Timitar VII déplace 800 000 personnes en quatre jours

Izenzaren, Oudaden, Haoussa, Ahwach, les têtes d’affiche de la musique amazighe ont offert plus que du spectacle : de la proximité avec les foules.
Le festival maintient son ouverture sur la world music avec du reggae, du hip hop et du raï.
Emotion et ambiance bon enfant sur les trois scènes qui ont accueilli 600 artistes.

Sur un marché des festivals de plus en plus concurrentiel, Timitar s’installe confortablement. Le rendez-vous des musiques amazighes qui a eu lieu à Agadir, capitale du Souss Massa Drâa, du 7 au 10 juillet, a fêté sa septième édition. Si le festival continue à nous offrir de belles têtes d’affiche comme Izenzaren, Oudaden, les traditionnels Ahwach du Souss, Rachid Itri, Ribab Fusion…, il garde également ce cachet multiculturel qui lui évite de tomber dans le travers ethnique. En effet, le public a pu écouter sur les trois scènes, celle de la place El Amal, celle de Bijaouane ou au Théâtre de la verdure, des genres divers tels que le raï, le reggae, le ragga, la pop et le hip hop. Timitar est devenu un grand rassemblement populaire, un festival, mouvementé et aéré. Ici le traditionnel se mélange si bien avec le moderne, «les musiques amazighes sont plus vivantes que jamais et désireuses de partager leur culture ancestrale, mais aussi tournées vers l’avenir…tous les courants musicaux, toutes les sensibilités artistiques se sont donné rendez-vous pour cette septième édition haute en couleurs. Elles s’y rencontrent, se répondent, créant ainsi une alchimie et un esprit découverte où la musique traditionnelle côtoie la nouvelle création», explique Brahim El Mazned, directeur artistique du festival.

Izenzaren : une réconciliation live entre Igout et Chamekh

La musique amazighe était bien évidemment à l’honneur et dignement représentée en soirée d’ouverture par les Izenzaren. Le groupe légendaire de la musique amazighe formé en 1972 séduit toujours. L’événement de cette édition est incontestablement ce retour tant attendu. Si la formation a connu des déboires, elle ne s’est jamais départie de son style et ses paroles engagées que fredonnent encore aujourd’hui différentes générations.
L’année dernière dans ces mêmes colonnes, nous avions annoncé l’imminence de l’enregistrement et la commercialisation du nouvel album des Izenzaren. Timitar était l’occasion pour cette exclusivité. Mais il n’en était rien. Abdelhadi Igout a repris les chansons mythiques du groupe. L’album tant attendu n’était pas au rendez-vous. Par contre, la surprise était bien présente. Elle s’est matérialisée à travers une rencontre improbable, celle qui a réuni Abdelhadi Igout et Aziz Chamekh, les deux figures emblématiques du groupe, après une séparation qui a duré plusieurs années. Une montée sur scène spectaculaire, embrassades, émotion…Izenzaren ont chanté sous le signe de la réconciliation. Les deux musiciens ont été accueillis comme de véritables stars, leurs différends ont vite été oubliés et le public les a accueillis comme s’il n’y avait jamais eu d’éclipse. Les deux artistes étaient accompagnés de Amouri Mbarek, Ali Chouhad et Ali Faïek. Le temps d’une chanson, celle de Immi Hanna, la légende Izenzaren était sur scène. A partir de ce moment-là, tout devenait possible. Il y a eu de la magie dans l’air. Un festival, c’est avant tout une ambiance….     
Dans un autre registre, les Oudaden ont fêté leurs 25 ans de carrière à Timitar. Et ce n’est pas la première fois qu’ils se produisent à Agadir. Il y a cinq ans déjà, ils avaient célébré deux décennies de complicité musicale. Si le groupe est connu pour avoir puisé son souffle dans le répertoire traditionnel amazigh, il n’en demeure pas moins innovant. La preuve, le concert du jeudi 8 juillet à la place El Amal où les sonorités berbères et africaines se sont mélangées. Les Oudaden étaient accompagnés, entre autres musiciens, du célèbre Camel Zekri. Le guitariste algérien a fait vibrer la  corde d’une nouvelle harmonie entre différentes musiques. «Nous sommes dans la même     aire culturelle. D’ailleurs, dans toutes les musiques, il y a un dénominateur commun. Les mélodies se contrebalancent. Les premières secondes de rencontre sont les plus intéressantes et ce n’est pas évident de les reproduire durant les concerts. Il y a une sorte de magma, de déplacement de musique. L’effet miroir fait évoluer la musique et nous fait évoluer», a déclaré l’artiste. Sur scène, ce ne sont pas les musiciens qui décident de l’enchaînement des morceaux mais plutôt le public. Les artistes étaient à l’écoute et jouaient sans conduite préalable. L’effet est largement appréciable. Pas besoin de comprendre tachelhit pour être emporté par la musique. Les frontières linguistiques ou politiques étaient abolies. «C’est au politique de s’adapter aux différences culturelles et pas le contraire», a déclaré un musicien du groupe qui accompagnait les Oudaden. Les musiciens se sont mis au diapason : même volonté de rythme et de tempo.
Autre tête d’affiche du festival, Julian Marley. Le jeune chanteur né en 1975 a réalisé son premier album en solo «Lion in the Morning» en 1996. Mais c’est avec «Awake», sorti en 2009, qu’il réalisa avec ses deux frères, Damian et Stéphen, qu’il marque une nouvelle phase dans sa carrière. Energie débordante et contagieuse, le fils de la star immortelle du reggae, Bob Marley, a mis le feu à la scène. Inspiré, certainement, de cette même fièvre qui faisait trembler son père. Malheureusement son chant a été mal valorisé par la sonorisation. 
Le festival s’ouvre et renouvelle son public. Timitar a offert des scènes pour les stars montantes. Et parmi les plus attendues et les plus appréciées, Zahra Hindi. La nouvelle star amazighe, native de Khouribga, a su porter la musique amazighe à l’autre bout du monde. La jeune marocaine a été en résidence d’artiste, il y a trois ans, dans ce même festival qui lui a offert une scène et un public à la hauteur de son talent. La chanteuse a été accueillie et a accueilli ses fans avec «Imik Simik» que tout le monde fredonnait en chœur. La jeune prodige a sorti les plus belles sonorités de Handmade, son tout nouvel album, dont Beautiful Tango.

100 000 personnes pour la soirée de clôture

Le parti pris de la programmation, celui d’accueillir la world music, a été affirmé encore une fois en invitant Ali Campbell, le chanteur des UB40 qui a entamé une carrière en solo après avoir quitté sa formation en 2008. Autres ambassadeurs des musiques du monde présents au festival, les Tres Coronas. Hip hop et rythmes afro-latins ont ouvert la soirée du samedi 10. Les Colombiens clamaient haut et fort, «La musica es mi arma» (la musique est mon arme). A Bijaouane ce soir-là, les Latinos avaient donné le ton pour le restant de la soirée. Juste après se sont produits Ribab Fusion. Ce fut une ambiance indescriptible lorsque Foulane a pris son ribab, accompagné de ses compères Khalid, Youssef, Jamal…, les Soussis n’ont eu d’autres choix que de se laisser aller à une transe musicale… Enfin, jouant sur cette même corde de proximité, Zahouania chantait sur demande du public. Eclatante, explosive, elle a séduit, jeudi 8, dans un savant mélange fait de vieux et de neuf. Le public, connaissant la plupart des chansons de son répertoire, a joué les chœurs, consacrant ainsi une fusion à chaque fois renouvelée entre la star algérienne du raï et un public largement acquis à ce style musical.
Comme tous les événements qui ont une âme,Timitar VII s’est vite terminé. Quatre jours, c’est trop court, mais ! Et comme le veut la tradition, on a gardé le meilleur pour la fin. Dynamisme offensif, éclats sur scène, Houssa, ce groupe de déjantés créé en 2002 et reconfiguré en 2007, n’a pas cessé de surprendre. A Timitar, les Haoussa ont permis au festival de clôturer en beauté, samedi 10, à Bijaouane. Leurs chansons engagées, légères, leur style facilement reconnaissable, le groupe se distingue de plus en plus et gagne du public. Dans une langue claire, légère, proche de la jeunesse marocaine, les Haoussa ne trichent pas, ne mentent pas. Ils font tout dans la transparence, qu’ils poussent parfois jusqu’à faire des commentaires, des confidences sur scène, racontent leurs petits tracas, embrassent leurs amis présents… Les chansons que proposent Haoussa ne sont pas seulement basées sur la musique rap, hard rock, reggae, avec un mélange de Issawa, elles tirent leur force et leur originalité de la fusion totale avec les réalités du pays. Le groupe a joué la carte de la proximité et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça marche ! C’est sur ces belles sonorités que s’est clôturé le festival qui a déplacé 800 000 personnes, dont 100 000 réparties sur les trois scènes rien que pour la soirée de clôture. Une clôture en apothéose avec deux concerts donnés par le «petit prince du Raï», Faudel, et par la vedette de la chanson chaâbi Abdellah Daoudi, au grand bonheur de l’immense foule. Avec 32 concerts gratuits en quatre jours et plus de 600 artistes… Timitar a encore une fois relevé le défi.