Musées et patrimoine historique au Maroc : des recettes faibles et en baisse

Le deuxième numéro de «la Revue des statistiques culturelles, de 2013 à 2015», révèle l’évolution des recettes des musées publiques et monuments historiques. Les chiffres ne rendent pas hommage à la richesse du patrimoine marocain, mais ils sont surtout en baisse.

Faut-il encore disserter sur la valeur du patrimoine historique et culturel d’un pays et de la nécessité de le préserver? Ou encore de son impact direct sur le secteur du tourisme ? Si le patrimoine immatériel connaît un regain d’intérêt depuis le discours de S.M.Mohammed VI, le patrimoine matériel n’en demeure pas moins dans le besoin d’une réhabilitation et d’une stratégie d’animation et de valorisation. Le deuxième numéro de la Revue des statistiques culturelles, de 2013 à 2015 qui vient de paraître en janvier 2017, est riche en enseignements concernant ledit patrimoine. Il s’agit évidemment de chiffres concernant les biens relevant du ministère de la culture. 

Une richesse patrimoniale

On apprend à titre d’exemple que le nombre de sites du patrimoine inventoriés jusqu’à 2015 est de 8258, dont 3720 édifices religieux et funéraires, 1977 édifices civils, 961 édifices privés et 393 d’architecture militaire. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’y a pas moins de 436 sites archéologiques inventoriés pour le moment. La majorité des sites et monuments sont concentrés dans les régions de Meknès Tafilalet, Rabat-Salé Zemmour Zaër, Fès-Boulmane, Marrakech-Tensift Al Haouz et Tanger-Tétouan.

On apprend également qu’il y a 80 musées, dont 14 relevant du ministère de la culture, et mis à la disposition de la Fondation nationale des musées. Les musées ethnographiques et archéologiques viennent en tête, que ce soit pour les musées de la fondation ou ceux relevant d’autres entités publiques et privées.

Cette richesse patrimoniale est pourtant peu connue du grand public, en raison de la quasi-absence de stratégie de communication autour et/ou de valorisation des sites et monuments,  en dehors de ceux qui sont déjà célèbres.  Ce qui a des retombées directes sur leurs recettes et par conséquent sur leurs coûts.

Le Musée Mohammed VI : la moitié des recettes des musées en 2015

«La Revue des statistiques culturelles, de 2013 à 2015», dévoile l’évolution des recettes desdits monuments, sites et musées. Les chiffres sont passés de 17 millions de dirhams en 2013 à 15,8 millions en 2015. Seuls quelques monuments, comme le Palais Badia et la Menara  à Marrakech, le Chellah à Rabat et la Sqala d’Essaouira ont vu leurs  recettes augmenter. Côtés musées, hormis une légère hausse des recettes du musée Batha à Fès et des musées de la Kasbah à Tanger et à Chefchaouen, tous accusent une baisse de recettes considérable. Le bilan est toutefois sauvé par le Musée Mohammed VI qui, à lui seul, représente la moitié des recettes des musées en 2015, soit 2,2 millions de dirhams. Ce manque à gagner est certes lié aux habitudes de consommation culturelle du public marocain, qui a peu de goût pour la découverte patrimoniale, et à la baisse du nombre de touristes étrangers. Une petite comparaison entre les touristes étrangers et les MRE, par exemple, montre que la visite des monuments et musées représente 40% des activités culturelles des premiers contre 7% chez les autres. Là-dessus, la responsabilité incombe au ministère de la culture, celui de l’éducation nationale et des médias, qui n’accordent pas assez d’importance au patrimoine. En 2015, la chaîne Al Oula a dédié 1,93 heure au patrimoine, sur un volume de 74,4 heures dédiées à la culture. 2M lui a consacré 26,67 heures sur les 419,7 heures à la culture. Ceci étant dit, bien que les droits d’entrée et de visite aux musées, sites et monuments historiques ont dégringolé, on note une augmentation des droits de location des monuments et des sites historiques pour prises de vues cinématographiques, pour des manifestations culturelles ou pour prise de photographies professionnelles. Ces chiffres peuvent augmenter à l’avenir grâce aux efforts du CCM pour attirer les tournages étrangers et des manifestations culturelles qui s’associent à des sites patrimoniaux, tels la Biennale d’art de Marrakech ou le Jazz au Chellah… A noter que la création de la chaire en muséologie, en partenariat avec la Fondation nationale des musées, pourrait également contribuer à la valorisation des musées.