Un quotidien plein de piquant

Mokhtar Chaoui nous raconte de drôles d’histoires dans «les Chrysanthèmes du désert».

«Quelle histoire ! Tu devrais écrire une nouvelle là-dessus», s’exclame parfois une de vos connaissances à qui vous venez de raconter une anecdote improbable. Vous acquiescez mollement ; pendant quelques secondes, vous réfléchissez peut-être à la façon dont vous tourneriez ça dans votre hypothétique recueil de nouvelles, puis vous remisez l’idée dans l’énorme fourre-tout poussiéreux qui vous sert d’Inconscient. Parfois, vous avez tort. Imaginez que La Vie mode d’emploi ne soit jamais sorti de la tête de George Perec! Mokhtar Chaoui est de ceux qui captent les situations burlesques de notre (morne) quotidien pour en faire des nouvelles. Si le résultat peut, à certains endroits, sembler trivial, il n’en recèle pas moins de savoureuses choses. Dans Sidi Valentin, le mâle marocain, l’archétype du macho bedonnant dans toute sa splendeur, décide d’offrir des fleurs à sa femme pour la Saint-Valentin, les toutes premières en trente ans de vie commune.

Face à la pénurie de roses rouges qui se profile dangereusement à l’horizon, l’ «amoureux» se décide pour un chétif bouquet de chrysanthèmes… Sous la légèreté apparente de l’intrigue se tapit une amertume insondable, comme dans cette définition de «l’amour à la marocaine» : «L’amour, c’est rentrer tôt à la maison. L’amour, c’est ne jamais rentrer les mains vides. L’amour, c’est ne jamais oublier le demi-litre de lait, le pain d’orge, les 250 grammes de beurre, les 500 grammes d’olives noires (…) L’amour, c’est remettre mon misérable salaire à ma femme. (…) Moi, j’ai 365 Saint-Valentin par an, et on ne m’a jamais pris pour un Saint, encore moins pour un Siyed».

Point de fil d’Ariane, point de carcans, les sujets sont très hétérogènes : ici, c’est un couple qui se déchire, là des jeunes filles qui ont transformé leur université en une vaste arène de dévergondage; quelques pages plus loin, un fœtus décrit (décrie ?) sa venue au monde. Mokhtar Chaoui se pâme dans l’écriture, librement, peut-être un peu trop: l’absence de cohérence, de principe directeur donne parfois l’impression de se mouvoir dans un vaste fouillis.
Mais la plume est belle. Servies par des phrases simples, souvent spirituelles – on regrette un peu, cela dit, la tournure graveleuse qu’elles prennent parfois -, les nouvelles traduisent efficacement les pensées et les sentiments de l’auteur. Gageons qu’elles vous arracheront des soupirs émus et des sourires complices.

«Les Chrysanthèmes du désert», Mokhtar Chaoui. Editions Salina. 2014. 79 DH.