Le festival de Marrakech fait recette auprès du public

Si l’affluence dans les salles de projection est un baromètre du succès, alors la VIIe édition du Festival international du film de Marrakech confirme le succès de ce rendez-vous qui s’est déroulé, rappelons-le, du 7 au 15 décembre.

Le FIFM se bonifie avec l’âge. «Je pense que cette manifestation s’améliore de plus en plus, ne serait-ce que par le nombre de gens qu’il y a dans les salles de projection, observe l’éditrice Leila Chaouni. Je me souviens qu’au début, nous étions quatre ou cinq au Palais des congrès. Là , pour toutes les séances, il y a énormément de monde. Et comme l’affluence est un baromètre de la réussite d’un événement, on peut dire que le FIFM est en plein essor.»
Que le public manifeste un énorme intérêt pour ce rendez-vous rituel ne fait pas de doute. Dès la matinée du vendredi 7 décembre, des dizaines de Marrakchis, bravant une chaleur insolite en cette période de l’année, font le siège des bureaux des accréditations et des invitations, au risque de se faire bousculer par des colosses à  la main lourde. Ceux, nombreux, qui n’ont pu obtenir le précieux sésame, se sont résignés à  la station debout derrière les barrières.

Les comédiens marocains ont eu la faveur du public
Marrakech, c’est une enseigne couleur d’or et un tapis rouge défraà®chi, sur lequel commencent à  défiler les vedettes débarquées de splendides limousines. Les plus inatteignables d’entre elles passent bizarrement inaperçues. Ainsi, Martin Scorsese, dûment mitraillé par les photographes et «non identifié» par le public. Quand l’immense Milos Forman se présentera à  la tête du jury, il ne sera même pas applaudi. Ce qui démontre l’affligeante incuriosité des Marocains du cinéma non arabe. Excepté Leonardo DiCaprio, dont la tête n’est pas étrangère au grand public (merci, les CD piratés d’Aviator !), les stars occidentales laissent de marbre.
En revanche, les vedettes locales emballent la foule. Elles sont venues, elles sont toutes là . Six cents, nous dit-on, chouchoutées par le FIFM ; endimanchées, à  l’occasion de la cérémonie de clôture. Mohamed Bastaoui, troquant ses hardes de bouseux contre un pimpant smoking, ça vaut le coup d’Å“il. Le public se rince l’Å“il. Ebouissant, ce vol de caftans qui passe sous nos yeux. Nos dames du grand écran font un tabac à  leur passage. Les hommes aussi, Bastaoui, Naciri et Fahid particulièrement.
A la présentation de la cérémonie de clôture sont commis Hicham Nazal et Hanane Fadili. Autant l’un se montre sobre et précis, autant l’autre est verbeuse et approximative. On est envahi par un sentiment de tristesse à  la vue d’un de nos cinéastes majeurs, Mostafa Derkaoui, miné par la maladie, peinant à  articuler des mots de remerciements pour l’hommage qui lui a été rendu, versant des larmes de bonheur.
Avec Leonardo DiCaprio, on tombe sous le charme. Non seulement, il a une «gueule d’amour», mais il est pétri d’une vertu rare chez les vedettes de son rang : l’humilité. Même son mentor, Martin Scorsese, qui le connaà®t bien pour l’avoir pratiqué dans Gangs of New York, Aviator et Les Infiltrés, en paraà®t étonné. La cérémonie de clôture s’achève sur une énième plaisanterie de mauvais goût de Hanane Fadili. La salle des ministres se vide à  moitié. Pourtant, il y sera projeté une merveille de film : Elizabeth, l’âge d’or, Å“uvre de l’Indien Shekhar Kapur.

Leçon de cinéma de Martin Scorsese devant un parterre de cinéastes
Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio vont être les invités les plus en vue des trois premiers jours de cette édition. Le premier donne une leçon, dans tous les sens du mot, de cinéma à  un parterre de cinéastes, samedi, à  16h30, au Palais des Congrès. Images à  l’appui, celles de ses meilleurs films, il démontre que les qualités les plus importantes requises dans ce métier sont le savoir-raconter et le souci du détail. C’est ainsi qu’il lui a fallu quarante jours pour affiner la scène de Taxi Driver o๠Robert De Niro s’apprête à  faire passer de vie à  trépas le sénateur. Deux heures plus tard, Leonardo DiCaprio, qui ne pouvait manquer la leçon du maà®tre, prend le chemin de Jamaâ El Fna, avec beaucoup de retard. Il doit présenter Aviator, dont il est le principal protoganiste. 14 000 personnes l’attendent impatiemment. Son apparition provoque le délire.
Dimanche 8 décembre, après le coucher du soleil, Jamaâ El Fna, devenue la Croisette de Marrakech, est en ébullition, encore une fois. D’une part, Al Hal, réalisé en 1981 par Ahmed El Maanouni, sera projeté dans sa version remastérisée par Martin Scorsese. De l’autre, Nass El Ghiwane, dont deux survivants, Omar Sayed et Allal Yaala ont le beau rôle dans le film, donneront un concert. Devinez le nom du maà®tre de cérémonie ? Martin Scorsese, bien sûr. On ne vous décrira pas la soirée, inoubliable.
Martin Scorsese et Leonardo DiCaprio ayant pris congé du FIFM, celui-ci peut vaquer à  ses occupations. Celles de montrer des Å“uvres filmiques. Les plus courues sont les quatorze en course. Une qualité inégale. Et les connaisseurs se demandent quel mouche a piqué le comité de sélection d’avoir imposé un navet tel que le film algérien L’envers du miroir, de Nadia Cherabi. Les jardins de Samira, du Marocain Latif Lahlou, juste passable, n’est pas digne de boxer dans cette catégorie. Quelques Å“uvres méritent le détour. Le réalisateur Driss Chouika s’extasie sur le caractère «époustouflant» du Piège, du Serbe Srdan Golubovic. Il est également séduit par Autumn Ball, réalisé par l’Estonien Veiko Ounpuu. Noureddine Kachti, critique de cinéma, distingue Love, You losers ! (Daihachi Yoshida, Japon), trouve Le Piège remarquable et Tirador (Brillante Ma Mendoza, Philippines) bien fait. La famille Savage (Tamara Jenkins, Etats-Unis), Man’s Job (Aleksi Salmenperà¤, Finlande) et Grand Hôtel (David Ondricek, Tchéquie) emportent la conviction de Leila Chaouni. Les paris vont bon train. Autumn Ball et Le Piège se tiennent au coude à  coude. Au soir du samedi 15 décembre, le jury, emmené par un Milos Forman exigeant, tranchera en faveur du second. Encore une fois, le cinéma indépendant, créatif et novateur a triomphé sous le ciel de Marrakech.