L’Homme nouveau est arrivé

Michel Serrès choisit de voir le verre à  moitié plein et salue plutôt «l’intelligence inventive» et le sens de l’adaptation, de la débrouillardise de ces Petits Poucets catapultés dans un monde angoissant, surpeuplé mais farouchement individualiste, en constante transformation.

Extrait :

«Par téléphone cellulaire, ils accèdent à toutes les personnes ; par GPS, en tous lieux ; par la Toile, à tout le savoir : ils hantent donc un espace topologique de voisinages, alors que nous vivions dans un espace métrique, référé par les distances».

En quelques mots :

Nous les appelons communément la Génération Y, Michel Serres a choisi de les nommer affectueusement «petite poucette», faisant référence à leur habilité à envoyer des messages avec leurs pouces. Génération du futur, d’immenses défis reposent sur leurs frêles épaules. Ce sont les étudiants d’aujourd’hui, les jeunes fraîchement débarqués sur le marché du travail, et ils doivent se confronter à la troisième révolution majeure que connaissent les sociétés occidentales : après le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé, voici venu le temps du passage à une société régie par les nouvelles technologies, avec son assortiment de mutations et de défis sociologiques, économiques et politiques.
Les institutions sont dépassées, l’accès à l’information désenclavé, la société est désormais immatérielle et connectée. Les idéalistes y voient un progrès, les pessimistes une catastrophe. L’auteur, de son côté, considère qu’il s’agit d’une réalité, et qu’il est temps d’intégrer ces nouvelles donnes à notre manière d’appréhender l’humanité. C’est dorénavant le grand défi de l’Occident : s’adapter au monde qu’il a créé.

L’auteur :

Philosophe, académicien et historien des sciences, Michel Serrès est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages dans lesquels il a cherché les jonctions possibles entre sciences exactes et sciences sociales. Il est Commandeur de la légion d’honneur depuis 2001 et Commandeur de l’ordre national du mérite.

Ce qu’en pense La Vie éco :

Hors de question de fustiger ici les effroyables aberrations orthographiques que la génération Y appelle ingénument le «langage texto» ! Michel Serrès choisit de voir le verre à moitié plein et salue plutôt «l’intelligence inventive» et le sens de l’adaptation, de la débrouillardise de ces Petits Poucets catapultés dans un monde angoissant, surpeuplé mais farouchement individualiste, en constante transformation. L’avis éclairé d’un illustre historien des sciences, ancien camarade de Michel Foucault, sur les générations montantes, est toujours le bienvenu.

«Petite Poucette», Michel Serres, Editions Le Pommier, 2012, 84 pages, 130 DH.