La révolution du caftan

Indémodable caftan ! A mi-chemin entre la tenue traditionnelle et la robe de soirée occidentale, l’habit se renouvelle en permanence, fascine les femmes et inspire les couturiers des quartiers huppés comme populaires.

Avez-vous déjà tapé «Caftan» dans le moteur de recherche de Facebook ? C’est tout bonnement hallucinant ! Par centaines, les résultats se déploient comme des rouleaux de tissu. Une de ces pages engrange jusqu’à 234 000 fans ! Même les Moroccan Trolls ne font pas mieux. Point trop d’humour dans ces temples virtuels de l’élégance, même si, parfois, un comique dit préférer les couleurs du salon en arrière-plan à celles du caftan. La plupart du temps, c’est bien l’émerveillement qui règne ici en maître incontesté : «J’adoooooooooooooooooore !», s’oublient les zélateurs du brocart et du satin duchesse, avec force trémolos dans les commentaires. «Ma-gni-fique» se décline sous toutes les orthographes, sans parler des cœurs et des «Wow» à rallonge et à perte de murs. Comme dans un épisode des Feux de l’amour, le sentiment, extatique, l’emporte largement sur la raison, dans ces boudoirs 2.0. «Pourquoi j’aime le caftan ? Mais parce que c’est fabuleusement beau !», s’exclame Jihane, dont les yeux s’allument soudain comme des gyrophares. «C’est majestueux et très classe. Il n’y a pas un vêtement qui met autant la femme en valeur». Cette coquette mère de famille pourrait passer des journées entières à «Liker» les photos de défilés et à les partager sans relâche sur les profils de ses copines, si elle n’était «horriblement débordée».

Des siècles d’existence et pas une seule ride

Elle pourrait tout aussi bien passer sa vie à courir les couturières si son budget le lui permettait. «Faites un tour à Hay Farah à Casablanca. C’est un rêve éveillé, toutes ces tenues, toutes ces couleurs exposées. Mais ça coûte quand même les yeux de la tête. Le tissu de soie ou de brocart serti de perles démarre à 6 000 dirhams et peut aller jusqu’à 9 000 dirhams… Sans couture ! Confection comprise, on peut facilement atteindre les 15 000 dirhams», s’étrangle la jeune femme, qui, pour ne pas faire gémir son portefeuille, se résout le plus souvent à louer, à contre-cœur. «Je ne vais tout de même pas engloutir l’équivalent d’un salaire et demi dans un caftan que je vais porter à un seul mariage !» Logique. «Je me fais donc une tenue par an, pas plus. Et en attendant la prochaine virée chez le tailleur, je me ronge les freins en feuilletant les pages mode, au moins ça ne coûte pas grand-chose».
Jihane trouve «particulièrement somptueux» ces objets vestimentaires non identifiés, ces tenues à mi-chemin entre le caftan et la robe de cocktail, qui scintillent dans les magazines féminins. «Des virtuoses, ces nouveaux stylistes ! Ils ont réussi à faire souffler un vent de changement, de liberté, de créativité sur le caftan», se pâme la passionnée, qui n’a aucune espèce de nostalgie pour le caftan roide d’antan, aux formes quasiment immuables.
«La coupe était trop classique et les tissus connus, convenus», se souvient Jihane. «On ne s’éclatait pas comme aujourd’hui à mélanger les couleurs, à rajouter des sarouals, des boléros, à mettre de la dentelle, à incruster des perlages, des paillettes. A créer des feux d’artifice avec du tissu, quoi !»

La jeune femme ne le répètera jamais assez : si cet ancestral vêtement ne prend jamais une ride, c’est grâce à Caftan, l’événement qui fête ses seize ans, le 12 mai au palais des congrès de Marrakech. «Je connais un tas de femmes qui ne rateraient pour rien au monde ce défilé à la télé. Toutes les couturières s’en inspirent, de Hay Mohammadi à Anfa, même celles qui grimaceront en vous disant que les créations sont trop excentriques», jure Jihane, brusquement intarissable : «Sans les efforts de Caftan pour moderniser, renouveler cette tenue, elle serait devenue ringarde. Un habit folklorique parmi d’autres. Le caftan ne vendrait pas du rêve, ne serait pas porté par Adriana Karembeu, Beyoncé, Haifa Wahbi ou même Hillary Clinton !».