Les Arts populaires dans la fleur de l’à¢ge

La 47e édition du Festival national des arts populaires s’est tenue à  Marrakech du 20 au 24 juin et dévoile une nouvelle vision stratégique. Lumière sur le plus jeune des vieux festivals.

Et ça parade, à Marrakech. L’ouverture du festival a fait flamboyer monts et merveilles aux nombreux spectateurs dans les rues de la ville ocre : des représentations époustouflantes en danse et en musique pour marquer le départ du Festival national des arts populaires (FNAP). Et ça se précipite au Village, où dès qu’on pose les pieds (sous les 45° ambiants) on est pris par une énergie viscérale. ça bouge, ça chante, ça danse, et que ça s’amuse ! Des petits êtres aux regards émerveillés s’activent autour des ateliers musique, théâtre, cinéma, danse… Et les professeurs ne sont autres que d’autres jeunes venus d’ailleurs. Car oui, il est possible qu’un maâlem gnaoui ne dépasse pas les 26 ans et s’éclate à faire le pédagogue devant un parterre d’enfants venus de l’association Bab Ettifle.

Exemple avec Sos Musique, collectif de découverte de la musique populaire en plusieurs ateliers qui «sont venus imbibés et convaincus de la richesse du patrimoine», décrit Mohamed Nait M’barek, directeur du festival. Et Karim El Achak, président du festival, d’ajouter : «C’est notre rôle aussi de pouvoir donner aux jeunes de l’association l’occasion de s’inscrire dans une passion». En déambulant, entre les marionnettes géantes, les expos photos, et les dizaines d’autres ateliers, on découvre toute la diversité du patrimoine, à s’y perdre ! Une diversité qu’on retrouve évidemment sur les deux scènes jumelles qui trônent au milieu du village : on a eu droit à un véritable tour du Maroc en musique. «Le Maroc est un continent dans un pays», confesse poétiquement Mohamed Nait M’barek. D’où l’idée de réunir sur la même scène H-Kayn et l’Aita Haouzia !

«C’était important pour nous, ce contact. Les groupes n’avaient jamais rencontré les troupes dont leur musique s’inspire, et c’était un peu difficile du coup parce qu’ils n’avaient jamais le temps pour leur propre répétition, car ils étaient toujours fourrés ensemble !», confie le président qui finit par avouer : «Il y a une grande frustration, vous imaginez le nombre de troupes qu’il y a, on aimerait les avoir toutes. Mais cela est actuellement impossible». La première limite est diablement financière : «Chaque année, pour nous, c’est un miracle ! On tourne avec un budget qui est à la limite de la corde, on aurait aimé s’aligner sur des budgets normaux. Dans la dimension actuelle, le festival a besoin d’un budget de 12 à 15 millions de dirhams, il tourne aujourd’hui à 6 millions». Mais on ne se laisse pas abattre…

La nouvelle vision

Si les mauvaises langues accusent l’évènement de s’essouffler à la veille de la 50e édition, on répond : «Il est jeune, pétillant, vivant ! On ne parle pas de la 47e édition comme de quelque chose qui s’essouffle, on a inversé la vapeur pour donner un nouvel horizon au festival», s’enthousiasme le directeur. Une vision nouvelle, alors ? «On va travailler sur une programmation à l’année. C’est-à-dire que le public viendra consommer sur des thématiques spécifiques (elaita, jballa…) des hommages régionaux qui vont nous préparer à l’édition majeure qui ne sera pas “l’étape”, mais seulement la consécration de tout le travail», s’enflamme M. El Achak. Que de grandes ambitions pour le FNAP, passées de l’utopie à la réalité, promettant l’éternité grâce à l’acharnement de l’équipe, le soutien des dirigeants, et surtout… l’amour du public. Rendez-vous dans 50 ans !.