Tayeb Saddiki, cet absent si présent

Un an après la disparition du dramaturge de talent Tayeb Saddiki, une soirée hommage a été organisée à la FOL, lundi 5 février, en présence de nombreux artistes et intellectuels.

L’histoire du théâtre au Maroc n’en retient pas deux comme lui. Tayeb Saddiki est cette constellation qui a donné naissance à elle-même et à bien d’autres étoiles dans le néant culturel qui dominait la scène. Son aura continue à inspirer bien des élégies, un an après sa disparition précédée d’une malheureuse maladie. Cette soirée du 5 février à la FOL, instiguée par l’artiste Mamoun Salaje, a été pour les trois cents personnes présentes un moment de communion autour d’un esprit fin, convoqué par des chants et des mots tendres.

L’ami, le maître

Nombreuses étaient les personnes invitées à témoigner de la mémoire de feu Tayeb Saddiki. Encore plus nombreuses étaient celles qui auraient aimé témoigner. Car le défunt est un monument du théâtre marocain. Qu’on l’ait connu ou pas, de près ou de loin, l’on a toujours quelque chose à partager au sujet du dramaturge. Son sens de l’humour, son humeur aussi, ainsi que sa finesse d’esprit et son ton coupant sont autant d’atouts à consigner pour peu qu’on y soit sensible. Dans des témoignages touchants, quelquefois larmoyants, le public a entendu un Omar Salim nostalgique, mais aussi plaisantin. Le journaliste a également chanté avec Mamoun un passage de Brel, cher à Tayeb. Mohamed Laroussi, qui, lui, a connu Saddiki de loin, comme on observe un maître, a partagé ses souvenirs d’un théâtre glorieux. Un temps regretté par
Pr. Driss Moussaoui, grand ami du dramaturge. Puis se sont succédé les comédiens qui ont partagé la vie de l’artiste, Abdelkader Motaâ, Ajil, Foulane, Kamal Kadhimi, Salah Eddine Benmoussa et bien d’autres qui, ne pouvant se répéter, s’ingéniaient à évoquer des moments précieux en compagnie de l’homme de génie.

Chanter l’absent

Pour ne rien gâcher à la douce commémoration, la scène a accueilli des artistes musiciens venus partager leur amour pour le défunt. Faut-il le rappeler, Tayeb Saddiki a longtemps fait croiser musique et théâtre. Beaucoup de grands groupes de musique ont été formés ou se sont fait connaître sur l’une de ses scènes. Ses plus belles pièces sont émaillées par des morceaux de melhoun ou de chant des Ghiwane. Lors de cette soirée, à laquelle ont assisté tous les membres de la famille Saddiki, on a écouté l’artiste Souad Chawki faire vibrer sa cithare, les chanteurs Fattah Ngadi, Albert Cohen et Wassila rendre hommage au dramaturge. L’acteur et mâalem de chants Hmadcha Mustapha Khalili a fait don d’un moment de grâce, en improvisant un chant avec Abderrazak Saddiki.

En espérant que l’ouverture prochaine du Grand Théâtre de Casablanca reconnaisse feu Tayeb Saddiki comme parrain incontestable du théâtre marocain et lui réserve les hommages qui lui sont dus, Mamoun Salaje et les amis du dramaturge se donnent rendez-vous l’année prochaine à la même date, pour ressusciter, le temps d’une soirée, l’un des plus fins d’esprit que le Maroc n’ait jamais eu.