«J’aime bien appeler mon style rock-folk marocain»

«Loon bladi» est le premier album de Jihane Bougrine. Consécration d’une carrière professionnelle d’une dizaine d’années, qui a vu le jour en novembre dernier. La chanteuse et journaliste de métier répond à nos questions.

Votre album est un mélange de genres. Si vous deviez décrire votre style, vous l’inscririez dans quel genre?

J’aime bien l’appeler rock-folk marocain. Folk, parce que ça englobe un peu toutes les musiques traditionnelles du monde, dont le style marocain. Et puis il y a une base rock de par mes influences de jeunesse des années 1990 : Cranberries, Morissette, Anouk. Des femmes auxquelles je m’identifie énormément. Elles m’ont donné envie d’écrire. J’ai toujours trouvé leur style joli, simple et percutant. Tracy Chapman aussi a joué un grand rôle dans ma vie. Disons donc que ça se rapproche de cela, tout en étant marocain avec le bendir, la taârija et les profondes empreintes des chanteuses telles que Haja Hamdaouiya, Fatna Bent Elhoucine, Naima Samih, Samira Said… Toutes ces icônes marocaines avec lesquelles j’ai grandi.

Vous qui avez toujours chanté en français ou en anglais, pourquoi le choix de la darija ?

Quand je suis rentrée de Paris, je me suis spontanément mise à écrire en darija. C’était ce besoin d’écrire sur mon pays, sur ce qui s’y passe.

C’est venu tout seul. La première chanson que j’ai écrite en dialecte, c’était Loon Bladi, une chanson un peu patriotique que j’ai reprise dans l’album. J’ai coécrit le reste des chansons avec Ayoub Belmqadem.

Il y a des chansons joyeuses, d’autres qui sont mélancoliques, ou encore celles avec un côté révolté. Celle qui me touche beaucoup c’est Rahat El Bal que j’ai écrite et composée une nuit à 4h du matin, avant de me rendormir. Le lendemain, je l’ai peaufinée et je vais chez Bigg pour l’enregistrer. J’y crois beaucoup.

C’est le chanteur Bigg qui vous produit. Comment s’est conclu ce deal ?

J’avais assisté à l’enregistrement de l’album d’un ami dans les studios de Bigg. Pendant les petites pauses, je gratouillais un peu la guitare pour détendre l’atmosphère. Et trois jours plus tard, Bigg me contacte pour me demander ce que je chantais l’autre jour. Je lui envoie les compositions que j’avais de côté, faites sur mon téléphone, pas du tout professionnelles. Alors il me dit qu’on va en faire un album.

Quelques mois plus tard, on avait tout ce qu’il fallait pour démarrer. J’y suis allée avec mes musiciens pour enregistrer. C’était un peu Alice aux pays des merveilles.

Mais vous chantez depuis bien avant…

J’ai commencé à 18 ans, juste après le bac. Je voulais en faire mon métier, faire une école d’art à Paris. Mais j’ai été bloquée par des soucis d’argent. Alors je me suis inscrite à une école de commerce, l’ENCG à Settat. Pendant ces quatre années d’études, j’ai fait un casting pour rejoindre les ateliers de l’école. J’avais intégré l’atelier chant.

C’était un magnifique tremplin. J’y ai beaucoup chanté. J’y ai également rencontré les frères Migri, Malek, Christie Caro qui étaient membres du jury d’un concours inter-écoles… Je commençais à me dire que c’était possible. Tout cela bien entendu en parallèle avec mes études, parce que pour mes parents c’était le diplôme d’abord. Depuis, j’ai fait énormément de scène et fondé le groupe Loon.

Le métier de journaliste vous a-t-il aidé à approcher les gens du métier ?

Pas du tout. Non qu’il me bloque non plus. Mais disons que par pudeur et par professionnalisme, j’évite de faire la groupie ou la chanteuse en recherche de producteur, lorsque je travaille. D’ailleurs peu de gens du milieu savent que je chante déjà.

À part ceux qui m’ont déjà croisée sur une scène à Rabat, les autres me connaissent en tant que journaliste.

C’est là où Bigg joue un rôle important pour moi, car en tant que producteur, il se charge de me présenter en tant que chanteuse, parce qu’il sait que je ne saurais le faire correctement par moi-même.

Assad Bouab vous accompagne dans la chanson «Galouli».

En effet. Galouli est une chanson du troisième album de Bigg, que je trouve formidable et que j’ai reprise de façon jazzy.

Assad Bouab, lui, est un ami qui a toujours cru en moi. Il adore la musique, il compose, joue du piano et de la guitare, mais comme il est très humble, il reste discret sur la question. Je tenais à ce qu’il le fasse avec moi avec sa voix d’acteur. C’était pour moi une sorte de clin d’œil que je fais à mes anges gardiens.