Variations sur le thème d’Essaouira

Essaouira inspire les écrivains.?
Trois natives de la ville le confirment par leur ouvrage à trois mains
: «Essaouira Mogador, passion partagée».

Essaouira est une ville attachante, au sens plein du terme. On ne sait trop pourquoi elle exerce un empire sur les cœurs, les âmes et les sens. On n’a d’autre choix que de le subir en amoureux éperdu, c’est-à-dire avec délices. Jusqu’à son dernier souffle. Car il est impossible de se déprendre de cette cité venteuse, poreuse et aguicheuse. Même quand on se consume dans ses geôles, comme le personnage du «Soulier de Satin», de Paul Claudel. On ne la quitte que pour mieux y revenir. Quand on y revient, on ne la quitte plus. Du moins par l’esprit. Katia Azoulay, Elsa Rosilio et Régine Sibony en savent long sur ce chapitre. Contraintes de déserter la ville qui leur a donné le jour, elles n’ont pas cessé de l’arpenter par la mémoire. En résulta d’abord un fruit savoureux, sous l’aspect d’une autobiographie à trois mains : Essaouira Mogador, parfums d’enfance (ACR, 1991). Ensuite, seize ans plus tard, Essaouira Mogador, passion partagée(*).

Dans ce beau-livre, illustré magnifiquement par le photographe Pierre Emmanuel Rastoin, le trio se met rarement en scène, préférant en confier le devant à des créateurs mordus d’Essaouira. Ils sont douze: les comédiens Clément Sibony, Isabelle Carré, Marie-Christine Barrault ; le peintre Tony Soulié ; le critique d’art Michel Bohbot ; le photographe Albert Watson ; les chanteurs Louis Bertignac et Françoise Atlan ; le designer philippe Starck ; le styliste Daniel Rozenstrock ; le grand chef parisien Alain Passard et l’architecte Bernard Reichen. Tous ont vécu à Essaouira, s’en sont épris, au point qu’elle fait désormais partie de leur géographie intime. Chacun compose une ode, empreinte d’émotion et de tendresse, à cette dulcinée minérale.

Ville d’eau, Essaouira est également une ville d’art. Afin de mettre en vive lumière cette sublime vocation de leur cité chérie, les auteurs ont mis à contribution trois personnages: le galeriste Frédéric Damgaard, Pygmalion des peintres singuliers d’Essaouira, qu’il a fait connaître de par le monde; Yvo Grammet, ethnologue au long cours, spécialiste de l’art berbère ; Hajoubah Lakhdar, épouse du regretté Boujemaâ Lakhdar, pionner incontesté de la peinture souirie.

Confessions et entretiens ne sont pas les seuls attraits de cet ouvrage remarquable de bout en bout. La préface de Jacques Chancel mérite plus qu’un détour ; l’avant-propos de l’écrivain mexicain Alberto Ruy Sanchez est un morceau d’anthologie et les petites phrases ponctuant les chapitres troussées par Erik Orsenna ne manquent ni de saveur ni de profondeur.