Pour une histoire apaisée de la Méditerranée

Les rencontres d’Averroès fêtent cette année leur 21e édition. Les 28 et 29 novembre dernier, la ville de Marseille a encore une fois fait honneur à  cette Méditerranée tout aussi plurielle que complexe.

Initiées par Thierry Fabre, les rencontres d’Averroès ont été, cette année, confiées à Emmanuel Laurentin, celui-là même qui produit depuis plusieurs années, l’émission de France Culture, la Fabrique de l’Histoire. Et d’histoire justement, il y en a eu, autour et sur cette éternelle Méditerranée.

Cette année, la Méditerranée s’est ouverte sur d’autres espaces, d’autres méditerranée, la mer de Chine méridionale ainsi que les Caraïbes. «Il s’agit, en fait, de regarder d’autres ensembles pertinents, composés de peuples répartis sur les rivages, qui se font face, qui commercent, échangent, se font la guerre, ont des relations culturelles… Et voir comment ils vivent tout cela», déclarait ainsi M. Laurentin. Le Maroc était présent à travers la participation d’un historien marocain, Mostafa Hassani-Idrissi, à l’élaboration d’une œuvre importante, décisive et didactique, «Méditerranée, une histoire à partager».

Apprendre à penser l’histoire

Si les deux premières tables rondes ont fait honneur à l’ouverture, à travers les exemples de l’Asie et des Caraïbes, le troisième rendez-vous est revenu planter le décor dans cette Méditerranée, aujourd’hui encore plus problématique avec la migration, et cette forteresse Europe qui cause la mort de 3 000 à 4 000 morts par an.

Mais, aussi par ce fossé culturel qui s’élargit entre les rives Nord et Sud de la Méditerranée, cette islamophobie génératrice de toutes les extrêmes en Europe et cette incompréhension et ce rejet qui s’installe de part et d’autre des deux rives de la Mare Nostrum.

La table ronde «Comparer l’incomparable» a réuni en plus de l’historien marocain Mostafa Hassani-Idrissi, un autre historien français de renom, Patrick Boucheron, l’artiste libanais Khalil Joreige et la journaliste grecque Théodora Oikonomides. Professeur à l’université MohammedV et chercheur à l’Institut royal d’histoire, Mostafa Hassani-Idrissi a coordonné et dirigé l’ouvrage Méditerranée, une histoire à partager, publié chez Bayard, fin 2013. «Un ouvrage qui répond à un besoin pressant, exprimé par nombre d’enseignants et d’encadrants pédagogiques impliqués tant dans la conception des programmes que dans l’écriture de manuels d’histoire, de disposer d’une référence qui contribue à l’enseignement et à l’apprentissage de l’histoire de la Méditerranée», explique M. Hassani-Idrissi au début de son introduction.

Lors de la table ronde qui a eu lieu le samedi 29 novembre, la dernière au programme de ces rencontres d’Averroès, le chercheur marocain va insister sur l’objectif de cet ouvrage, une histoire écrite à deux mains. «Nous avons tout abordé dans ce livre, l’Histoire, les conflits, les grands personnages, mais avec beaucoup de recul. Le but, c’est d’élargir l’horizon des enseignants et des élèves en approchant l’histoire de la Méditerranée de manière globale», explique l’enseignant marocain à une audience fournie. Et d’ajouter: «Les peurs injustifiées sont régies par des ignorances. Ce livre vise à éliminer les préjugés au niveau de l’enseignement. A travers des études de cas très pratiques, on veut initier les élèves à penser historiquement, et, partant, à développer la compréhension de l’autre».

Sur ces réflexions, les rencontres d’Averroès 2014 ont pris fin. Mais, pas pour longtemps ! Rabat sera l’hôte, en avril prochain, des 4e rencontres Ibn Rochd. Coordonnés par le journaliste et dramaturge Driss Ksikes, elles aborderont un thème d’actualité : «A la recherche de l’espace public».