Les salles de cinéma en danger de mort

Déjà  sous perfusion depuis des années, elles devront s’équiper de projecteurs numériques dès 2012.

Le business des salles de cinéma n’est guère plus rentable, on le sait depuis des années. D’ailleurs, des 250 salles de cinéma que comptait le Maroc dans les années 1980, il n’en demeure plus que 44 aujourd’hui, avec des villes comme El Jadida, Khouribga… où il n’y a même plus de salle du tout.  Pourtant, un homme continue d’y croire. Il s’évertue, malgré les difficultés, à gérer plusieurs salles, à Casablanca, et a même fait l’acquisition du cinéma Rif, il y a deux ans. Hassan Belcady, chirurgien dentiste, gère aujourd’hui les cinémas ABC (600 places), le Ritz (750 places), le Mamounia (500 places) et le Rif (1 200 places). Comment s’en sort-il ? Péniblement… L’homme a dû purement et simplement fermer des salles qui étaient en sa possession comme le Colisée de Casablanca et de Rabat ou encore l’Olympia, qui était situé au Belvédère.

Le secteur est sous perfusion depuis des années

En fait, M. Belcady ne s’attache pas à l’exploitation des salles de cinéma en tant que business, mais un peu par passion, car la culture cinématographique fait partie du patrimoine «familial».  À titre d’illustration, c’est sa mère, Hajja Oum Keltoum Ben Ammar, qui a construit dans les années 1950 le cinéma Chahrazade, aujourd’hui fermé dans le quartier de Garage Allal.
De retour des États-Unis où il a fait ses études, il hérite de la gestion des salles, ses parents étant très âgés. Il se retrouve avec des cinémas dont les dettes frôlent les 3 millions de DH.
Après une longue hésitation, il décide de dresser un plan de rénovation pour les salles à garder. Il rééchelonne les dettes et prend un crédit personnel pour financer les salles à moderniser et à doter du système Dolby Digital.
Hassan Belcady raconte que, pour pouvoir fidéliser la clientèle et avoir aussi des rentrées d’argent, il a dû sensibiliser les clients qui à leur tour l’ont soutenu. Il raconte aussi qu’il a rénové les sièges, rangée par rangée, et a pu même continuer la projection des films durant les travaux. Mais tout cela n’était pas soutenable, alors qu’il a fait des coupes dans le personnel et a fait supprimer les postes de directeurs pour s’en charger lui-même. Aujourd’hui, il désespère car, dit-il, «nous tournons avec 10 à 15% de taux de remplissage et nous devons payer une taxe parafiscale de 35% sur chaque ticket, sans compter l’IS, l’IGR et la patente». Le plus terrible reste à venir. Dès 2012, les distributeurs du monde entier vont imposer ce qu’on appelle «les projecteurs numériques». Plus de copies à trimballer ni de délais à respecter. Il faudra télécharger les films à projeter et pour chaque paiement, un mot de passe est fourni à chaque salle avec un délai de projection déterminé selon le règlement. Le problème est que pour chaque salle, qui vit déjà sous perfusion, il faudra un investissement d’un bon million de dirhams par projecteur et par salle.
Autant dire la mort annoncée, si des mesures efficaces ne sont pas prises d’ici là pour sauver le secteur.