Tanjazz… Quand le cÅ“ur bat à  l’Est

La 14e édition du Tanjazz a été l’occasion de découvrir d’incroyables jazzmen venus de l’Est. Dans les couloirs du palais Moulay Hafid, ils ont bavardé avec nous.

«Le jazz est le cadeau des Africains à l’Amérique et de l’Amérique au monde», nous dit Yehya Khalil, pendant qu’il observe les répétitions d’un savoureux King Pleasure. Et c’est bien un cadeau qu’il fait au public venu nombreux, en lui offrant à son tour des solos d’une infinie douceur et d’une sensualité bien orientale. Il se rappelle alors de ses premiers battements de cœur pour le jazz, ce genre qu’il a découvert grâce à des programmes télé et qui l’a fait passer à l’Ouest. L’artiste savait qu’il empruntait un chemin pour le moins difficile. «Il n’est pas aisé d’éviter les choix conformistes, lorsqu’on évolue au temple de la musique arabe.

Mais pour être soi-même, il faut prendre des risques et surtout faire des compromis». Mais l’on peut dire que la chance a souri à Yehya Khalil qui s’est imposé par son art en Égypte et dans le monde. Après 30 ans de jazz pur, il décide d’adopter une touche orientale. Le succès est grand et élève l’artiste au rang de maître pour ses musiciens. «Nous ne faisons pas de musique commerciale. Avec moi, mes musiciens savent qu’ils ont une chance inestimable d’exprimer leur talent». Du talent, Arun Ghosh en a à revendre. Avec l’humilité des gens doués, il nous a fait voir de toutes les couleurs.

Arun qui n’a jamais vécu en Inde, s’est laissé rattraper par ses origines. Après un parcours de jazz au Royaume-Uni, il s’attelle à «faire découvrir les sons de l’Inde» et c’est autre chose que la musique de Bollywood. Son arme secrète, une clarinette. «Je sais que tout le monde s’attend à voir un saxophone, mais la clarinette me convient très bien», dit-il avec un sourire timide. Modeste mais confiant, Arun Ghosh s’est joint aux jam sessions où il a affiché une maîtrise stupéfiante de son instrument et une grande habilité à l’impro devant une foule grisée. Dans le public, les membres de Magic Tarbouch savourent les performances des artistes, après un passage réussi au Tanjazz club. En effet, une ovation a été faite à ce quintet tangérois qui vient de valider sa reconversion du rock au jazz. Après une plongée dans le répertoire jazz classique, le groupe a fait son entrée dans la cour des pros grâce au Tanjazz. «Nous avons prouvé que nous pouvons jouer du jazz, nous voulons le démocratiser aussi et le diffuser au Maroc», nous dit Ayoub Ibn Majdoubi Hassani à peine passée l’euphorie d’un premier succès. Le jeune batteur n’exclut pas la possibilité d’une moroccan touch dans un futur proche. Que de succès pour l’avenir!