Le destin de Zahir

«Le cahier de Zahir» est le premier roman de Réda Sadiki, paru aux éditions Le Fennec. Un récit d’une vie modeste écourtée par la malchance.

Zahir est un jeune homme aux horizons limités. Né et élevé à FBS, alias Fqih Ben Salah, où les rêves ne se conjuguent qu’à l’étranger, Zahir partage l’espoir d’une autre vie, loin, bien loin de son village natal. L’Italie, paradisio pour une jeunesse qui ne se voit pas pousser sur la terre rêche de son enfance, promet une herbe bien plus verte et un sol fertile pour germer sa prospérité.

En attendant d’entreprendre la grande traversée, il se trouve un boulot comme concierge dans un immeuble à Rabat. Sans être misanthrope, c’est seulement à Luigi qu’il se confie. Un ami imaginaire au patronyme italien qui reçoit les confessions les plus intimes et les pensées les plus profondes, comme les faits les plus banals : depuis son enfance au sein de la famille démunie, jusqu’à son séjour en taule en raison d’une accusation mensongère, en détaillant ses économies mensuelles et les soubresauts de sa libido.

Autour de Zahir, des personnages s’animent. Plus de nuit que de jour. Et pour cause. Dans l’immeuble où il officie, la plupart des appartements sont occupés par des prostituées, dont certaines sont plus aimables que d’autres. Et c’est également de nuit qu’il retrouve ses deux amis. Le féru de littérature blasé, serveur de son métier et l’apprenti cycliste, alcoolique et gérontophile. Doucement, mais sûrement, les billets mis de côté font pile et le rêve de payer sa traversée prend des allures de projet. Mais c’est compter sans la cupidité de l’homme qui va entraver ce rêve simple et pousser Zahir à commettre l’irréparable.

Entre les lignes

Dans ce livre, l’immigration n’est que le prétexte d’un récit social, bien qu’elle en soit l’aboutissement. Plusieurs thèmes s’y distinguent au fil de la lecture. À savoir la répression, le poids de la tradition, les rapports homme-femme, l’amitié et la confiance, la tentation de l’argent facile et la morale en général. Zahir est d’un naturel doux et compatissant. Il juge peu ou pas du tout. Il représente la jeunesse dans ses aspirations les plus légitimes, les plus saines. Il est profondément humain et généreux. Aussi, on se prendra de compassion pour lui lorsqu’il sera malmené lors d’un interrogatoire de police ou lorsque, trahi, il fera justice lui-même.

Pari gagné de Réda Sadiki qui a su concevoir un tel personnage, sans verser dans les descriptions-fleuve, et en usant de la première personne du singulier. Une chute originale a été imaginée pour ce récit, bien qu’elle ait occulté les différences linguistiques. On remarquera également que le style de Réda Sadiki renferme un important jargon médical. Déformation professionnelle pour ce néphrologue de Tétouan dont le phrasé, un peu trop savant ou trop profond parfois, tranche avec les profils de gens simples qu’il dresse. Des allusions à la littérature française dévoilent davantage les réflexions de l’auteur que ceux des personnages. Cela étant dit, Le cahier de Zahir est un roman à lire.