2004 sera finalement une bonne année

Les opérateurs économiques sont, de manière générale, optimistes sur l’évolution de l’activité économique.
L’emballage, le transport, la consommation d’électricité et l’activité bancaire reflètent le regain de dynamisme.
Au lieu de 3,3% de hausse, le PIB progressera de 3,5%, selon le Haut commissariat au Plan.

Le Haut Commissariat au Plan (HCP) vient de réviser légèrement à la hausse ses prévisions de croissance pour 2004 : au lieu des 3,3 % prévus initialement, le PIB progresserait de 3,5 %. Cela confirme le constat établi par les économistes selon lequel l’économie marocaine, ces dernières années, s’est installée dans une trajectoire de croissance relativement favorable : entre 2001 et 2003, en effet, le taux moyen de progression du PIB a été de 5 %.
Fait notable à souligner, cette croissance ne résulte pas que des performances du secteur agricole (83 millions de quintaux pour les trois principales céréales – blé tendre, blé dur et orge -, selon les dernières estimations du ministère de l’Agriculture), elle également de l’amélioration à hauteur de 3,5% de la production marchande hors agriculture. Autrement dit, le processus d’autonomisation de la croissance par rapport à l’agriculture, bien qu’encore insuffisant, n’en est pas moins réel.

La hausse du trafic portuaire dépasse les prévisions
Les opérateurs économiques ne manquent pas d’afficher un certain optimisme quant au regain de l’activité qu’ils disent percevoir nettement. C’est le cas par exemple du secteur de l’emballage, excellent baromètre de l’activité économique. Selon Hicham Kadiri, membre du directoire de Cofipac (CMCP, Carsud), même si certaines activités, comme le thé, la maroquinerie, le textile, la pêche ou encore la biscuiterie-confiserie, sont en légère régression par rapport à 2003, l’année 2004 se présente globalement sous de bons auspices. «De nombreuses filières, comme les huiles, les détergents, l’électroménager, les produits pharmaceutiques, les primeurs, la céramique enregistrent des croissances plus ou moins importantes», précise-t-il, sachant que des activités comme les industries des boissons, du sucre et conserves végétales ont maintenu leur activité au même niveau.
M. Kadiri, dont la société travaille avec pratiquement tous les secteurs, croit pouvoir expliquer la contre-performance de certaines activités ou leur stagnation par deux faits. D’une part, il y a l’importance des importations, comme c’est le cas dans la filière du thé, ou encore l’allongement de la durée du repos biologique dans le secteur halieutique. D’autre part, la révision à la baisse des prévisions de départ, trop généreuses parce que anticipant un rebond trop élevé de l’activité.
Autre indicateur, le secteur de l’énergie. Au terme des huit premiers mois de l’année 2004, les ventes d’électricité de l’ONE ont été chiffrées à 10,6 milliards de kWh, en progression de 5,9 %. Plus intéressant, les besoins en haute et moyenne tension des abonnés autres que les régies (autrement dit, du secteur industriel) sont en augmentation de
8,9 %. S’agissant des produits pétroliers, leur consommation, sur la même période, a crû de 3,9 %, avec toutefois des
niveaux assez élevés pour
le fioul, donc l’industrie
(+ 6,8 %), le carburéacteur, donc le transport (+ 7,4 %) et le gasoil (+ 3,2 %). Cette évolution ne doit pas être automatiquement liée à une croissance des activités de transport et de messagerie. Un certain ralentissement a été ressenti au cours du premier trimestre, du moins dans le secteur organisé, à en croire Abdelaziz Charif, administrateur, directeur général de SDTM, qui dit percevoir néanmoins «un léger frémissement» depuis la rentrée. Mais il est difficile de prévoir la suite, en raison de la période creuse du Ramadan.
M. Charif tient toutefois à relativiser ce constat car, dans ce secteur, peut-être plus qu’ailleurs, la part de l’informel est très importante, ce qui rend aléatoire toute tentative de cerner avec quelque exactitude l’activité qui s’y exerce.
Le trafic portuaire, en revanche, semble indiquer un certain dynamisme de l’activité économique puisque, à fin septembre 2004, 45,5 millions de tonnes ont été enregistrées contre 41,7 millions pour la même période de l’année précédente, soit une hausse de
9,2 % (contre une prévision de 4 %) qui a concerné aussi bien les importations (+9 %) que les exportations (9,4 %).

L’activité bancaire progresse de manière assez soutenue
Ce relatif dynamisme de l’économie se reflète-t-il dans l’activité bancaire ? Sur les huit premiers mois de l’année, les créances sur la clientèle du secteur bancaire se montent à 224,8 milliards de DH, en hausse de 15 % par rapport à la même période de 2003 et de 12 % comparativement à décembre dernier. Cette hausse masque cependant des évolutions contrastées. C’est ainsi que les crédits de trésorerie chutent de 16 % par rapport à août 2003, à 40,4 milliards de DH. Cela confirme une tendance observée depuis deux ans.
Les concours à la promotion immobilière ont suivi la même courbe, reculant de 84 %, à 2,9 milliards de DH. Cependant, sur le segment des particuliers, les banques maintiennent un rythme relativement soutenu. Les financements pour les acquisitions ont totalisé près de 42 milliards à fin août, marquant une progression de 24 % par rapport à la même période de l’année précédente. C’est un signe que le bâtiment, un des moteurs de l’économie, continue d’apporter quelques points de croissance. En revanche, les crédits d’équipement progressent à un rythme beaucoup plus lent, du moins si l’on reste dans le même périmètre de comparaison. Avec 40,4 milliards de DH comptabilisés, la hausse n’est que de 8,25 %, comparativement à août 2003.

La création d’emplois ne suit pas
Reste que, pour un banquier de la place, ces chiffres sont à interpréter avec prudence d’autant plus qu’on raisonne en termes de stock et non de flux. En clair, il y a eu des mouvements (nouveaux prêts et remboursements), impossibles à apprécier. Il note que les banques ont effectué un nettoyage qui a beaucoup influé sur les statistiques.
Pour un autre banquier, les concours vont pour l’essentiel à des programmes de renouvellement. Selon lui, les entreprises sont largement en mesure de répondre à une éventuelle hausse de la demande (du fait des capacités de production inutilisées) avec possibilité d’augmenter la productivité. Ce qui signifie qu’il peut y avoir une hausse de l’activité nécessitant seulement un financement de l’exploitation, le tout sans création d’emplois.
Au total, l’évolution paraît contrastée ; elle diffère d’un secteur à un autre, ce qui recoupe le constat que vient de dresser le HCP. Ainsi, si les activités agricoles, énergétiques, minières, touristiques (+ 16 % des nuitées déclarées), ont affiché un certain redressement, la branche chimie-parachimie et les industries métalliques de base, par exemple, connaissent un retournement à la baisse, ce qui pourrait déteindre sur l’industrie de manière générale, indique le HCP.
En revanche, la demande intérieure, variable importante de la croissance, paraît suivre une orientation favorable. Favorisée par le renforcement des dépenses de fonctionnement, la consommation publique connaîtrait une hausse, estimée par le HCP à 7,8 %. De même, l’amélioration des revenus agricoles, consécutivement à la bonne campagne céréalière, ainsi que les augmentations des salaires des fonctionnaires «boosteraient» la consommation des ménages qui réaliserait une progression de 5 % ; d’autant que l’inflation est maintenue à un niveau faible (1,8 %), comme c’est le cas depuis des années.
Paradoxalement, ce regain – tout relatif – de l’activité n’impacte nullement l’emploi puisque, sur le premier semestre 2004, le taux de chômage a crû de 0,5 point, passant de 11,6 % à 12,1 %. Et c’est tout le problème de l’économie marocaine dont la croissance est dite «stérile». En fait, cette faible corrélation entre croissance et emploi, il faut surtout la mettre sur le compte d’une progression rapide de la population en âge d’activité (64 % de la population totale), dans le même temps que le PIB croît à un rythme insuffisamment élevé. A cela, il faut ajouter le fait que le PIB agricole, déjà volatil, ne génère pas d’effets multiplicateurs sur la formation des revenus alors que 40 % de l’emploi total se trouve dans l’agriculture. Le salariat étant surtout concentré en milieu urbain, donc dans l’industrie et les services, ce sont les secteurs hors agriculture qui devraient générer plus d’emplois, ce qui n’est pas aujourd’hui le cas puisque ces secteurs semblent figés dans leur évolution .

Fait notable à souligner, cette croissance ne résulte pas que des performances du secteur agricole, mais également de l’amélioration à hauteur de 3,5% de la production marchande hors agriculture. Autrement dit, le processus d’autonomisation de la croissance par rapport à l’agriculture, bien qu’encore insuffisant, n’en est pas moins réel.

Signe du regain d’activité, le trafic portuaire a augmenté de 9,2% depuis le début de l’année.