de la circulation fiduciaire s’est accélérée de 3% en février à 10% en juin et a enregistré la deuxième plus importante hausse historique après celle d’octobre 2008. De même, les données relatives à la Russie et au Brésil montrent que le rythme annuel du stock des billets de banque a augmenté de 6,5% en février à 17% en avril pour le premier pays et de 8% à 24% pour le second.

 

La «scripturalisation» des paiements reste à des niveaux modestes !

Pour faire face à cette hausse de la demande sur fond de contexte de crise sanitaire, Bank Al-Maghrib a défini un plan d’urgence impliquant tous les intervenants dans le cash cycle. La banque centrale a ainsi donné ses directives aux banques pour assurer, en continu, l’alimentation des GAB et a accordé aux Centres privés de tri l’autorisation d’effectuer le comptage et l’authentification des billets sans recours au tri qualitatif. Ces derniers ont été aussi invités à définir un Plan de continuité d’activité (PCA) et de rotation de leurs effectifs afin de pouvoir servir la place.

En parallèle, la banque a procédé à l’actualisation de ses prévisions pour les besoins du marché en cash et à l’activation du recours à son stock PCA afin de répondre à d’éventuelles hausses imprévues du cash. En outre, Bank Al-Maghrib a entamé la mise en œuvre d’un programme de production supplémentaire pour assurer un stock de sécurité suffisant.

En face, le nombre global de moyens de paiement scripturaux échangés (couvrant l’ensemble des moyens de paiement scripturaux) a connu une hausse de 8% par rapport à 2019, s’élevant à près de 292 millions d’opérations. En valeur, les échanges ont représenté près de 3 565 milliards de dirhams, restant ainsi stables par rapport à 2019 (contre une hausse de 4,8% l’année précédente).

Le Maroc enregistre ainsi une moyenne de 8,1 transactions par an et par habitant, ce qui représente une hausse de 8% par rapport à 2019. Ce niveau reste néanmoins largement en dessous de ceux enregistrés par les pays les plus avancés, comme les Etats-Unis, la Finlande ou la France, où il est respectivement de 531, 449 et 314, dénotant une «scripturalisation» très importante des paiements.

La structure des paiements scripturaux, en nombre, est restée quasiment identique à celle de l’année précédente. En effet, le virement a conservé sa première place, pour la quatrième année consécutive (46,5% des échanges en 2020, contre 42% en 2019), devant la carte bancaire (28% des échanges en 2020, comme en 2019). Les prélèvements ont maintenu leur troisième place dans l’ensemble des échanges en nombre (14,5% des échanges en 2020, contre 14% en 2019), devant les chèques dont la régression s’est accentuée (9,5% en 2020 contre 13% en 2019).

La baisse soutenue de la part des chèques (en nombre et en valeur), au profit des autres moyens de paiement électroniques va de pair avec la politique et les orientations stratégiques de Bank Al-Maghrib visant à développer les moyens de paiement électroniques. Cette baisse a été accélérée avec le contexte de crise sanitaire.

 

Contrefaçon : 1 MDH de faux billets

 

Les faux billets détectés par Bank Al-Maghrib ont baissé de 34% en 2020 pour atteindre 6 335 billets, contre une hausse de 6% une année auparavant. La valeur de ces faux billets s’est établie à 1 MDH contre 1,5 MDH en 2019.

Rapporté au million de billets en circulation, seulement 2,9 billets sont contrefaits, en baisse par rapport à l’année passée (5,2 billets contrefaits par million de billets en circulation).

Ce taux a observé une baisse particulière cette année qui pourrait être expliquée par la période de confinement et fait suite à des baisses continues depuis plusieurs années et montre que le risque de contrefaçon au Maroc est globalement maîtrisé et se situe à un niveau faible comparativement à l’échelle internationale.

Cette baisse a concerné toutes les coupures, avec notamment des reculs de 34% pour le billet de 200 DH et de 38% pour la coupure de 100 DH.

Sur les faux billets décelés, la coupure de 200 DH prédomine, avec une part de 69%, alors que celle de 100 DH n’y contribue qu’à hauteur de 11%, soit quasiment les mêmes proportions enregistrées un an auparavant. Quant aux petites dénominations, celle de 50 DH a vu sa part augmenter de 4 points de pourcentage à 15%, tandis que celle de 20 DH est passée de 7% à 5%. En 2020, les tentatives de contrefaçon ont porté notamment sur les séries de type 2012 qui ont accaparé deux tiers des faux billets décelés contre moins de la moitié un an auparavant. A l’inverse, celles de 2002 et de 1987 y ont représenté respectivement 18% et 7% contre des parts respectives de 32% et 23% en 2019. 71% des faux billets décelés sont réalisés au moyen de photocopieurs ou imprimantes couleurs.

 

400 millions de billets de banque détruits en une année !

 

Bank Al-Maghrib dispose, de par ses missions fondamentales, du pouvoir exclusif de l’émission et de l’entretien de la monnaie fiduciaire, de la supervision des opérateurs privés de tri et du retrait de la monnaie ne répondant plus aux normes de qualité requises. A cet effet, elle a pour mission notamment de s’assurer de la qualité de circulation fiduciaire.

Dans ce cadre, Bank Al-Maghrib a délégué, depuis 2005, aux Sociétés gestionnaires des centres privés de traitement (SGCPT), l’exercice des activités de traitement et de recyclage de la monnaie fiduciaire et ce, conformément à l’instruction n°10/G/2005 de Mr le wali relative aux règles de tri de la monnaie fiduciaire et au cahier des charges établi entre la banque et ces opérateurs.

En 2020, l’émission des billets neufs par Bank Al-Maghrib a concerné un volume de 613 millions de coupures, en hausse de 7% par rapport à l’année 2019. La destruction, quant à elle, a porté sur un volume de 400 millions de billets, en baisse de 14%. L’entretien de la qualité, effectué conjointement par la banque et les CPT, a atteint un volume de 3,1 milliards de billets, en baisse de près de 5% par rapport à l’année 2019.