«Les besoins identifiés en matière de soutien au livre ont été dépassés»

Nous avons reçu plus de 477 projets, on en a retenu 315.

Le ministère de la culture n’est pas peu fier de son programme de soutien au livre et à l’édition. Le secrétaire général du ministère, Lotfi M’rini, répond à nos questions sur l’augmentation et la distribution du budget alloué à la littérature.

Nous apprenons avec plaisir que le budget du livre a été augmenté cette année de 50%, passant de 10 à 15 millions de dirhams. Pourquoi cette décision ?

Il faut dire qu’en 2012, le soutien du livre ne dépassait pas 2 millions de dirhams, y compris le soutien de l’organisation et la participation aux salons du livre. Depuis 2014, nous avons réalisé un basculement de la politique publique en la matière. Au lieu de jouer un rôle de substitution par rapport aux éditeurs, en publiant des livres et des revues, nous avons décidé qu’il était temps de soutenir un secteur fragilisé, parce que la marge de risques est importante, et donc de soutenir  directement les maisons d’édition en essayant de les professionnaliser. Ce qui a été fait. Nous sommes passés en 2014 à 5 millions, puis à 10 millions, puis cette année à 15 millions de dirhams. Ceci a été fait sur la base d’un appel à projet et ça nous a permis d’intervenir sur l’ensemble de la chaîne de valeur. On ne fait pas que soutenir l’édition, mais également la résidence d’auteur, la circulation du livre, le soutien des revues littéraires, le soutien aux librairies et la participation aux salons du livre. Nous sommes très heureux de constater que les besoins qui avaient été identifiés au départ ont été tous dépassés très rapidement.

Quels sont les secteurs qui profitent le plus de ce soutien ?

Naturellement, c’est le livre lui-même. Nous sommes contents de constater que le nombre de projets qui sont déposés augmentent d’année en année, de 40% cette année. Nous avons priorisé un certain nombre d’éléments, dont le développement de la traduction et des livres pour enfants. Il est à signaler que le ministère, dans ce cadre là, n’a pas de ligne éditoriale. La liberté de création est complètement garantie par la Constitution 2011. Il y a évidemment le marqueur identitaire que l’on retrouve dans ces projets, mais les commissions qui sont en place sont tout à fait indépendantes du ministère et agissent en toute liberté. Nous avons reçu plus de 477 projets, on en a retenu 315, au titre de la première session 2017, ce qui est un chiffre conséquent. Il faut dire que nous sommes à la septième année de ce programme et  il y a une évolution notable au niveau des maisons d’édition en ce qui concerne le travail sur des thématiques, l’organisation avec des comités de lecture, le travail sur la charte graphique et l’étude en amont, la faisabilité et l’intérêt d’une publication.  Et dans ce cadre-là, nous considérons que nous sommes en train de professionnaliser la branche. En effet, il y a une dynamique qui s’est installée ces dernières années et qui permet un relèvement du nombre et de la qualité de la production nationale.

Dans le bilan que vous avez publié, seulement trois nouvelles librairies ont bénéficié d’une aide à la création.

C’est un nouveau programme que nous avons démarré en 2014, toujours dans le cadre de cette fameuse chaîne de valeurs. Parce que si vous produisez des livres qui n’arrivent pas aux consommateurs, vous avez un produit physique qui ne sert pas à grand-chose. Et vous savez que les librairies subissent un peu le sort des salles de cinéma. Elles disparaissent de plus en plus. Et dans ce cadre, nous avons décidé de soutenir la création et la rénovation de librairies. Nous accordons l’équivalent d’une subvention d’équipement, un crédit sur le fond documentaire, une formation de librairie et nous devenons même clients pour permettre à la librairie de subsister et ce durant trois années ! Paradoxalement, ce programme-là n’a pas encore l’engouement qu’il mérite.

Et l’aide à l’écriture ? Pensez-vous qu’avec un seuil de 60 000 DH, un auteur peut se consacrer pleinement à l’écriture ?

Tout d’abord c’est une nouvelle tradition qui est en train d’être installée dans le pays. L’aide à l’écriture ou les résidences sont faites, non pas pour permettre à une personne de vivre pendant deux ans aux frais de la princesse, mais pour permettre à un auteur de finaliser un projet ou l’entamer dans un cadre paisible. Et contrairement à ce que vous pensez, c’est aussi un domaine qui est très peu demandé pour le moment.