Un «Caftan» de lumière serti

La douzième édition de «Caftan», qui a eu lieu, samedi 3 mai, a conforté le prestige, déjà acquis, de ce rendez-vous annuel de la mode.
Les dix créateurs retenus ont tous joué une partition étincelante, de rock glamour accompagnée.

Lasymphonie Caftan comporte deux mouvements, dont l’un est le prélude de l’autre. En cette fin d’après-midi du samedi 3 mai, la mesure est donnée dans le hall du Palais des Congrès du Palmeraie Golf Palace, à Marrakech. Un véritable allegro, exécuté par des instrumentistes de haut vol : un quator de ministres, un ensemble de patrons et d’entrepreneurs, une fanfare de rupins. Tous flanqués de leurs épouses qui rivalisent de chic luxueux. La chaleur suffocante de Marrakech n’aura pas empêché bijoux, accessoire, maquillage et belles robes d’être au rendez-vous. Alors, on se précipite sur les buvettes pour se rafraîchir le gosier et on taille une buvette en attendant le show.

Faudel, DJ Malik et Najat Atabou parmi les guest-stars

Par hasard, nous sommes tombés sur Albert Oiknine. Ce créateur qui a fait les beaux jours de Caftan semble avoir pris du champ avec l’événement. Il est là par pure curiosité, mais sans conviction. Lui qui a tant pris de libertés avec les canons du caftan, reproche aux stylistes d’en rajouter dans l’innovation. «Ils surcréativent» tranche-t-il, sans se douter qu’il vient de commettre un néologisme, peu susceptible de passer à la postérité. Il s’éloigne. Le raïman Faudel intervient. Il a entendu les propos du styliste. Il ne partage pas son opinion, étant partisan de la modernisation à outrance du caftan. DJ Malik abonde dans son sens. En revanche, Najat Atabou ne jure que par le caftan à l’ancienne.

A quelle sauce le vêtement multiséculaire va être accommodé cette fois ? s’interroge-t-on, en se pourléchant les babines. Après avoir dégusté d’ultimes petits-fours et canapés, on s’achemine vers le lieu du défilé. Il est plein à craquer. Les places – à 1 500 DH l’unité – ont été raflées depuis belle lurette. Il est 19 h 30. Caftan n’est pas à l’heure fixe. Il se fait attendre. Les quelque 1300 impatients qui mijotent sous les spots rongent leur frein comme ils peuvent. Certains s’absorbent dans la lecture du programme.

On y remarque le retour en grâce de Amina Boussayri, Ihsane Ghailane et Simohamed Lakhdar ; la énième participation de Dahab Ben Aboud, Réda Boukhlef et Meriem Benamour, et Nabil Dahani ; la présence de deux nouvelles têtes: Maria Chahdi Ouezzani et Madiha Bennani ; enfin, l’entrée dans la cour des grands du jeune talent 2007, Abdelhanine Raouh. Bref, aucun bouleversement profond, juste quelques retouches apportées à une trame permanente.

A 20 heures tapantes, c’est la délivrance. Deux présentatrices expédient leurs laïus convenu en un temps record. Ensuite, on voit débouler sur le podium une grande tige, tignasse blonde et doigts électrocutés, martyrisant une guitare, à la manière d’un Jimmy Hendrix. Des baffles cognent un air d’un autre âge, celui de «We Will rock you». C’est ainsi que s’annonce Ihssane Ghailane. Elle a ancré sa collection dans les années 70, au temps où le hard rock faisait fureur. On comprend dès lors qu’elle ait privilégié le noir. Dans une succession de cuir, de clous et de chaînes, Ghailane a démontré une fois de plus qu’elle est douée d’une imagination florissante, débridée et peu conventionnelle. Le public en est surpris, et le montre.

Abdelhanine Raouh, pour sa première prestation, n’a pas démérité. Puisant son inspiration dans la poésie baudelairienne, il a sculpté, en jouant savamment sur les couleurs, une femme, qu’on dirait sortie des Fleurs du Mal, tantôt aimante tantôt farouche, à la fois cruelle et vulnérable, toujours sensuelle. Maria Chahdi Ouezzani est une des plus agréables surprises de cette édition. Très attachée à sa ville natale, Ouezzane, elle en décline les couleurs et les saveurs. Le trait est assuré, la silhouette pure. On a l’impression de voir se tourner une nouvelle page de mode.
Dahab Benaboud au sommet de son art : Maria Chahdi Ouezzani, révélation de Caftan

Fidèle à elle-même, Dahab Benaboud a tissé du nouveau avec l’ancien. Avec ce panache dont elle est éprise. Ses caftans sans manches ravissent l’œil, ses tissus somptueux brochés or et noir enchantent, ses ceintures avec incrustations de cristaux envoûtent. Benaboud fait penser à ces élèves qui ne font jamais de bruit au fond de la classe, laissant à d’autres – plus extravertis, pas forcément plus doués – le soin de se faire remarquer, jusqu’au jour où le discret surprend tout le monde en remettant le meilleur devoir. Cette fois-ci Benaboud s’est transcendée. Du reste, à l’applaudimètre, elle a remporté le plus grand nombre de suffrages.

On aura compris qu’on a eu le béguin pour la collection de Dahab Benaboud. Ce qui ne préjuge pas de la valeur des autres. Amina Boussayri a été loin de décevoir dans sa réinterprétation de la peinture orientaliste. Zineb Lyoubi Idrissi a étonné par sa conjugaison superbe de la tradition et de la modernité. Le duo Réda Boukhlef et Meriem Benamour nous a plongés dans un tourbillon de couleurs et de superpositions méticuleuses. L’univers sulfureux du punk a été excellemment revisité par Simohamed Lakhdar. Enfin, en déclinant le thème Métallica de ses modèles haute couleur, Nabil Dahani a joué, avec bonheur, une partition inspirée par l’air du temps.

Confort, élégance, justesse des coupes, luxuriance et fantaisie ont été les maîtres mots de la XIIe édition de Caftan. Après le défilé, tout le monde était parti. Marrakech s’enfonçait dans la nuit. Mais la lumière de ce Caftan-là brillait encore dans les sens.
Des mentions spéciales, donc, pour cette XIIe édition, il y en aura eu. Ajoutons la nôtre, une organisation impeccablement orchestrée, par l’agence LTB qui arrive à gérer les caprices d’un aréopage d’invités VIP, les petits soucis de dernière minute et les aléas logitiques d’un show sans faille. Le tout, avec le sourire SVP.