Teatro Cervantès : Grand Théà¢tre de désolation

Cet édifice bientôt centenaire n’en finit plus de tomber en ruine. Face à  l’apathie des autorités espagnoles ou marocaines, l’association «Soutenir ce qui tombe» ne compte pas baisser les bras.

Que reste-t-il du Grand Théâtre Cervantès ? Une photo, vieille photo de sa jeunesse… Sur l’image numérisée, ce bijou édifié en 1913 par l’Espagnol Diego Jiménez, chatoie. «Il symbolise le rayonnement culturel de Tanger pendant les années 50. Avec ses 1400 fauteuils, il était l’un des plus grands théâtres d’Afrique du Nord», confie un internaute sur Dafina.net. «L’unique théâtre au Maroc construit selon les règles de l’art théâtral classique», se désespère le blogueur Citoyen Hmida. «Durant plus d’un demi-siècle, poursuit-il, le Teatro a accueilli les plus grandes vedettes de la chanson de l’époque, dont Juanita Reina (1947), Estrellita Castro, ou Lola Flores (1949)».

Quelques clics plus loin, une vidéo tournée en 2012 montre les boyaux éviscérés du monument. Là où rutilaient jadis des fresques du peintre Federico Ribera et où l’on pouvait admirer des statues de Candido Mata, il n’y a désormais plus que murs sales, fenêtres brisées, fauteuils éventrés, parfois arrachés… «Les araignées commencent avec un spectacle de débris et de ruines», ironise la voix off de la vidéo. Une campagne réalisée par l’association «Sostener lo que se cae» (Soutenir ce qui tombe), pleine de mémorables saillies : «Les villes grandissent sans regarder en arrière», y déplore l’ONG espagnole, rappelant qu’un théâtre «ne se soutient pas avec des poutres ou du béton, mais avec une nouvelle vie».   

«Les villes grandissent sans regarder en arrière»

Cette nouvelle vie, il ne faut pas compter sur Madrid ou Rabat pour l’insuffler au théâtre bientôt centenaire, propriété de l’Espagne. En 2006, une tentative de restauration était pourtant sur le point d’aboutir. L’association Cervantès pour l’action culturelle et l’amitié maroco-espagnole obtenait alors une subvention du ministère espagnol des affaires étrangères. 200 000 euros qui ne suffirent même pas à colmater les fissures urgentes… Depuis, le théâtre semble plus que jamais le cadet des soucis de l’Espagne qui, crise oblige, a amputé ses budgets culturels (l’enveloppe consacrée aux centres culturels à l’étranger s’est vue réduite de moitié !) Côté marocain, est-il permis d’espérer quoi que ce soit, lorsqu’on voit des trésors du patrimoine casablancais, tels que l’immeuble Piot-Templier, sacrifiés sur l’autel de l’immobilier vorace ? Quand, dans l’indifférence quasi générale, s’affaissent des édifices comme la Villa Harris de Tanger ?

«Puisque les institutions publiques (espagnoles et marocaines) ne font pas preuve de détermination pour défendre un projet de réhabilitation», l’association «Sostener lo que se cae» souhaite faire participer «toute personne disposée à organiser une rencontre, une réunion, un festival, des tables-rondes ou des fêtes pour capter des fonds». Les profils recherchés sont très variés. «Nous avons actuellement besoin d’étudiants en droit, de juristes spécialisés en droit administratif marocain et espagnol, d’architectes ou d’étudiants en architecture, de dessinateurs de sites Web et de graphistes».

*Pour contacter l’association «Soutenir ce qui tombe» : [email protected] ou https://www.facebook.com/Sostenerloquesecae.