La médiathèque de la Mosquée Hassan II ouvre enfin ses portes

Après plusieurs années d’abandon, la médiathèque passe sous tutelle de la Fondation de la Mosquée Hassan II et ouvre enfin ses portes au grand public.
Un fond documentaire accessible sur le net d’un volume de 96 093 documents tous supports confondus, après moins d’un mois d’ouverture.

Caméras de surveillance, vigiles, talkie-walkie… L’accueil qu’offre de prime abord la médiathèque Hassan II est quelque peu refroidissant. Pourtant, à peine les portiques de sécurité franchis, c’est un environnement agréable que l’on découvre, celui des livres et de la lecture. Le bâtiment, construit en même temps que la mosquée en 1993, a une histoire assez tumultueuse et n’a été aménagé qu’en 2006. C’est le spécialiste des bibliothèques au Maroc, Rachid El Andaloussi, qui s’est associé au Bureau d’architecture Lazrak pour les besoins de la cause. Inaugurée le 2 avril dernier, la médiathèque n’a ouvert ses portes que récemment et plus exactement le 21 septembre. En moins d’un mois, une visite s’impose. D’autant plus que cette bibliothèque est la seule à offrir la possibilité de lecture (mis à part les Instituts français et la bibliothèque de la Fondation Al Saoud réservée aux troisièmes cycles). La médiathèque de la mosquée Hassan II est ouverte au grand public, «du mardi au samedi de 10 h à 18 h», précise Majda Zakar, bibliothécaire. Pour un prix symbolique à l’année, «200 DH pour les enfants, 250 pour les adultes et une formule famille et même pour toute une classe d’école à 500 DH», trois livres sont empruntés pour un délai de 10 jours. S’étendant sur une surface globale de 12 400 m2 dont 8 000 en surface utile, la médiathèque n’est pas un simple département de la mosquée Hassan II, c’est une ouverture sur le religieux mais aussi sur le profane (Exposition de peinture de Abdallah Hariri pendant Ramadan). Se situant entre deux mondes, la médiathèque propose des livres de théologie, de littérature, arts et loisirs, sciences, politique, éducation, contes pour enfants… «Nous avons aussi un espace dédié exclusivement à la ville de Casablanca», précise notre guide. Le bâtiment comprend trois niveaux. D’abord, un rez-de-chaussée dédié aux enfants et aux tout- petits, ensuite un premier niveau pour la littérature jeunesse et un deuxième étage pour les adultes. «Nous avons aussi des équipements culturels notamment une salle de conférences, un auditorium et un hall d’exposition», poursuit la bibliothécaire. Des fauteuils au design très moderne, aux espaces dédiés au conte niché dans des enclaves de lecture, difficile de se soustraire à cet accueil chaleureux. A moins d’un mois d’ouverture, «on compte 70 adhérents à ce jour», commente Abderrahime Ameur, en charge de ce département. La bibliothèque s’ouvre progressivement et offre 96 093 documents, tous supports confondus, pour une capacité globale de 200 000.

Les bibliothécaires s’affairent à ranger livres et CD, et les arrivages continuent d’affluer. «Nous allons recevoir au fur et à mesure des livres, des DVD et des CD», souligne le responsable du pôle musique. Des CD de musique marocaine, du jazz, du gnaoua, de la pop musique, les univers sont variés et les propositions d’adhérents «sont les bienvenues», assurent les responsables. En déambulant dans la toute nouvelle médiathèque, on découvre des espaces plus ouverts que d’autres. Le hall d’exposition et la future librairie ainsi que la future cafétéria, ont une plus grande souplesse d’utilisation, d’autonomie et auront d’autres voix d’accès. Pour l’instant, les locaux sont vides et des appels d’offres vont être lancés.

Les bibliothèques muent et l’heure est à la médiathèque et aux nouvelles technologies. Et cela ne profite pas seulement aux lecteurs mais aussi au personnel qui y travaille. «Tous les documents sont équipés en puce antivol», atteste fièrement la bibliothécaire. Mais même avec de telles précautions, l’utilisation des CD et des DVD est soumise à une réglementation stricte. «Ils ne sont consultables que sur place», poursuit notre interlocuteur. Pas besoin de s’étendre sur les raisons de ces restrictions, elles semblent assez claires. D’ailleurs, c’est à l’épineux problème du piratage que se voit confrontée l’administration de la médiathèque pour l’acquisition des DVD de films marocains auprès du CCM. Jusqu’à aujourd’hui, rien n’a été fait et les négociations n’ont pas avancé. Sur les étagères, les livres et les supports multimédias sont classés par couleur, par genre et par thématique et on retrouve autant de livres en français qu’en arabe. «C’est un comité scientifique composé de professionnels qui oriente les choix éditoriaux», explique notre guide qui s’empresse de préciser que «bientôt, nous aurons aussi des livres en anglais et en espagnol».

L’équipement de la médiathèque est assez moderne et sophistiqué. Désormais, des documents sonores, audiovisuels et des œuvres d’art sont mis à la disposition du public. Le catalogue de la médiathèque est accessible en ligne aux jeunes et aux adultes. Un portail qui permet d’«effectuer des recherches sur les différentes ressources documentaires constituées au sein des espaces de la médiathèque», assure-t-on. Si le catalogue jeunesse est déjà disponible et consultable, les adultes devraient attendre, le leur n’est pas encore disponible. Et même si les inscriptions ont débuté le 21 septembre, les adultes devraient être encore une fois plus patients et attendre janvier 2011 avant de pouvoir emprunter des livres, mais la consultation sur place est possible. Car, ici, l’ouverture est progressive. Le mot d’ordre semble donné, il vaut mieux travailler doucement mais sûrement. Cependant, on ne peut se permettre de faire le tour de la médiathèque sans marquer une halte sur cette source documentaire importante patrimoniale, tant écrite qu’iconographique, qu’a cédé de son vivant Abdelhadi Boutaleb. Sa collection d’un volume de 6 589 documents multi supports est aussi à la disposition du public.

Clavier-braille et des logiciels de synthèse vocale pour les non-voyants et une autre cabine pour les personnes malvoyantes avec des claviers munis de caractères agrandis et logiciels dédiés, accès pour personnes handicapées…, cela fait la fierté du personnel de la médiathèque. Ici, on se veut aux normes internationales et l’on n’a pas lésiné sur les moyens. 200 millions de DH ont été engloutis par ce projet qui a traîné pendant plusieurs années. A l’origine, la mosquée Hassan II ainsi que la médiathèque étaient sous tutelle de l’agence urbaine de Casablanca. Depuis 2006 germait déjà l’idée de créer une fondation à budget indépendant pour gérer la médiathèque. Et ce n’est qu’en 2010 que l’idée s’est concrétisée. Depuis l’inauguration symbolique de la médiathèque par le Souverain, une dynamique s’est vite installée. En juin dernier, la fondation Hassan II présidée par Ahmed Taoufiq, ministre des habous et des affaires islamiques, et secondé par Bouchaïb Foukar, a tenu son premier conseil d’administration.