Selma Bargach ose le long-métrage

Sorti le 29 juin, le premier long-métrage de Selma Bargach raconte le parcours artistique d’un surdoué du «oud».

La Cinquième corde(*), c’est d’abord l’étreinte de deux âmes : l’impétueux, le fébrile Malek (Ali Esmili), et son luth, pétri d’harmonie et de sagesse. Ces deux-là ne se quittent pas d’une semelle. Ensemble, ils rêvassent, battent la campagne, planent au-dessus des basses contingences matérielles. Jusqu’à ce que celles-ci les rattrapent. Il faut bien, un jour ou l’autre, penser à gagner sa vie. Mais, pour le jeune Malek, il est hors de question de nouer la cravate réglementaire et de s’étioler dans un bureau. N’en déplaise à sa mère Leïla (Khouloud Betioui), Malek vivra de son art ou ne vivra pas.

La Cinquième corde, c’est ensuite le duel de deux écoles, de deux générations : pour devenir un virtuose du luth, Malek doit intégrer l’établissement de son oncle Amir, un maître de musique loin d’être inhabile mais figé dans son dogmatisme. Le vieil érudit vénère l’authentique musique arabo-andalouse et méprise tout ce qui tente de la renouveler. Là encore, le jeune neveu doit faire un choix : se soumettre à de rigides préceptes, ou imposer ses visions réformatrices. Après une série de courts-métrages remarqués, La Cinquième corde est le premier «long» de Salma Bargach, qui élabore son œuvre pas à pas, dans un style empreint de sensibilité, parfois de sensiblerie. A coups d’explosions de colère un brin affectées, Malek tombe par moments dans l’excès de la performance. Ceci étant relevé, le canevas est digne d’être encouragé. Le rôle de l’oncle implacable est supérieurement campé par le Tunisien Hicham Rostom. Côté dialogues, l’effort est palpable : l’écriture ne manque pas de finesse, de pertinence et quelquefois d’humour. Les répliques se coulent agréablement dans le véritable langage du film, qui n’est autre que la musique, tantôt délicate et contemplative, tantôt vibrante, exaltée.

Le film a sans doute mérité son prix du meilleur son, décroché au festival de Tanger. Cependant, l’on pourrait peut-être déplorer quelques faux raccords : dans une séquence de fusion entre un Maâlem Gnaoui et un Malek qui s’attribue la paternité du morceau «Shajan» du Trio Joubran, on voit bien tressaillir un guembri et palpiter des crotales, mais… on ne les entend pas. Ces fâcheux détails mis à part, cela se tient largement. Ni à accabler ni à porter aux nues, La Cinquième corde est, pour la toute nouvelle réalisatrice de longs-métrages qu’est Salma Bargach, un joli baptême.

(*) La Cinquième corde. Fiction, drame musical. 98 minutes. 2011. A voir au Mégarama de Casablanca.
Née à Casablanca en 1966, Selma Bargach étudie, à la Sorbonne, l’art et le cinéma expérimental. Elle réalise ses premiers courts métrages en super 8.