15 milliards de DH pour irriguer 108 000 ha dans le Gharb

Un grand canal acheminera un milliard de mètres cubes par an du barrage Al Wahda vers la plaine du Gharb
L’ouvrage sera réalisé en trois tranches dont la première débutera fin 2007
Des incitations prévues pour le développement de cultures peu consommatrices d’eau.

A croà®tre le rendement de l’agriculture nationale ? Cette fois-ci, ce ne sont pas des paroles en l’air. C’est du moins l’interprétation que l’on peut faire des déclarations de plusieurs responsables gouvernementaux et, à  leur tête, le Premier ministre Driss Jettou.

En attendant une grande stratégie pour le secteur, les pouvoirs publics ont décidé de procéder progressivement, en s’attaquant notamment à  la ressource. Le problème est connu : 80% de l’eau qui va à  l’agriculture est de l’eau perdue, elle ne sert pas ses objectifs et certaines régions manquent cruellement d’eau.

Solution ? L’irrigation. Depuis quelques mois, le travail sur un ambitieux projet était en cours. Il vient d’être ficelé, il y a quelques semaines. Il consiste à  irriguer 108 000 ha de la plaine du Gharb en y acheminant un milliard de mètres cubes d’eau par an à  partir du barrage Al Wahda. Plus de 72 000 emplois seront ainsi créés à  l’horizon 2015. Ce chantier sera réalisé en trois tranches. La première démarrera avant la fin de l’année 2007 et concernera 33 000 ha. La seconde, dont le début est prévu à  partir de 2009, vise l’irrigation de 32 000 ha alors que la troisième porte sur 43 000 ha.

Les premiers agriculteurs pourront commencer à  exploiter les eaux du barrage en 2009. «Les différentes études relatives à  ce projet sont quasiment bouclées. Les travaux seront lancés avant la fin de l’année en cours», explique Mohand Laenser, ministre de l’agriculture, qui précise que l’idée du canal est relativement ancienne mais n’avait pu être réalisée faute de moyens. Il y a quelques mois, le projet a été réactualisé et différents scénarios de financement ont été étudiés. «Nous avons réussi à  trouver un montage financier efficace», ajoute le ministre. En effet, l’investissement global nécessaire sera de l’ordre de 15 milliards de DH. Le ministre de l’agriculture souligne que «l’objectif de ce projet est de tirer le meilleur profit de ces ressources en eau puisque ce milliard de m3 se perd actuellement dans l’Atlantique».

Récupérer 1 milliard de m3 qui se déversent dans l’océan
Les retombées pour le Gharb seront conséquentes. En effet, la création de ce grand périmètre d’irrigation permettra la création d’une valeur ajoutée de plus de 30 milliards de DH. Et encore, ce ne sont que des prévisions minimales. Vu la grande fertilité de ces terres ainsi que la nature des cultures qui y sont pratiquées, ces prévisions seront certainement revues à  la hausse.

Pour ce qui est des activités agricoles qui seront initiées dans ce périmètre urbain, les responsables du ministère de l’agriculture tiennent à  préciser qu’aucune culture ne sera imposée. Il est, toutefois, indiqué que des mesures incitatives seront prises pour encourager celles qui ne consomment pas beaucoup d’eau. Ces incitations devront, à  terme, permettre de diminuer les superficies occupées par des cultures très répandues dans le Gharb, mais qui sont connues pour leur grande consommation en eau d’irrigation, à  l’instar de la canne à  sucre.

«Plusieurs mesures d’encouragement seront prises pour pousser les agriculteurs à  remplacer cette culture par la betterave, également connue pour ses multiples sous-produits», précise-t-on. La céréaliculture reste dans la ligne de mire du département de l’agriculture qui vise également, à  travers l’ouverture de ce grand périmètre irrigué, à  pousser les agriculteurs à  s’orienter vers la culture maraà®chère (légumes), ou les fruits, sources d’une réelle valeur ajoutée.

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Un million d’ha irrigués au Maroc
La politique d’irrigation à  grande échelle et de création de périmètres irrigués a démarré au Maroc au début des années 70. Actuellement, ce sont un million d’hectares qui sont irrigués. Près de 68% de cette superficie fait partie de la grande hydraulique (de grandes surfaces aménagées et dotées de moyens d’irrigation sophistiqués, canaux et bras notamment). Neuf périmètres irrigués aménagés par l’Etat existent actuellement au Maroc. Leur gestion est du ressort des Offices régionaux de mise en valeur agricole (ORMVA), au nombre de neuf également.

Le plus important est celui du Haouz, avec plus de 143 000 ha irrigués, suivi par le périmètre du Gharb (113 000 ha), du Tadla (110 000 ha) et de Doukkala (105 000 ha). Les autres périmètres irrigués se situent dans la Moulouya (80 000 ha), Souss-Massa-Drâa (40 000 ha), Ouarzazate (38 000 ha), Tafilalet (28 000 ha) et Loukkos (27 000 ha).