Odieux Deezer, Adieu !

Difficultés d’accès, insertions pub, limitations d’heures d’écoute…, des raisons qui légitiment une inévitable rupture. Deezer, plateforme d’écoute gratuite de musique, est devenue inaccessible à  partir du Maroc.

Een 2007, bébé Deezer voit le jour et le monde en grand. Il veut changer la sphère mélo-web en étant ZE plateforme d’écoute gratuite. Âme 2 .0 généreuse et passionnée, il a tout pour lui : de la (bonne) musique, du fun, du gratuit, et du légal ! Mais il grandit et son adolescence est ingrate. Ado Deezer prend le melon et voilà qu’il nous tourne le dos. En 2009, il place un videur devant son temple et exige identification des membres. Mais on accepte, parce qu’il est génial : encore plus de musique (13 millions de chansons), pour tous (abonnés ou non), tout le temps (applications sur téléphone) ! Du moins jusqu’à l’âge adulte. Ce vorace propose alors des services payants et fait ami-ami avec les publicitaires. Adieu l’ambiance bon enfant, adieu insouciance ! Aujourd’hui, après chaque quart d’heure de musique sur notre PROPRE playlist, une pub pour abonnement avec textos illimités interrompt notre choré sur du Jamiroquai. Pire, la brune de Vivelle Dop fait tâche dans notre répétition privée avec Coldplay !
Malgré tout, on l’aime notre Deezer chéri. Après quelques rendez-vous et regards doux, on fond pour ce beau brun ténébreux et mélomane ! Alors on propose un compromis : on s’offre quelques services payants pour arrondir les fins de mois de Bô-Deezer et on continue notre histoire, loin des vices de l’industrialisation musicale. Mais notre «homme» en veut plus, toujours plus !

Adeptes idéalistes vs cupide Deezer

Il y a quelques semaines, il nous propose, pardon, impose une nouvelle formule de navigation. Le temps d’écoute est limité à 5 heures par mois pour les «non abonnés». Genre 10 minutes par jour ? Soit 3 chansons. Matin, midi, et soir. On avait dit que la musique était un remède, pas une prescription médicale !
On comprend qu’en temps de crise, tous les moyens sont bons pour gagner de quoi investir… Mais gagner quoi pour investir dans quoi ? De l’audience pour plus de pub ? Des abonnés pour une pérennité stratégique ? Cet éco-charabia ne vaut rien face à la complicité née de longues heures de partage, avec cet acolyte de nos insomnies, de nos dimanches dans le brouillard et de nos nostalgies amoureuses. Alors on veut bien être indulgents. On s’éloigne, on prend du recul, on ose même trouver un peu de réconfort dans les bras d’un autre (Spotify, Grooveshark), mais on revient en courant. Et là, c’est le choc. Bô-Deezer a fait nos valises et les a jetées avant de partir dans les bras d’une belle européenne. «Interdiction d’accès à partir du Maroc» ! On pense d’abord à un bug, à une mauvaise blague, mais l’évidence nous saute aux oreilles : Deezer est parti. Géo restriction, disent-ils, au nom d’une honnêteté intellectuelle imposée par les maisons de disques et les majors qui exigent (naturellement) le respect des droits d’auteur. Et comme dans toute guerre déclarée, c’est le peuple qui paie. Du haut de nos trois pommes et de notre franche mauvaise foi, on ne voit dans cette géo-machin qu’une nouvelle forme d’esclavage : les blancs ont droit à la musique, les noirs non. Et les beiges, roses, jaunes, bleus, verts, ils font quoi ? Doivent-ils se résigner à vivre sans ce rêveur qui offre (ou offrait) cette promesse1 de musique gratuite ET légale ? Bon, trêve de sérieux. Une petite blague pour finir. Quel est le comble de Deezer ? Réponse : Naître, grandir, murir sur un modèle gratuit pour tous et mourir en voulant passer à un modèle payant pour occidentaux. Ha, ha… ha !