Reportage. Ce bon vieux salon du livre

Du 6 au 16 février, la Foire de Casablanca accueille le SIEL. Si le salon est légèrement plus aéré, l’on est encore loin de l’organisation qu’on espère pour un rendez-vous de cette envergure.

Mustapha stationne son taxi au milieu des dizaines de voitures de particuliers et de bus scolaires venus inaugurer la 26e édition du SIEL. Si le week-end est particulièrement plein, rendant la visite stressante et le déplacement laborieux, le jeune homme ne veut pas attendre lundi pour retrouver son libraire égyptien habituel. Fervent lecteur d’horreur et d’épouvante, il est impatient de trouver le tome 3 d’une série de 7 qui défraie la chronique au pays des Pharaons. La littérature marocaine ? Ce n’est pas pour lui. Le réalisme l’afflige et lui rappelle ce qu’il fuit, alors que l’épouvante l’excite et l’amène vers des univers mystérieux. Mais passons.

Mustapha a du mal à retrouver son égyptien préféré. Il fait le tour du salon, le sillonne en long et en large pendant des heures, en revenant à chaque fois auprès des jeunes demoiselles de l’accueil qui ne font pas la différence entre une maison d’édition, une librairie et un stand institutionnel. Munies d’une liste de stands qu’elles lui livrent et, certes, de beaucoup de bonne volonté, elles disent espérer apprendre par cœur les emplacements de chacun, d’ici la fin du salon. A quoi bon…
Mustapha finit par balayer les publications de tous les stands arabes et bien qu’il retrouve les deux premiers tomes de l’héptalogie de Hassan El Joundi, «Ayam Maâa El Bacha» reste introuvable. Dépité et certes troublé par la foison de l’offre, mais aussi de la faune, le jeune homme se laisse attirer par des rencontres avec des écrivains dans les différents stands. Mais le fond sonore est accablant au niveau du salon, obligeant auteurs et animateurs à s’égosiller au risque d’y céder quelque poésie. Il s’abrite alors au niveau de la sale Chinguetti, pour découvrir des aspects de la production littéraire mauritanienne et se laisse distraire un instant par un spectacle musical, importuné par les défilés incessants de curieux, comme lui.

Très vite dissuadé, Mustapha prend place dans l’espace restauration, particulièrement plein, où il se nourrit en observant les familles pour qui le SIEL est une occasion de sortie comme une autre. Pour ne pas en sortir, comme eux, les mains vides, il fait un saut du côté des ouvrages religieux, pour choper un livre sacré à offrir à son père, en espérant que, l’année prochaine, il puisse faire le tour du SIEL, sans se perdre, sans dilapider son temps et son énergie, mais surtout sans risque d’attraper une migraine.