Le festival d’art vidéo de Casa reprendra-t-il son élan ?

Après avoir été un lieu d’épanouissement et de découverte des jeunes talents, le festival d’art vidéo de Casablanca a besoin de se renouveler. Les organisateurs ont pris des mesures pour redynamiser cette manifestation, mais il faudra attendre la 15e édition (du 15 au 19 avril à  la faculté des lettres de Ben M’sik) pour évaluer la portée de la réorganisation annoncée.

Petit poisson est devenu grand. Le Festival international de l’art vidéo de Casablanca (FIAVC) est devenu tellement grand qu’il attire des milliers de visiteurs. Plus de
10 000 en 2007, se réjouit-on du côté de l’organisation du FIAVC. Pourtant, ce dernier est né modeste. Précisément, à  partir d’un atelier de création vidéo monté par Marc Mercier, directeur du festival Instants vidéo de Manosque, en France.
C’était à  la faculté des Lettres de Ben M’sik, à  Casablanca. Le vidéaste aguerri en garde un souvenir ravi : «Jai été étonné de l’intérêt montré par les étudiants casablancais pour un art et une technique qu’ils découvraient pour la première fois. J’ai tout de suite senti que la vidéo, au Maroc, avait un bel avenir devant elle».

Le FIAVC est né en 1993 dans un petit atelier, à  Ben M’sik
Au vu d’un tel engouement, les services de la coopération française dépêchent sur place Béatrice Bertrand, avec la mission de fournir les universités marocaines en matériel vidéo. Pas grand-chose, souvent un caméscope et un banc de montage. Viatique suffisant aux vidéastes en herbe pour faire leurs premières gammes. Dans la foulée, l’idée de créer un festival dédié à  la vidéo émerge, prend forme, puis se concrétise. En décembre 1993, le Festival international d’art vidéo de Casablanca voit le jour. Son décor est planté au cÅ“ur de la faculté des lettres et des sciences humaines de Ben M’sik.

Se présentant essentiellement comme un espace d’échange entre des créateurs provenant de multiples horizons culturels, le FIAVC s’assigne diverses tâches : initier les apprentis vidéastes aux nouvelles technologies de la vidéo ; contribuer à  affiner leur savoir-faire en les mettant en présence de professionnels en la matière ; encourager la création vidéo par le lancement annuel du programme Univ’art. Lequel consiste à  faire concourir des jeunes étudiants ou artistes, marocains et étrangers, pour une participation au festival. Les travaux présélectionnés sont montrés au public et soumis à  l’appréciation d’un jury. A la clé, cinq prix, dont les bénéficiaires sont ensuite invités à  une dizaine de festivals étrangers.

Coup d’essai, coup de maà®tre. La première édition est une réussite imprévue : affluence plus qu’honorable, encadreurs triés sur le volet, présence assidue des vidéastes en herbe aux ateliers de formationÂ… Là  o๠le bât blesse, c’est la facture approximative des films, surtout ceux présentés par les Marocains. Ceux-ci souvent se contentent de copier leurs aà®nés, sans se soucier d’imprimer leur propre cachet. A la deuxième édition, on sent un léger mieux aux plans esthétique et thématique. Mais au fil des saisons, «ces jeunes ont su s’approprier les formes d’un outil nouveau, utiliser les bancs de montage, virtuels ou numériques, mêler l’image analogique à  l’image de synthèse, suggérer par la surprise de la juxtaposition de deux images antinomiques, par la brièveté du discours, ils ont compris qu’en images, le bavardage est inutile. Ils ont appris à  concevoir une bande son et à  éliminer les redondances entre textes, images et musiques qui faisaient les faiblesses des premières bandes.
Leur culture est omniprésente, leur quotidien aussi. En regardant, festival après festival, le travail d’artistes professionnels, venus d’ailleurs, au fil de centaines de monobandes, ils ont trouvé leur propre écriture audiovisuelle», témoigne Béatrice Bertrand, dans Le Maroc en mouvement (Maisonneuve & Larose, décembre 1999).

C’est le festival qui a révélé tous les vidéastes qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé
Béatrice Bertrand parle en connaissance de cause puisque c’est elle qui a tenu les commandes du FIAVC depuis son éclosion jusqu’en 2000. Sous son ère, cette manifestation unique en son genre, en Afrique et dans le monde arabe, s’est prodigieusement épanouie, qualitativement et quantitativement, et a révélé des vidéastes qui tiennent aujourd’hui le haut du pavé. Ainsi, Noureddine Tilsaghani, photographe converti grâce au FIAVC à  la vidéo, dont la description de la place Jamaâ el-Fna, sous l’angle simple d’un combat de boxe entre enfants, avait frappé les esprits. Ou Abdelghani Bibt, autre néophyte, qui, sous le titre Spleen, évoque la ville de Béni-Mellal, devenue ville fantôme, en sépia, ocre et gris. Sans oublier Mourad El Figuigui et son Vote-Love, brillante satire des politiciens. Quant au Rêve, tissé par la plasticienne Najat Drief, c’est un pur bonheur, une Å“uvre marquante.

Au FIAVC, ces talents et tant et tant d’autres sont reconnaissants. «J’étais photographe et je ne savais rien de la vidéo, assure Noureddine Tilsaghani. J’ai assisté, par curiosité, à  la première édition du FIAVC, et c’est là  que j’ai pris goût à  la vidéo. Maintenant, elle est devenue mon mode d’expression préféré». Parce que plus approprié aux sujets abordés par les vidéastes marocains, aurait-il pu ajouter. «Les sujets sont représentatifs de ce qui occupe et préoccupe les esprits des jeunes étudiants : décalage entre sociétés du Nord et du Sud, des comportements culturels, cohabitations et conflits religieux, guerres iniques et cynismes des pouvoirs, attentes infinies d’une reconnaissance, évasion, etc.», affirme Béatrice Bertrand.

Paradoxalement, plus le public répond présent, plus le FIAVC s’étiole. Ce dernier, il y a quelques années en plein essor, s’est mis à  battre de l’aile. Aussi, les responsables ont-ils sonné le tocsin. «Le festival se tient cette année sous le signe de la refonte. En effet, il y a quinze ans, au démarrage de cette manifestation, devenue aujourd’hui une institution, le but était d’en faire un lieu d’épanouissement de la jeune création marocaine, en la confrontant à  la jeune création étrangère. Mais hélas ! avec le temps, l’usure s’installe, les équipes vieillissent et les dérives adviennent», peut-on lire dans un communiqué émanant de la faculté des lettres et des sciences humaines de Ben M’sik. Mais quand on prend connaissance des remèdes administrables au malade, on s’aperçoit que le terme employé de «refonte» est excessif, les mesures prises étant plutôt timides. En tout et pour tout, la mise en place d’un nouveau comité directeur et une nouvelle commission artistique «jeune et prometteuse» ; une plus importante participation internationale et la création d’ateliers «innovants et originaux alliant le ludique à  l’artistique». En somme, un rafistolage plutôt qu’une refonte.

Contribution de Méditel sous forme de concours destiné aux jeunes vidéastes sur 4 thèmes : sport, culture, musique et citoyens
On n’a pas communiqué les noms des heureux organisateurs élus, et la 15e édition, qui devait se tenir du 19 au 22 mars, a été mystérieusement différée à  la période du 15 au 19 avril, ce qui laisse imaginer un grain de sable dans l’engrenage rénovateur. Seule certitude de taille : la contribution de Méditel à  cette édition. C’est Hassan Bouchachia, responsable de la communication de cette société, qui en a eu l’initiative. «Il faut dire que j’ai toujours suivi avec un grand intérêt ce festival. Je me disais qu’il constituerait un bon apport à  l’image de Méditel. Cette année, j’ai pris langue avec les gens de la faculté des lettres de Ben M’sik, et émis le vÅ“u d’impliquer la société que je représente dans le festival. Mes interlocuteurs ont applaudi la proposition.

Etonnant quand on sait le peu d’attention qu’accorde l’opérateur multimédiatique à  la chose proprement culturelle. «Il est vrai que, jusqu’ici, nous avons favorisé les Å“uvres caritatives et le divertissement aux dépens de la culture. Nous nous sommes rendu compte que c’est une grave lacune qu’il faudrait combler. Alors, nous nous y attelons. On ne s’investira pas seulement dans ce festival, mais aussi dans le théâtre et dans plein d’activités culturelles», promet Hassan Bouchachia. La contribution de Méditel prendra l’aspect d’un concours destiné aux jeunes créateurs marocains et étrangers. «One minute Méditel» en est l’intitulé. «Il s’agit pour les participants de créer une ou plusieurs vidéos autour des thèmes suivants : sport, culture, musique et citoyens».

Un jury en choisira quarante (10 pour chaque thème), qui seront mises en ligne sur le site de Méditel. Ainsi, le public pourra les visionner et élire celle qu’il préfère. Parallèlement, un jury les évaluera. Il lui appartiendra de désigner le vainqueur pour chaque thème. Les deuxième et troisième seront élus par le public.
Douze récompenses, voilà  de quoi stimuler les jeunes vidéastes et redonner son lustre, par la même occasion, à  une manifestation en mal d’inspiration.