Robert Plant : «Najat Aà¢tabou est une grande inspiration pour moi»

L’inoubliable chanteur de Led Zeppelin nous a accordé un petit quart d’heure de gloire (téléphonique), durant lequel nous avons parlé du bon vieux temps au Maroc mais aussi du nouvel album solo et du concert du 5 juin prochain à  Mawazine.

Prendre son courage et son anglais boiteux à deux mains. Décrocher le téléphone. Entendre son nom joyeusement déclamé (et quelque peu écorché)  par la voix de Stairway to Heaven, de All my love. S’étrangler d’émotion. Mourir de trac.

Bredouiller une question bateau, s’attendre à une réponse convenue, à ces «Oh !» et ces «Ah !» hypocrites, à la litanie interchangeable des fans «si merveilleux» – Amaaazing ! -, des Marocains «si chaleureux», du soleil «si torride». Prendre une claque monumentale. Et un cours de géographie au passage.

«J’ai écrit Kashmir sur la route de Tan-Tan, se souvient Robert Plant en poussant un «Wow» tonitruant. Il s’interrompt, comme pour dissiper d’épaisses volutes de nostalgie. «Un voyage inoubliable. Avec Jimmy Page, nous étions partis de Marrakech, avions sillonné le fameux col de Tichka, traversé Aït Ben Haddou, visité Ouarzazate, Merzouga, Tafraout, Zagora, avant d’arriver à la plage de Tan-Tan». Le divin chanteur parle de ses périples marocains comme d’un «inestimable cadeau» : «Ma vie a changé et ma musique aussi, après mes voyages dans votre pays».

Et de se souvenir, encore et encore. Une partie de football à Guelmim en 1972 déclenche un petit rire espiègle. Des tentatives de fusion avec les Gnaouas de Marrakech et d’Essaouira sont à peine effleurées. «L’énergie qui se dégageait du chaos de Jamaâ El Fna était fantastique», assure Robert Plant. Sait-il que cette place magique, où tant de légendes, de contes, de musiques, d’acrobaties sont nés, agonise désormais sous les baraques à saucisses ?

Marqué par la «beauté» et la «tranquillité» du Maroc profond

Plus grave, comme recueillie, la voix de Baby I’m gonna leave you quitte la frénésie des villes pour s’émerveiller devant la «beauté», la précieuse «tranquillité» qu’il allait cueillir avec Jimmy Page, son vieux compagnon de route, et leurs comparses de Led Zeppelin dans les entrailles profondes du Maroc.

«C’est de ces coins très ruraux, où l’on était comme au milieu de nulle part, que je garde les souvenirs les plus impérissables. J’y ai passé énormément de temps à absorber des rythmes ancestraux, à écouter religieusement des voix très belles, surtout celles, si singulières, de l’Atlas».

Najat Aâtabou, la lionne de Khémisset, notre Césaria Évora à nous, a droit à une tendre élégie : «Elle a un timbre extraordinaire. Certains de ses enregistrements ont été une grande source d’inspiration pour moi».
Mais il est temps de revenir en 2014.

«Reste original, creuse toujours plus profond, célèbre le passé. Mais prends garde à la nostalgie», martèle sa devise. Que nous prépare l’homme à la flamboyante et ondoyante crinière, après Mighty ReArranger (2005), Raising Sand (2007) et Band of Joy (2010)? «Un nouvel album solo, déjà prêt, qui va sortir le 9 septembre prochain», annonce victorieusement Robert Plant.

«J’en jouerai probablement un morceau ou deux à Mawazine le 5 juin prochain. C’est très mélodieux, extrêmement festif. Des artistes talentueux, comme le claviériste John Baggott, le bassiste Billy Fuller et le guitariste Justin Adams, y participent. Vous y découvrirez une grande variété de styles musicaux dont je raffole. J’en suis ravi». Nous aussi.