Ne la jugez pas !

Imane Naciri signe son premier recueil de nouvelles aux éditions La Croisée des chemins.

 Une page au hasard :

«Je suis le plus jeune d’une fratrie, devrais-je dire d’une «sœurerie», je m’appelle Bachir, j’exerce le plus beau et le plus noble métier du monde. Je suis instituteur. Et je déteste ça. Tous les jours, je me farcis ces mômes de riches. Je prends le bus, je fais trente-cinq minutes de trajet, à sentir la boue de la banlieue casablancaise, les alcooliques qui ne sont plus anonymes, les chemkara avec leur colle à sniffer. J’aperçois des femmes voilées qui pourraient me sauver de mon calvaire olfactif, mais elles ont oublié leurs voiles et leurs cols trop roulés huit jours sur elles, créant une sorte de mélange douteux, une odeur de sueur moite chargée de phéromones qui fait fuir les mâles. Quand j’arrive haletant à mon école à la façade colorée, j’arrange mon pull ordinaire, dont je ferme tous les boutons, pour que ce monde-là ne pénètre pas mon âme intérieure».  

En quelques mots :

Ne me jugez pas, première tentative littéraire d’Imane Naciri, est un recueil de nouvelles courtes, un composite de vingt-trois historiettes, chacune s’articulant autour d’un personnage de la vie courante : de la mère de famille angoissée à l’idée qu’il arrive malheur à ses enfants, à l’amant infidèle, en passant par le riche et cupide héritier ou encore le franchouillard entiché de la marocaine ; des scènes et des personnages de la vie quotidienne livrant toutes sortes de réflexions, de rêves, d’espoirs, d’angoisses et de frayeurs.

L’auteur :

Née en 1976 à Casablanca où elle réside, Imane Naciri est diplômée de l’Institut supérieur de commerce et de l’administration des entreprises et d’un master en marketing et communication. Elle a travaillé dans des agences de communication avant de se lancer dans l’écriture de son premier recueil de nouvelles Ne me jugez pas !.

Les qualités :

Une écriture fluide, efficace, avec des phrases courtes, allant droit au but. Imane Naciri écrit un peu comme elle parlerait, sans fioritures. On sent un effort de s’extraire de soi-même et d’explorer d’autres vécus, d’autres caractères. Les nouvelles sont racontées à la première personne, sans pour autant trop verser dans le texte autobiographique, cher aux nouveaux auteurs.  

Les défauts :

Imane Naciri cède à la facilité des poncifs, des expressions toutes faites : «Petit à petit, il s’est immiscé dans mes pensées, a envahi mon cœur, je n’avais d’yeux que pour lui», écrit-elle par exemple. On regrette aussi des situations et personnages par trop folkloriques, comme la chouaffa (la voyante), ou le macho primaire et volage qui finit par épouser sa candide et vierge voisine. Pour résumer : l’auteure a du potentiel, pourvu qu’elle s’aventure au delà des clichés, qu’elle nourrisse ses personnages, leur donne plus de consistance, de complexité.

«Ne me jugez pas !», d’Imane
Naciri, éditions La Croisée des Chemins, 133 pages, 95 DH.