Inglourious Basterds : le feel good movie de l’année

Il est des films dont la critique pourrait se résumer en un mot : «Allez voir !». Inglourious Basterds de Quentin Tarantino est de ceux-là .
Un scénario bien tenu, un terrible imaginaire où
tout devient possible.

Le réalisateur
se permet même
de changer le cours de l’histoireÂ…

Apre, amer, comique, dramatique, d’une grande violence, tendre et d’une esthétique remarquable… Inglourious Basterds de Quentin Tarentino est tout ceci à la fois. Le film s’ouvre comme un livre, se compose de chapitres. Dès la première scène, les nerfs sont à fleur de peau. Le morceau musical, «The verdict», (piano et arpèges de guitare sèche), installe le suspens dans un décor proche du western. Nous sommes pourtant bien dans la France occupée des années 40. Le colonel nazi Hans Landa (Christoph Waltz) rend visite à un fermier français supposé cacher des juifs. La visite de l’officier bascule de la courtoisie à l’interrogatoire. D’excellents dialogues y sont échangés. Une joute  verbale qui gagne du relief grâce à la magistrale interprétation de Waltz. Il s’en suivra un véritable carnage. Les SS découvrent la cachette juive, la famille Dreyfus est massacrée, seule Shosanna (la fille) survivra. Quelques années plus tard, on retrouvera la rescapée sous une fausse identité tenant une salle de cinéma. Et c’est  justement dans ce lieu que les destins vont se croiser. Ceux des officiers allemands, des résistants français et des alliés. Tarantino nous a habitués à mixer les genres et cette fois-ci, autant dire qu’il s’est «éclaté». Différents thèmes musicaux s’y croisent, les genres cinématographiques aussi. Des bouts de films documentaires apparaissent sur l’écran, désarçonnent et créent de la distance. Le réalisateur nous maintient dans son film tout en gardant une distance cinématographique, en utilisant parfois un humour abusé.
Côté distribution, Tarantino avoue que le choix de Brad Pitt s’était vite imposé à lui. Le comédien a interprété le rôle d’Aldo Laine (l’apache) qui s’est donné pour mission de scalper les Nazis. On y retrouve aussi Diane Kruger, Mike Myers, Mélanie Laurent. La révélation fut celle de Christoph Waltz, qui a d’ailleurs reçu le prix de l’interprétation masculine pour ce rôle, lors de la 62e édition du Festival de Cannes.

Un réalisateur hors normes

Les effets de réalisation cachent une extrême violence sous une esthétique remarquable. La caméra s’attarde à filmer des scalpes et autres horreurs de la guerre. Le réalisateur n’a cure des règles de la bienséance. Au fur et à mesure que les images défilent, que les personnages s’installent dans leurs rôles respectifs, le scénario prend une résonance plus aiguë, inespérée. Les événements politiques et historiques désarçonnent. Le cinéma n’est-il pas ce territoire imaginaire où tout devient possible ? Tarantino réalise ses fantasmes, change le courant de l’histoire. Il tue Hitler, Goebbels et  Bormann…à la fois, dans un énorme et spectaculaire feu d’artifices. Ce spectacle jubilatoire se déroule à l’intérieur même d’une salle de cinéma, en pleine projection d’un film de guerre allemand. Le message est on ne peut plus clair, si la propagande passe par le cinéma, la mort aussi (la mort pas seulement fictive mais aussi réelle). Tarantino tue ces personnages historiques en utilisant la pellicule nitrate extrêmement inflammable ! Tout le monde brûle ! Mais il ne s’agit pas que de violences dans ce film. Chez Tarantino, on admet tous les mélanges, des scènes d’une grande poésie  côtoient d’autres bien plus mécaniques. Et c’est ce savant dosage qui caractérise toute l’œuvre de l’artiste. Le cinéaste s’est toujours déjoué des codes cinématographiques. C’est peut-être parce qu’il n’a jamais suivi de formation académique en cinéma si ce n’est quelques cours de comédien. Tarantino raffole des situations limites. Le ton du film surprend mais aussi et surtout la tournure que prennent les événements. Si Quentin Tarantino réalise des films depuis dix-sept ans, il lui a fallu près de dix ans pour pondre ce scénario et réécrire l’histoire. Le film bénéficie d’un bouche-à-oreille optimum. C’est ce qu’on pourrait appeler un feel good movie. (Un film «pur bonheur», suggèrent les Québécois), à 25 DH seulement. Offre valable jusqu’à fin Ramadan ! A ne pas rater. Seul bémol, le son toujours mal réglé et assourdissant de la salle 8 du Mégarama de Casablanca.