«Pour la cause» : aux frontières de l’absurde

Hassan Benjelloun a organisé l’avant-première de son dernier film «Pour la cause» au Megarama de Casablanca. Dans cette tragi-comédie, le cinéaste s’attaque à la question des frontières en y mettant de l’humour et en forçant le trait pour expliciter l’absurde.

Salle archicomble, public d’artistes et de journalistes, équipe de tournage au complet, sont au menu de l’avant-première rêvée, pour tout réalisateur. Il y avait tout cela et bien plus à la salle Megarama, ce lundi 23 décembre. Et pour cause, cela fait cinq ans que l’on attend la signature de Hassan Benjelloun, dont le palmarès multiprimé s’alourdit à chacune de ses sorties. Flanqué de sa productrice historique, Rachida Saadi, le réalisateur a très vite dévoilé le fruit de labeur, après avoir invité le premier rôle masculin à s’exprimer sur la collaboration. Ramzi Maqdissi, Palestinien de son état, a exprimé sa gratitude de collaborer avec un réalisateur marocain, en soulignant que l’isolement des Palestiniens est tout aussi dur que l’occupation.

Pour La Cause
Pour La Cause

Justement, le film «Pour la cause» met en scène l’acteur palestinien et une actrice française (Julie Dray) pour traiter la question de l’absurdité des frontières et de la liberté comme valeur intrinsèque à l’humanité. Dans un traitement qui se veut léger, le film est une série de situations burlesques qui s’imbriquent pour compliquer une situation déjà délicate. Des notes d’espoir sont distillées, tout de même, çà et là pour rebâtir la confiance en l’humain.

Frontières et limites

Karim, luthiste palestinien, rencontre Sirine, chanteuse française, à Barcelone. Ils se préparent pour une tournée au Maghreb qui débute au Maroc. Au lieu de continuer avec la troupe, Sirine et Karim se rendent à Fès où la chanteuse insiste pour retrouver la maison de ses parents, juifs marocains exilés en France. Pour reprendre le voyage, ils rejoignent des frontières terrestres entre le Maroc et l’Algérie, où ils restent coincés à cause de l’absurdité des procédures et de la psychorigidité de certains fonctionnaires zélés. A noter que les vraies frontières terrestres sont fermées depuis 1994.

Durant ce laps de temps, assez court, Karim et Sirine font la rencontre d’une flopée de personnages aussi loufoques que bienveillants vis-à-vis du voyageur palestinien. On assiste à l’injustice de l’administration à l’égard des réfugiés, en comparaison avec les citoyens «du monde» que sont les Européens et les Occidentaux en général. Les pérégrinations des deux artistes les amènent à explorer la société marocaine représentée par un petit village voisin, où la corruption et l’injustice faite aux femmes s’expriment çà et là.

Côté limites, «Pour la cause» reste en-deçà du niveau des précédents films du réalisateur. En cherchant absolument à forcer l’humour, il s’est parfois égaré dans des scènes inutiles ou des traitements trop légers. L’émotion transparaissait davantage du côté de Ramzi Maqdissi que de celui de l’actrice française, dont le personnage voulu extravagant, passait vite du côté de la puérilité. Le village est lui-même un cirque de personnages loufoques, peut-être expressément voulu inclassable et non localisable, puisqu’il ne représente pas du tout le village marocain.

A partir du 1er janvier, «Pour la cause» sera à l’affiche des cinémas et multiplexes de Casablanca, Rabat, Tanger, Marrakech, Tétouan et Fès. A voir… pour la cause.