Kamel Daoud : «Je refuse l’exil. Je ne me vois pas vivre ailleurs qu’en Algérie»

Invité au SIEL, l’auteur algérien Kamal Daoud, finaliste du Goncourt, parle du succès de son premier roman, «Meursault, contre-enquête», de sa vision de l’islam et de la fatwa lancée contre lui.

Traduit dans dix langues, primé à plusieurs reprises, votre premier roman connaît un succès incontestable. Comment cet «hommage insolent» à Albert Camus, selon vos mots, a été reçu en Algérie ?

Il a été très bien reçu, d’après ce que j’ai pu constater. C’est, d’ailleurs, le plus gros succès de librairie depuis l’indépendance. Ce qui m’a un peu surpris, c’est la réaction de l’élite, qui s’est montrée plus réservée, plus critique, voire indifférente. Peut-être est-ce dû à des a priori…

Après la parution du roman, vous avez tenu, sur un plateau télé, des propos sur le rapport des musulmans avec leur religion qui vous ont valu une fatwa appelant à votre condamnation à mort. Comment avez-vous réagi ? Les islamistes vous pousseront-ils à l’exil, comme tant d’autres intellectuels avant vous ?

J’ai réagi en résistant, en refusant de courber l’échine face à la bêtise. Ceux qui ne veulent pas s’ouvrir au monde n’ont qu’à partir en Afghanistan ou en Syrie. Je suis chez moi et je me sens bien. Et je refuse l’exil, car je ne me vois pas vivre ailleurs qu’en Algérie. D’autres l’ont fait, et je respecte parfaitement leur choix, mais, moi, je ne céderai jamais le terrain à la barbarie. Et ce n’est pas du militantisme, étiquette que je refuse, mais de la résistance.

Que ce soit sur l’identité ou sur la religion, dans votre discours, on retrouve toujours une critique adressée aux musulmans ou aux croyants. Pensez-vous que l’islam soit la cause de la décadence de nos sociétés ?

Je ne critique pas l’Islam, car la religion, on en fait ce qu’on veut. C’est pourquoi je dis que l’Islam n’existe pas, ce qui existe, c’est les musulmans. C’est donc la lecture des textes religieux, avec toute l’instrumentalisation dont ils font l’objet, qu’il faut revoir. Si nos sociétés ne progressent pas aujourd’hui, c’est parce qu’elles ne produisent pas des citoyens, mais des croyants, pour qui tout se passe après la mort.