Quand le Printemps des Alizés prêche la bonne musique

En mêlant jeunes talents et musiciens d’envergure, le Printemps des Alizés (du 20 au 23 avril, à Essaouira) a fait mouche. Un bémol : les lieux où il s’est déroulé n’étaient pas assez spacieux pour le nombreux public.

Samedi 22 avril. Il est 21 heures passées. Une fois n’est pas coutume, le «Printemps des Alizés» déroge à sa règle de ponctualité. Et pour cause : il n’arrive pas à installer le nombreux public qui déferle ce soir-là sur la Halle aux grains pour écouter le concert du Chœur des Trois cultures.

Le millier de sièges prévus sont déjà occupés. On en réquisitionne des dizaines de partout, sans pourtant résoudre le problème. Certains se résignent à la station debout pendant que d’autres restent à quai. Rançon de sa bonne réputation, le Printemps attire de plus en plus les foules sans disposer d’une capacité d’accueil suffisante.

Ce sont les spectateurs qui en font les frais. Ils sont venus des quatre coins du Maroc, par amour pour ce Printemps qui ne les paie pas de retour, en dépit de sa meilleure volonté.

Les jeunes talents font sensation
Que retenir de cette édition ? D’abord, et c’était couru d’avance, si l’on ose dire, la justesse des prestations, mêlée de passion. Celle-ci s’entend dans les interprétations des musiciens triés sur le volet, qui restituent Shubert, Mozart, Chopin, Debussy, Mahler et d’autres monstres sacrés, tantôt avec une souplesse et une sensualité uniques, tantôt avec spontanéité et vigueur ou encore avec une mélancolie extrême. Emballant ainsi un public peu soucieux de celer ses états d’âme. Sous l’effet de la voix puissante et racée de la soprano Amira Sélim, une dame chausse ses lunettes pour dissimuler ses larmes, sa fille exulte, un homme ferme les yeux et s’abandonne au rêve. Scènes captées tout au long de ce Printemps fécond en sensations fortes.

Plus inattendu est l’enthousiasme suscité par le spectacle des jeunes pousses, tout en fraîcheur, maîtrise et, paroxalement, maturité. Pourtant, ils ont affaire à forte partie, Massenet, Ravel ou Mozart n’étant pas à la portée du premier apprenti musicien, fût-il extrêmement doué. Mais il faut avouer que les tendres talents sont d’une couvée remarquable. Ils font mieux que plaire, ils conquièrent.

De jeunes, le Chœur des Trois Cultures est largement composé. Véritable creuset de cultures, de confessions et de langues, il draine les foules grâce à sa portée symbolique et aussi à son art consommé de la haute musique.

A son concert, des centaines de spectateurs se sont déplacés. Ils en ont émergé éblouis, comme attendu. «Sublime !», s’exclame un banquier, naguère imperméable à la musique classique. Si l’on doit accorder une médaille de mérite au Printemps, ce serait pour son obstination, largement récompensée, à répandre la bonne parole musicale.